Bataille de la Somme : le chant de la discorde

© France 3 Picardie
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Une polémique enfle suite aux commémorations du centenaire de la Bataille de la Somme. La chanson de Craonne - qui dénonce l'absurdité des combats - était prévue pour la cérémonie au cimetière allemand de Fricourt. Puis annulée, officiellement pour manque de temps. Un email contredit cette version.

Par Loïc Beunaiche avec Jean-Paul Delance

La chorale de Poulainville devait exécuter deux chansons lors de la cérémonie au cimetière allemand de Fricourt. Roses of Picardy, chanson emblématique des Britanniques pour la Bataille de la Somme. Et la chanson de Craonne

Cette dernière a été proposée par François Grandsir, le directeur de la chorale, tout en exposant les réserves probables liées à ses paroles. Il ne s'agit pas d'une chanson anodine. Elle est emblématique de la bataille du Chemin des Dames en 1917 et est connue pour se prononcer contre l'absurdité des combats. Comme l'atteste son refrain :

"Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés
"

L'air du refrain de la chanson de Craonne
Arrangement musical de François Grandsir, directeur de la chorale de Poulainville - France 3 Picardie

Malgré ces réserves, les Allemands acceptent d'intégrer la chanson au programme de la cérémonie. Elle se trouve même inscrite et traduite en allemand dans le livret distribué au cimetière de Fricourt. Elle ne sera pourtant pas interprétée par la chorale de Poulainvile.
Polémique autour de la chanson de Craonne
Interviews : François Grandsir, directeur de la chorale de Poulainville. Reportage de Camille Di Crescenzo et Jean-Paul Delance. - France 3 Picardie
La raison officielle : un manque de temps. La cérémonie aurait duré plus longuement que prévue, et il fallait que le secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, Jean-Marc Todeschini, soit reparti. Pour François Grandsir, directeur de la chorale de Poulainville, "il n'était pas à deux minutes près".

Capture de l'e-mail informant François Grandsir de l'annulation de la chanson de Craonne lors de la cérémonie au cimetière allemand de Fricourt, le 1er juillet 1916. / © France 3 Picardie Surtout, François Grandsir a en sa possession d'autres éléments attestant que cette annulation ne serait pas qu'une affaire de temps. La veille, il a reçu un e-mail indiquant que l'Etat français ne voulait pas que ce chant soit interprêté. Sans plus d'explications même si les soupçons se portent fortement sur la nature des paroles de la chanson.

Jointe par téléphone ce dimanche matin, la préfecture de la Somme persiste : il n'y a pas eu de censure, mais il s'agit d'une question de temps. Affaire à suivre...

Historique de la chanson de Craonne

Cette chanson a été écrite avant la guerre. A l'origine, il s'agissait d'une valse populaire qui a connu un succès immédiat. Tout le monde connaît son air, jusque dans les champs de bataille.

Elle apparaît transformée une première fois en 1915, après les offensives françaises répétées et meurtrières en Champagne et en Argonne. Les Poilus changent les paroles pour critiquer les conditions de combat.

Elle devient célèbre en 1917 avec la bataille du Chemin des Dames. C'est là qu'elle devient la chanson de Craonne telle qu'on la connaît aujourd'hui. Pour rappel, Craonne est un village du Chemin des Dames, objet de combats très violents. La chanson est reprise par les soldats qui vont se mutiner. Elle sera dès lors interdite pendant le reste du conflit.

Après guerre, la chanson accompagnera de nombreux mouvements révolutionnaires, les paroles changeant en fonction des circonstances.

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