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Régime sans gluten, et/ou sans lactose, et/ou sans arachide etc... Ces régimes existent pour raisons médicales mais aussi pour raisons d'intolérance. Que faut-il en penser ? L'expertise de Stéphanie Maccioni, diététicienne à l'Institut Pasteur de Lille

Par Stéphanie Maccioni

Plusieurs raisons peuvent conduire une personne à supprimer toute une catégorie d’aliments de son régime alimentaire quotidien :
Une raison médicale liée à un réel problème de santé diagnostiqué. Le gluten est l’allergène qui est responsable de nombreux symptômes de la maladie cœliaque (amaigrissement, diarrhées chroniques, déminéralisation osseuse avec parfois des fractures spontanées, anémie, fatigue chronique…) et la consommation de quelques milligrammes de cette protéine (le gluten) rend véritablement malade dans ce cas. Même chose pour les allergiques à l’arachide, la noisette, l’amande, qui, sans traitement immédiat après ingestion, risquent de subir un choc anaphylactique pouvant mettre en jeu leur vie.
Une raison d’intolérance et de certains symptômes dont on ignore l’origine. La personne essaie d’éliminer certains aliments afin de voir si ses symptômes disparaissent. Généralement, ce sont des symptômes liés à une mauvaise digestion (ballonnements, douleurs abdominales…). Plusieurs problèmes peuvent se présenter dans ce cas :
  • Retirer plusieurs catégories d’aliments en même temps (ceux qui contiennent du lactose, du gluten, en plus de certains légumes) ne permet pas d’identifier s’il existe un lien entre l’ingestion d’un aliment et les symptômes ressentis.
  • Retirer un aliment et constater une amélioration ne signifie pas avoir identifié la molécule qui est responsable du problème. Par exemple, en retirant le pain pour éliminer le gluten, on retire aussi le sucre qui y est contenu, certains additifs, mais aussi on diminue la consommation de ce que l’on met sur le pain (beurre, charcuterie, fromage…)
  • Retirer un aliment peut rendre malade lorsque l’on en mange par la suite. C’est le cas du lactose. Si certains le digèrent mal, c’est qu’ils ont une carence en une certaine enzyme (la lactase) qui a pour rôle de digérer le lactose. En absence de lactose, le corps diminue sa production de lactase et une consommation ultérieure ne pourra pas être digérée.
  • Retirer une catégorie d’aliment sans les remplacer peut engendrer des carences alimentaires et créer d’autres problèmes de santé. Certains par exemple ont éliminé un grand nombre de fruits et de légumes et ne mangent quasiment plus que de la viande et certains féculents aux repas.
  • Chercher un aliment responsable de ses symptômes peut engendrer la peur de manger, ce qui crée un stress permanent chez la personne. Ce stress peut tout bonnement être la cause principale des symptômes constatés. C’est ce que l’on appelle l’effet NOCEBO (l’inverse de l’effet PLACEBO). Penser que manger quelque chose va nous rendre malade, nous rend malade.
Qu'en pensez-vous ? 

L'avis de notre diététicienne, Stéphanie Maccioni

Avant d’éliminer certains aliments, cherchons si d’autres causes ne peuvent pas être responsables de certains problèmes telles que la sédentarité, le stress et l’anxiété, une carence en certains nutriments, des repas mangés trop rapidement ou une flore intestinale en mauvais état. Ensuite, s’il faut chercher des aliments mal tolérés, il faut le faire de façon expérimentale, aliment par aliment et noter les effets ressentis. C’est contraignant et fastidieux car on ne mange jamais un seul aliment à la fois et c’est parfois le mode de préparation ou de cuisson qui peut engendrer des symptômes (cuisine trop grasse par exemple, légumes insuffisamment cuits…).

Pour ma part, sans preuve scientifique fiable de lien de cause à effet (une corrélation statistique seule ne suffit pas) je ne peux encourager les personnes qui m’interrogent à supprimer des aliments qui leur semblent a priori néfastes, mais je ne peux pas non plus les obliger à en consommer si elles-mêmes se sentent mieux en les éliminant. Chaque cas est individuel et particulier. N’oublions pas non plus la part de plaisir dans l’alimentation : partager un repas peut se révéler compliqué quand plusieurs personnes présentent des « intolérances », des goûts alimentaires différents ou des raisons spirituelles et philosophiques divergentes.

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