Femmes agricultrices : “dans le vieux monde paysan, c'est l'homme qui gère la terre”

Agnès Kindt dans son exploitation d'Halluin / © Agnès Kindt  / France 3 Hauts-de-France
Agnès Kindt dans son exploitation d'Halluin / © Agnès Kindt / France 3 Hauts-de-France

La délégation aux droits des femmes du Sénat a présenté hier les conclusions de son étude de trois ans sur la situation des femmes agricultrices. 

Par Yacha Hajzler

Il y a encore du pain sur la planche. Hier, la délégation aux droits des femmes du Sénat a présenté au public les conclusions d'une étude de trois ans sur les difficultés rencontrées par les femmes agricultrices. 

Leur représentation dans la profession progresse : 30% des exploitations agricoles sont aujourd'hui dirigées ou co-dirigées par des femmes. L'accès a des statuts comme celui de cheffe d'exploitation donne aux agricultrices une visibilité qu'on leur a beaucoup niée. 

"Longtemps, les femmes travaillant dans les exploitations agricoles - très nombreuses - ont été regardées comme des « femmes d’agriculteurs » et non comme des agricultrices à part entière." a déclaré le président du Sénat, Gérard Larcher, lors de l'ouverture d'une session de compte-rendu au Sénat, en février.  Le mot agricultrice n'apparaît d'ailleurs dans le Larousse qu'en 1961. 

Un accès difficile au métier

Conséquence : selon le rapport, le parcours des agricultrices est encore semé d'embûches. C'est déjà le cas pour accéder à une terre, quand il ne s'agit pas d'un héritage. "Certains cédants seraient réticents, lors de leur départ en retraite, à vendre leurs terres à une femme" constate Didier Mandelli, un des co-rapporteurs 

Une situation qu'Agnès Kindt a vu passer. Cette agricultrice de 29 ans a réalisé un témoignage vidéo présenté lors des colloques organisés par le Sénat. Lauréate du prix du public du prix Graine d'Agriculteurs, elle élève des poules et cultive des légumes bio à Halluin.

Si ses terrers à elle lui ont été léguées par ses parents,  "on a refusé des terres à une de mes collègues parce qu’elle est une femme. On lui a dit : mais vous n’allez pas réussir toute seule ! Dans le vieux monde paysan, c’est l’homme qui gère la terre."

Si elle assure que dans son secteur, "les hommes ne sont pas machos", certaines situations montrent que les mentalités n'ont pas totalement évolué. "Mon copain me file un coup de main de temps en temps, et c’est vrai que si on est tous les deux, dans un magasin de bricolage ou chez un concessionnaire agricole, les gens vont commencer par lui parler à lui, avant de se rendre compte que c’est moi qui gère." raconte-t-elle. 

Parmi les autres difficultés recensées par le Sénat : la difficulté pour les étudiantes de trouver des stages ou des apprentissages, les critères inadaptés de la Dotation Jeune Agriculteur, qui ne prennent pas en compte les spécificités du profil féminin (le fait de devenir propriétaire plus tardivement, de gérer des surfaces plus petites...), l'éloignement des soins gynécologiques et des modes de garde pour enfants. 

Porteuses d'innovations


L'exploitation d'Agnès Kindt et les outils qu'elle adapte elle-même / © Agnès Kindt / France 3 Hauts-de-France
L'exploitation d'Agnès Kindt et les outils qu'elle adapte elle-même / © Agnès Kindt / France 3 Hauts-de-France

Pourtant, les femmes sont un moteur pour le secteur agricole. Gérard Larcher l'a souligné dans son discours :  "être agricultrice en 2017[...], c'est être actrice à part entière du développement de notre filière agricole et agroalimentaire. C’est être porteuse d’innovations pour nos territoires ruraux."

De manière générale, les femmes sont plus présentes dans l'argiculture biologique et les circuits courts. C'est le cas d'Agnès Kindt, qui travaille pour une Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne (AMAP de la Lys), un partenariat de proximité entre une ferme et un groupe de consommateurs.

Pour elle, la différence au quotidien entre un homme et une femme, ce sont des difficultés qu'elle va apprendre à résoudre autrement.

"Mais c’est plutôt une bonne chose. On a tendance à vouloir préserver notre corps, donc on va chercher plus à inventer des outils." explique-t-elle
En partenariat avec l’association l’Atelier Paysan, qui encourage à l’auto construction d’outils, elle et ses collègues ont par exemple mis au point un outil qui permet de désherber couché.

"C’est une sorte de lit, sur lequel on s'allonge, qui avance seul, et on désherbe. Ça évite de se mettre à quatre pattes, de se trimballer les seaux de mauvaises herbes."

Passionnée par un métier "qui a du sens", Agnès Kindt intervient désormais lors de formations pour adultes. A des jeunes femmes qui voudraient se lancer, elle conseille "de ne pas se poser la question du fait d’être une femme ou non. Ce n’est pas une question. Ce qui compte, c’est le caractère." 

A lire ici : les 40 recommandations du rapport 
« Femmes et agriculture : pour l'égalité dans les territoires ».

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