80 migrants de Calais inscrits à l'université de Lille

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Ils étaient avocat au Soudan, vétérinaire au Pakistan, footballeur en Iran ou mécanicien aéronautique en Erythrée... 80 réfugiés de l'ex-Jungle de Calais ont rejoint l'université de Lille, où, après des cours de français intensifs, ils vont apprendre ou réapprendre un métier.

Par AFP

Dictée, compréhension orale, lecture, exercices de prononciation... Dans une salle de cours de l'université de Lille, les étudiants assistent très attentivement à une leçon de français dispensée par des professeurs de "Français langue étrangère" (FLE).

"J'ai vécu deux mois dans la Jungle, j'y ai juste appris l'alphabet à l'école laïque du chemin des Dunes. J'espère qu'un jour, je pourrai devenir  ingénieur en France, comme je l'étais au Soudan... C'est pas facile, je vais devoir travailler beaucoup", dit Abdul-Raouf, 26 ans, casquette et baskets blanches, premier de sa classe.

Répartis en 4 groupes de niveau et logés à la cité universitaire, ils suivent depuis novembre une quinzaine d'heures de cours par semaine.  Objectif : "les amener le plus loin possible dans l'apprentissage du français d'ici juin pour intégrer une formation universitaire classique à la rentrée 2017", explique Hugues Perdriaud, l'un de leurs professeurs.

Tous ont été "recrutés dans la Jungle de Calais" démantelée à l'automne dernier, par l'université avec l'aide d'associations, dont l'Auberge des Migrants et l'école laïque du chemin des Dunes. Les bénévoles nous ont "aidés à sélectionner parmi plus de 200 candidats les 80 dossiers qui nous paraissaient les plus adaptés", indique Emmanuelle Jourdan-Chartier, enseignante en histoire à l'université de Lille et l'une des porteuses du projet.

Parmi les critères de sélection : avoir déjà été étudiant dans son pays d'origine, nourrir un projet professionnel correspondant aux formations proposées par l'université et une volonté de s'installer sur le territoire et donc de renoncer à l'Angleterre.
"J'ai déposé ma candidature vers le printemps 2016, quand j'étais dans la Jungle, j'ai fait un CV, une lettre de motivation, et j'ai passé un entretien. J'ai eu la réponse quelques mois après, je suis très chanceux", raconte Adam, dont la langue maternelle est le four, la langue du Darfour, qui écoute "Black M" et "Stromae" pour s'améliorer en français.

Comme des Erasmus

En dehors des salles de classe, les 80 étudiants sont aussi soutenus par des étudiants bénévoles, comme Solène, 20 ans, étudiante en licence 3 d'italien: "On discute avec eux en français pour les faire progresser, mais on va aussi à la bibliothèque, au musée, faire les magasins... Pour nous, ce sont des étudiants comme les autres, comme les Erasmus de nos promos, certains sont devenus des amis".
"C'est compliqué d'apprendre le français parce qu'il y a plein d'exceptions", pense Djamel-Eddine, 26 ans, Soudanais. Alors, pour progresser, il a une astuce : "J'ai regardé 280 épisodes de la série "Hélène et les garçons", pour l'oral c'est utile!".

Arrivé en août 2015 dans la Jungle, il a tenté plusieurs fois de rejoindre l'Angleterre en grimpant dans les camions, sans succès. "Alors j'ai renoncé et finalement, je suis bien ici, même si à Lille il pleut toujours, je me suis fait beaucoup d'amis, maintenant, je cherche un petit boulot pour les vacances...", témoigne le jeune Soudanais dans un français bien maîtrisé.

"Ils sont extrêmement motivés, très dégourdis, ils étaient très fiers lors de leur inscription à l'université, ils ont vraiment envie de réussir leur intégration", affirme Mme Jourdan-Chartier, qui précise que le projet a été monté avec la préfecture et le Crous. Les 80 étudiants, dont 55 ont déjà obtenu le statut de réfugié ou la protection subsidiaire, construisent actuellement avec un conseiller d'orientation, "un projet professionnel en cohérence avec leur parcours, la réalité de l'université française et du marché de l'emploi", ajoute l'enseignante.

Ceux dont le niveau de français ne serait pas suffisant pour rejoindre une formation universitaire en septembre, recommenceront une année supplémentaire de FLE. "Ce ne seront pas les premiers étudiants à valider leur première année en deux ans...", sourit Nathalie Euthuin, autre enseignante porteuse du projet.

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