Journée nationale de la Résistance : portraits de résistants nordistes

Martha Desrumaux, Jacques Desbonnet et Jean-Baptiste Le Bas, trois figures de la Résistance dans notre région
Martha Desrumaux, Jacques Desbonnet et Jean-Baptiste Le Bas, trois figures de la Résistance dans notre région

Occupé dès juin 1940, le Nord de la France a rapidement développé un réseau de résistance contre les Nazis. 

Par Iris Ouedraogo

Ce 27 mai, nous célébrons la journée nationale de la Résistance. De nombreux hommes et femmes ont marqué la Seconde guerre mondiale par leurs actes de bravoure dans la région. En voici quelques-uns. 

Jacques Desbonnet, aux débuts de la Voix du Nord


Ce Douaisien s'engage dès l'âge de 17 ans dans les réseaux de Résistance. Il prend la route de l'exode avec sa famille, comme de nombreux habitants de la région. Réfugié, il entend en direct l'appel du général de Gaulle, le 18 juin 1940. Très jeune, il prend part avec des Scouts à des opérations risquées pour freiner l'effort de guerre allemand. Ensemble, ils falsifient les panneaux de circulation pour ralentir les Nazis dans leur progression ou sectionnent les cables de réseaux téléphonique.

Détenteur d'un permis moto, il se voit rapidement confié des missions de relais d'information dans un petit groupe de résistants. On l'embauche à La Voix du Nord, journal de Résistance qui sera à l'origine du quotidien régional. Par la suite, on lui confie la mission de répérer les "malgré-nous", ces Alsaciens et Mosellans enrolés de force dans l'armée allemande afin de les aider à déserter.

Arrêté, il est incarcéré à la prison de Loos où il sera régulièrement torturé. Par la suite, on le condamne à 1 an de prison. A sa sortie, il devient membre de la "Défense passive", ces secouristes qui protègent les populations lors d'un bombardement. Il survit au bombardement de Douai du 11 août 1944. La ville est devastée et on compte près de 300 morts. 

A aujourd'hui 96 ans, il continue de témoigner auprès des jeunes générations en tant que délégué départemental de la Fondation de la Résistance.

Jean-Baptiste Le Bas, le maire de Roubaix résistant


Né à Roubaix, il devient maire de la ville en 1912. Dès la Première guerre mondiale, Jean-Baptiste Le Bas réalise déjà des actes de résistance contre les Allemands. Il refuse par exemple de livrer le nom de jeunes Français censé être envoyés travailler de force en Allemagne. Il est emprisonné pendant plusieurs mois.

En 1936, il devient ministre du Travail dans le gouvernement de Léon Blum. Alors que l'Allemagne envahit la région en 1940, il prend la route de l'exode. Il fonde "L'Homme libre", un des premiers réseaux de résistance en zone occupée. Il diffuse un mensuel clandestin qui sera diffusé dans la région en centaines d'exemplaires.

En janvier 1941, il fonde un Comité d'action socialiste qui réunit des socialistes résistants dans le Nord. Il sera arrêté en mai 1941 et condamné à trois ans de travaux forcés. Il meurt en déportation, probablement d'épuisement en 1944 au camp de Sonnenburg.

100 000 mineurs du bassin minier en grève contre l'occupant

Du 27 mai au 9 juin 1941, ce sont des milliers de mineurs qui décident d'arrêter le travail pour protester de leurs conditions de travail imposées par l'occupation allemande. Un acte de résistance méconnu alors qu'il constitue la plus importante grève dans l'Europe occupée. 

Depuis juin 1940, la région est administrée par les Allemands. Les mines de charbon sont réquisitionnées pour fournir du minerai à l'occupant. C'est le Parti communiste qui va organiser la lutte des mineurs avec notamment l'aide de Martha Desrumaux, syndicaliste. L'arrêt du travail devient un véritable outil de pression sur les Nazis.

Un cahier de revendications est rédigé où les travailleurs réclament notamment l' "arrêt des poursuites pour faits de grève et libération des ouvriers arrêtés", un "ravitaillement mieux assuré" ou encore une "augmentation des salaires, sur la base de l'ouvrier, en rapport à l'augmentation du coût de la vie." 



A partir de septembre 1940, les débrayages débutent et la grève est déclarée le 27 mai 1941. 100 000 mineurs sur les 143 000 recensés arrêtent le travail. Durant 15 jours, les mines sont à l'arrêt. Un véritable manque à gagner pour l'occupant.

Les femmes de mineurs ont énormément participé au mouvement en mobilisant les non-grévistes et en organisant des cortèges. La répression est féroce. Dans un premier temps, les cartes de ravitaillement sont suspendues et les paiements des salaires cessent. Par la suite, ils sont des centaines à être arrêtés et emprisonnés à Lille, Béthune, Douai ou Valenciennes. 270 personnes sont déportées en Allemagne. Près de la moitié d'entre eux y laisseront la vie.
 
500 000 tonnes de charbon auront été perdues durant la grève qui s'achèvera le 10 juin. Grâce à la lutte des mineurs, les autorités allemandes ont cédé à quelques revendications dont l'augmentation des salaires. 




Sur le même sujet

Métropole lilloise : un très important trafic de cocaïne et d'héroïne démantelé

Près de chez vous

Les + Lus