Agence Européenne du Médicament à Lille : “il y a un souhait de renouer avec l'histoire”

Le bâtiment dessiné par les architectes choisis par la MEL, qui se situera aux environs du Grand Palais / © MEL
Le bâtiment dessiné par les architectes choisis par la MEL, qui se situera aux environs du Grand Palais / © MEL

Le projet architectural choisi pour héberger l’AEM, qui sera transférée dans l’Union Européenne depuis Londres, est un tiret supplémentaire sur la liste déjà exhaustive des atouts de la ville. France 3 Nord fait le point

Par Yacha Hajzler

Choisie en avril pour présenter la candidature française à la reprise de l’Agence Européenne du Médicament (AEM), la ville de Lille n’a depuis de cesse de faire valoir ses arguments. Le jeu en vaut la chandelle. 

L’Agence Européenne du Médicament a pour principale mission la protection et la promotion de la santé publique et animale, à travers le contrôle des médicaments. C’est l’une des deux agences de l’Union Européenne basées à Londres. Conséquence immédiate du Brexit : il faut la rapatrier chez un pays membre.

Amsterdam, Copenhague, Stockholm ou encore Barcelone sont en lice face à Lille. "C’est un scénario traditionnel, balaie Michel Vayssié, directeur général des services de la ville de Lille. Tous les pays posent ce genre de candidature à un moment donné, pour s’inscrire dans l’agenda européen."

Une candidature logique 


"Lille avait déjà été candidate en 1993, lors de la première installation de l’AEM, donc il y a un souhait de renouer avec l’histoire. Compte tenu de l’importance du secteur de la santé dans la métropole, Lille est en fait une très bonne candidate." explique-t-il. 

Car effectivement, la Métropole est en pointe sur plusieurs secteurs, comme c’est le cas à l’Institut Pasteur avec la recherche sur les maladies cardiovasdculaires. De quoi faire miroiter aux salariés et collaborateurs de l’AEM des possibilités d’échanges entre professionnels.

Selon l'agence de développement économique Eurasanté, la filière santé de la région pèse environ 11 milliards d’euros de chiffre d’affaire.

Comme souvent lorsque Lille candidate à une distinction européenne ou mondiale, la ville mise d’abord sur sa position géographique. Un argument encore plus sensible cette fois-ci : "la proximité de Londres est un atout, puisqu’il n’est pas impossible que certains salariés décident de maintenir une partie de leur vie là-bas. L’Eurostar leur permet de passer la semaine à Lille, le week-end à Londres. Psychologiquement, ce n’est pas négligeable." développe Michel Vayssié.

Autre coup de poing sur la table : le bâtiment. Lille a choisi de présenter un projet de construction plutôt qu’un bâtiment déjà existant comme l’ont préféré certains autres candidats.

Le bâtiment prévu pour abriter l'AEM  / © MEL
Le bâtiment prévu pour abriter l'AEM / © MEL


"Nous nous sommes adaptés au cahier des charges de l’AEM, qui demande du volume. Il faut des bureaux classiques, pour les agents et les salariés, mais aussi une quarantaine de salles de réunions et un auditorium pour 300 personnes. Et il faut que cela fonctionne sans conflit, on ne s’imagine pas dire un expert qui arrive du bout du monde que sa salle n’est finalement pas libre !"


Un rayonnement nouveau


En réalité, l’AEM ne drainera pas un, mais 3 700 experts, en plus de ses 900 salariés. De quoi rêver de retombées.

"On attend d’abord un rayonnement international de Lille, puisque l’AEM fonctionne grâce à des experts internationaux, qui arrivent tous les jours du monde entier pour assurer des groupes de travail. Lille devient une capitale non seulement européenne, mais aussi mondiale" résume Michel Vayssié.

Le directeur général des services de la ville de Lille précise : "Et pour le secteur du tourisme, ça veut dire des retombées pour l’hôtellerie, et la restauration. Quant à l’arrivée de 900 salariés, c’est peut-être autant de familles et donc un impact sur le logement. On parle de retombées directes"

Une task force mobilisée


La ministre de la Santé Agnès Buzyn a d’ailleurs réuni les collectivités, l’agence Eurasanté et le ministère au sein d'une task force, un groupe de travail organisé. "Elle a pris elle-même des rendez-vous avez l’AEM, elle porte le dossier." note le responsable régional.

Quid des lobbies de l’industrie pharmaceutique, connus pour leurs mécaniques de pression bien rôdées ? Ils seraient, d’après Michel Vayssié, plutôt forcés au silence.

"Il faut être très prudent sur la question des lobbies, clarifie-t-il, car l’AEM est extrêmement jalouse de son indépendance. Le réseau français présent à Bruxelles, le secteur de la santé, ce sont des acteurs qui s’expriment en faveur de la candidature de Lille, qui ont envie de promouvoir la candidature, mais pas du lobbying classique."

Un problème d'image

La route vers l’AEM serait-elle alors un long fleuve tranquille ? Pas sûre, car la région Hauts-de-France souffre encore de l’image qu’on lui attribuait dans le film éponyme

"Ce qu’on entend aujourd’hui, c’est plutôt une méconnaissance de Lille. regrette Michel Vayssié. Quand on a rencontré les agents de l’AEM, on s’est rendu compte que Lille souffrait d’un déficit d’image, à cause des idées sur le Nord. Cela pourrait être notre handicap, mais c’est une image qui change lorsque l’on en discute."

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