L'État a commencé jeudi à Grande-Synthe, où vivent dans la précarité 300 migrants, à tester un dispositif minimal d'accueil de jour, comprenant des toilettes mobiles et une tente gonflable.

Vers 11h00 jeudi, entre pluie et bourrasques de vent, des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) ont commencé à sillonner la zone du Puythouck, près d'un étang, pour informer les migrants de ce dispositif.

Une tente de la Protection civile a en effet été déployée à l'entrée du secteur, sous laquelle les migrants peuvent discuter de leur situation et se mettre à l'abri. Cinq WC mobiles ont également été installés près de cette tente.

Le reste du dispositif devrait suivre lundi, avec la venue de cars équipés de toilettes, où des associations partenaires comme le Secours populaire distribueront du café. Un départ en Centre d'accueil et d'orientation (CAO) sera recommandé.


Pas de douches

Interrogé lors d'un point-presse sur l'absence des douches réclamées par de nombreuses associations, le sous-préfet a jugé qu'"étant donné qu'il y a tous les jours des propositions d'être dans des bâtiments en dur, où il y aura douches, chauffage et sanitaires, il n'est peut-être pas nécessaire de faire un point ici où il y aurait des douches dans le froid et sous la pluie".

Certaines associations craignaient cependant que le dispositif ne serve à renvoyer les migrants dans leur premier pays d'arrivée en Europe selon l'accord de Dublin : "Ce n'est pas notre volonté de participer à quelque chose qui renvoie les personnes ailleurs en Europe", a critiqué sur place une membre d'une association importante, sous couvert d'anonymat.

Au même moment, un agent de l'Ofii tentait de convaincre, en anglais, Daren Krem, Kurde de 34 ans : "le meilleur moyen pour toi de régler ta situation est de venir avec nous pour que nous l'examinions".

PHILIPPE HUGUEN / AFP

1 500 places dans le Nord

Selon le sous-préfet, il y aurait 1 500 places dans le département du Nord "consacrées essentiellement au dispositif migratoire".

"Il faut que ces places soient occupées et il faut qu'il y ait une fluidité dans ces places, plutôt que de rester les pieds dans la boue à la merci des passeurs. (...)  Les instructions du président de la République sont claires : il ne faut laisser personne à la rue ni dans les bois (...) mais en même temps il ne faut pas faire de point de fixation sur le territoire"
car "cela conduit à avoir des bidonvilles", a-t-il encore déclaré.

La femme et le bébé de Daren sont cependant restés en Finlande jusqu'à ce qu'il arrive à passer en Angleterre : "Ma femme et mon bébé venir ici dans cette 'jungle' ? Non ! Si la France c'était mieux, peut-être que je voudrais rester ici, mais là je veux aller en Angleterre..."

"Ça fait longtemps qu'on nous dit la même chose, de venir avec eux...", explique aussi avec lassitude Mustafa, Kurde de 35 ans.

Le campement de Puythouck a été évacué de très nombreuses fois par l'État, la dernière datant du 19 septembre où des centaines de migrants ont été emmenés en bus dans des CAO, mais nombre d'entre eux sont revenus.