Payer les automobilistes pour éviter les bouchons : un nouveau système bientôt testé à Lille ?

A Rotterdam, les automobilistes sont payés lorsqu'ils empruntent des tronçons d'autoroute aux heures creuses. Un système qui pourrait bientôt arriver à Lille. Ce serait une première en France.

A Rotterdam, certains autombilistes sont payés 3€ s'ils évitent certains tronçons d'autoroute à certaines heures.
A Rotterdam, certains autombilistes sont payés 3€ s'ils évitent certains tronçons d'autoroute à certaines heures. © France 3
On appelle ça "un péage positif". Au lieu de payer, c'est lui qui vous paye ! Un système surprenant qui est en place à Rotterdam aux Pays-Bas. Objectif ? Désembouteiller la huitième ville la plus bouchonnée de la planète. Comment ? En payant les automobilistes pour qu'ils évitent les heures de pointe.

Concrètement, à Rotterdam et dans son agglomération (où on enregistrait environ 113 km de ralentissements par jour), ne pas conduire entre 6h et 9h, et entre 15h30 et 18h30, rapporte trois euros pour chaque passage. Un habitant qui irait au travail en dehors de ses plages horaires peut gagner jusqu'à 120€, affirme une publicité qui vante ce système. 

Jusqu'à 120€ par mois !

Comment ça marche ? Des caméras identifient les immatriculations des véhicules circulant aux heures de pointe sur un tronçon. La ville envoie un mail proposant, contre rémunération, aux autombilistes identifiés de changer leurs horaires de trajet. Si l'automobiliste accepte et passe effectivement au même endroit à d'autres heures, il touche 3€ sur son compte. L'opération s'applique pendant 18 mois et ensuite, un autre tronçon est ciblé.

Une équipe de France 2 a rencontré un habitant qui a choisi ce système. Ce cadre partait au travail vers 8h, son patron a accepté qu'il arrive maintenant à 9h. En partant plus tard, il évite les bouchons, gagne 45mn sur son trajet et gagne de l'argent. "C'est de l'argent facile, je suis content, mon patron est content et en plus je me fais de l'argent", explique ce Néerlandais.

Selon la ville de Rotterdam, le système aurait déjà permis d'éviter le passage de 6 000 véhicules chaque jour, et 27% de réduction des heures perdue en l'espace de cinq ans. Dirk Gervink, promoteur du projet, est fier de son projet : "En France, quand vous prenez l'autoroute, vous payez, là c'est l'inverse. On récompense les gens pour ne pas rouler. Avouez que c'est un message plus positif !"

Bientôt à Lille ?

« La formule, qui permet de réduire la congestion automobile de 6 % à 8 %, intéresse la région Ile-de-France, avec laquelle nous sommes en pourparlers, et la ville de Lille », indiquait récemment au Monde Bernard Matyjasik, directeur du programme smart cities chez Egis. La Métropole Européenne de Lille (MEL) s'y intéresse effectivement et le processus pour une mise en pratique a déjà bien avancé. Restent à lever les dernier freins.

Car ce système, qui présente des avantages économiques et environnementaux, a aussi un coût, entre 3 et 5 millions d’euros pour l’exploitant du service, et 2 millions d’euros pour les récompenses financières. « Mais, construire une autoroute coûte beaucoup plus cher. Là, c'est l'équivalent de trois rond-points par an».

Objectif 2017 ?

La solution a déjà été testée sur 30 salariés de la métropole lilloise entre avril et décembre 2015. Les employeurs nordistes sont-ils prêts à jouer le jeu ? Quel freins faut-il lever pour adapter la démarche de Rotterdam à Lille ? L'expérience a déclenché un certain enthousiasme. "C'est un levier de changement de comportement mieux accepté socialement que le péage payant et c'est légal", explique Bernard Matyjasik. L'A1, A23, A25, A22, Rocade Nord-Ouest pourraient être concernées alternativement.

Les conclusions de la MEL suite à cette expériementation semblent favorables. Le président Damien Castelain (qui s'est rendu à Rotterdam l'an dernier) a présenté les résultats à la Préfecture et un partenariat Etat-MEL pourrait être signé à l'automne. Le dossier avance même si rien d'officiel n'a encore été annoncé.

Egis, l'entreprise qui a réalisé l'étude, pense qu'un appel d'offres pour la mise en place du "péage positif" pourrait être lancé en 2017. "Ça n'a jamais été aussi près d'aboutir quelque part en France", conclut Bernard Matyjasik. 
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