ENQUETE : Amazon, découvrez l’envers du décor

© @Emilie Montcho
© @Emilie Montcho

Le géant américain installé à Boves vient d’ouvrir ses portes. Collectivités territoriales, chômeurs, commerçants : à qui profite vraiment Amazon ?

Par MCP et PG Creignou

Amazon, l'envers du décor
Une enquête de Pierre-Guillaume Creignou, Thomas Porlon et Olivier Pappini. Avec Daniel Parisot, maire DVD de Boves; Alain Gest, président LR d’Amiens Métropole; Jean-Baptiste Malet, auteur d’« En Amazonie »; Françoise Gaudefroy directrice de la librairie Martelle.

Amazon, nouveau leader du e-commerce en Picardie.

Mais pourquoi les dirigeants de la firme ont-ils choisi Amiens pour ouvrir le cinquième entrepôt de France ?  Visiblement, la firme au sourire a été séduite par une situation idéale :

« Depuis Amiens, on va pouvoir alimenter les clients français et européens. Et lorsqu’on regarde une carte avec le réseau autoroutier, on est dans un zone parfaitement située pour rejoindre le sud, le nord l’est et l’ouest » argumente Olivier Pellegrini, directeur du site de Boves.



Un choix qui enchante Daniel Parisot, le maire de cette commune de 3000 habitants.  C’est d’ailleurs lui qui a signé le permis de construire pour cet entrepôt.

Et il espère bien profiter de retombées économiques : « On m’annonce 200 000 euros par an de taxe foncière. Ça correspond à ce que m’a pris le gouvernement en me réduisant les dotations ».

De son côté, la métropole a tout fait pour séduire le géant du e-commerce… Quitte à sortir le chéquier !

Pour s’installer en Picardie, Amazon a posé deux conditions : le silence total des collectivités et un aménagement routier interne.

Résultat : 1.9 millions signés par la métropole, la région et la commune de Boves. A quoi s'ajoute un rond-point payé par le département.

Montant total pour les élus locaux : 3.000.000 euros…

Et tous espèrent un retour sur investissement !

La métropole s'est même payé une campagne de com' jusque dans le métro parisien…



Un petit monde parfait ?



Non, évidemment.

Dans son livre « En Amazonie, inflitré dans le meilleur des mondes », le journaliste Jean-Baptiste Malet détaille les coulisses de l’entreprise. Et ce n’est pas beau à voir.

« On s’aperçoit qu’au bout de deux ans, beaucoup de travailleurs qui sont en CDI ne le seront plus. Soit parce que physiquement le corps lâche, puis psychologiquement le management est dur et violent, assène le journaliste.  Donc les travailleurs décident de partir parce qu’ils ne tiennent plus le choc. C’est ce qu’on appelle le CDI en trompe l’œil. Ils s’implantent volontairement dans ces endroits qui ont un gros turnover et beaucoup de chômeurs, où ils pourront prendre et jeter selon les besoins de l’entreprise ».


Et les petits commerçants dans tout ça ?

Chez Amazon, vendre une quantité X de livres demande 18 fois moins d'employés que dans une librairie indépendante.

« Se rendre dans une petite librairie, ça va finir par devenir un acte militant, reconnaît à demi-mots Françoise Gaudefroy, directrice de la librairie Martelle. Vous allez acheter un produit chez Amazon, il vont récupérer votre email et revendre vos données, c’est comme ça qu’ils gagnent de l’argent »

Peu de bénéfices dans le livre, des pertes d'argent dans le secteur du jouet…
Un domaine où pourtant, Amazon aurait poussé son concurrent Toys R us à la faillite… Le champion du e-commerce serait-il un e-fossoyeur ?

« Amazon en France détruit de l’emploi, alerte Jean-Baptiste Malet.  Oui sur un endroit en France, Amazon crée 500 emplois. Mais ce qu’il faut voir, c’est que c’est le concurrent direct des commerces de proximité ! »

Près d'Amiens, Amazon va disposer d'un site unique en France dédiés aux colis de grande taille.

Une nouvelle étape, peut-être, avant de s'attaquer au marché si convoité de la distribution de produits frais.

L’ogre américain a visiblement très bon appétit...


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