Le groupe Whirlpool a décidé de délocaliser la production du site amiénois vers la ville de Łódź, en Pologne, entraînant la suppression de 290 emplois directs. Qu'en disent les candidats à la présidentielle ?

290 personnes sur le carreau

En janvier dernier, les 290 employés de l'usine Whirlpool, à Amiens, ont appris qu'ils allaient perdre leur emploi. En cause, la délocalisation de leur usine en Pologne, où la main d'oeuvre est moins chère. La production sera maintenue jusqu'au mois d'avril 2018, avant de ralentir, jusqu'à l'arrêt programmé au 1er juin de la même année.

Dans le bassin minier, déjà ravagé par la crise, cette nouvelle est dramatique. Symbole d'une Europe trop présente pour certains, d'un patronnat avide de pouvoir et d'argent pour d'autres, le cas Whirlpool a été évoqué par (presque) tous les candidats à la présidentielle.

Whirlpool-Amiens : le choc après l'annonce de la fermeture
Intervenants : Céline Delpirou, Secrétaire du CE - CFE CGC ; Frédéric Chanterelle, délégué syndical CFDT / reportage : Cathy Colin, Emilie Montcho, Franck Blancquart et Mathieu Maillet.

 

Nathalie Arthaud : interdire la fermeture

Candidate de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud s'est rendue à Amiens en février à l'occasion d'une réunion publique. Elle préconise "l'interdiction de la fermeture à ce grand groupe américain, qui est richissime".

Et si celui-ci refuse ? "On réquisitionne cette usine, parce que les salariés savent très bien faire tourner l'usine, produire des lave-linge, donc on réquisitionne, et que cette grande multinationale continue à faire ses affaires là où elle veut."

Dans une interview accordée au Courrier Picard, Nathalie Arthaud met l'accent sur la responsabilité des dirigeants de l'entreprise : "Tous sont en train de dénoncer l’Union européenne, le libre-échange, le dumping social.

Mais jamais les dirigeants de Whirlpool, les actionnaires de cette multinationale qui s’en mettent plein les poches, ceux qui ont décidé de faire encore plus de profits en licenciant et en fermant l’usine d’Amiens pour aller exploiter encore plus durement des travailleurs polonais", affirme-t-elle.

Marine Le Pen : Whirlpool Amiens "ne fermera pas"

Marine Le Pen a assuré jeudi que l'usine Whirpool d'Amiens "ne fermera pas" alors que les syndicats de l'usine étaient reçus par le Premier ministre Bernard Cazeneuve pour discuter du suivi du dossier au-delà des élections.

"Whirlpool Amiens ne fermera pas. J'en prends l'engagement", a écrit la candidate FN à la présidentielle dans un billet de blog.


Les syndicats reçus à Matignon jeudi ont indiqué après la réunion qu'une commission allait être mise en place pour assurer après la présidentielle le suivi du dossier de l'éventuelle reprise de l'usine d'électroménager, menacée de fermeture.

"L'usine Whirlpool d'Amiens doit être délocalisée dans quelques mois en Pologne, jetant dans l'incertitude la plus totale ses 295 salariés, mais aussi les intérimaires employés sur le site et les dizaines de sous-traitants", a écrit Marine Le Pen, jugeant "cette délocalisation" à la fois "insupportable" et "trop facile".


"Je veux dire aux salariés de l'entreprise, à ceux qui travaillent au quotidien avec eux, à leurs familles, que, présidente de la République, je ne laisserai pas faire", a-t-elle déclaré.

"On fera le bras de fer avec le groupe pour le dissuader de fermer ce site. Et si le groupe prend malgré tout la folle décision de fermer, on cherchera des repreneurs industriels sérieux et responsables", a promis Mme Le Pen, qui se dispute la première place dans les intentions de votes pour le premier tour de la présidentielle avec le candidat d'En Marche!, Emmanuel Macron. 

Nicolas Dupont-Aignan appelle au boycott

Lors de l'émission "Dimanche en politique" diffusée en janvier dernier, le fondateur du parti Debout la France a appelé les Français "au boycott des marques d'entreprises qui sabotent notre pays", ajoutant que "la France est le premier marché de l'électroménager européen".

Le candidat à l'élection présidentielle est allé jusqu'à affirmer qu'après la fermeture de l'usine Whirlpool d'Amiens, "il n'y aura plus une usine d'électroménager en France". Dans sa rubrique "Le vrai du faux", France Info a vérifié ces propos qui sont... Absolument faux.

Il y a 34 usines d'électroménager en France. En revanche, Whirpool Amiens est bien la dernière usine française... du numéro deux mondial de l'électroménager.

Réunion autour de l'avenir de Whirlpool à Matignon
Intervenants: Christophe Sirugue Secrétaire d'État chargé de l'Industrie, Cécile Delpiroux Déléguée syndicale (CFE-CGC) de Whirlpool, Alain Gest Président (LR) d'Amiens Métropole Equipe : BAUDENAILLE-PESSOTTO Tristan, CROCI Jean Louis, DELANGLE Cédric - France 3 Picardie

 

Hamon : Whirlpool doit "rembourser toutes les aides publiques"

Le candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle préconise le "remboursement immédiat et intégal de toutes les aides publiques indûment perçues" par Whirlpool. Pour M. Hamon, il n'est plus possible "de bénéficier aujourd'hui de l'ensemble des dispositifs qui leur permettent de payer moins d'impôts, qui leur permettent d'embaucher plus facilement des personnes, de disposer d'un crédit d'impôt sur la recherche et le développement, et ensuite choisir, une fois perçues ces aides, de délocaliser".

"C'est totalement juste et normal qu'ils (Whirlpool) remboursent" les aides du CICE, a déclaré Benoît Hamon. "Quand on soutient l'activité pour que l'emploi soit ici, il est normal que l'on demande le remboursement quand l'emploi s'en va ailleurs", a conclu le candidat socialiste.

Macron ne veut pas faire de fausses promesses

Au début de sa campagne, Emmanuel Macron s'est voulu déterministe, ne faisant aucune promesse. "Je considère qu'une campagne présidentielle, ce n'est pas pour faire des propos d'estrade avec des promesses qu'on ne sait pas tenir. Donc, je ne le fais pas pour Whirlpool", a-t-il déclaré dans L'Émission politique face à François Ruffin, leader de Picardie Debout et candidat aux législatives dans la Somme.

"Parce que je vais faire quoi ? Je vais y aller avec un camion et je vais dire : avec moi, ça fermera pas. alors qu'on sait que ce n'est pas vrai"

Le leader d'En Marche! a toutefois déclaré qu'il mettrait "toute son énergie" dans le dossier.


Dans ce débat, le réalisateur de Merci Patron a dégainé un chèque au montant vierge et à l’ordre du CAC 40. "À qui profite le candidat Macron ?" a-t-il questionné "Combien allez-vous faire de cadeaux au CAC 40 avec votre programme ?" 


Philippe Poutou veut interdire les licenciements

Philippe Poutou veut tout bonnement interdire de licencier. "Ça devient de plus en plus facile de justifier les mesures d’usines", estime le candidat investi par le Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

Quid des petits patrons qui galèrent ? Philippe Poutou préconise l'installation d'une nouvelle branche de la sécurité sociale qui permettrait de maintenir un salaire. "C'est le principe même de la sécurité sociale : aider à faire face à tous les accidents de la vie, que ce soit la maladie, la vieillesse ou les licenciements", poursuit le candidat NPA, interrogé sur sa proposition dans l'émission "On n'est pas couchés".

À la question de savoir qui va payer ces salaires, Philippe Poutou répond que ce sont "les milliardaires" qui devront donner leur argent. Comment ? L'employé de Ford élude soigneusement la question...

François Fillon écarte une éventuelle prise de participation de l’Etat

Concernant Whirlpool, "faut-il laisser l’entreprise disparaître, et ne pas s’occuper des morts sur le champ de bataille de la vie économique ?", demande François Lenglet à François Fillon, sur RTL, fin mars.

"Il y a des cas, où, lorsque j’avais la responsabilité du gouvernement, je suis intervenu pour sauver des entreprises, en prenant des participations", répond le candidat des Républicains. "Cela peut-être une manière de sauver une activité, de gagner du temps, comme se pose la question pour les Chantiers de l’Atlantique  […]" indique-t-il.

"Est-ce que, dans la situation de Whirlpool, c’était une activité stratégique qui pouvait être maintenue ? je ne le crois pas", estime François Fillon, toujours au micro de RTL, qui écarte donc l’option de la prise de participation de l’Etat.

Jean-Luc Mélenchon plaide pour l’harmonisation sociale européenne

Dans le programme de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, aucune référence directe aux délocalisations ne figure. En revanche, il y plaide pour l’harmonisation fiscale et sociale en Europe, comme le prévoit ce paragraphe.

Jean-Luc Mélenchon évoque directement le cas de Whirlpool dans une interview accordée à Europe 1, le 15 mars dernier. Il y explique sa proposition concernant l’Union Européenne, arguant "qu’une délocalisation sur deux se fait à l’intérieur de l’Europe".

Jean Lassalle, un rééquilibrage européen plutôt qu’un nouveau jeûne

En 2006, Jean Lassalle avait jeûné durant près de 40 jours, perdant plus de 30 kilos, pour protester contre la délocalisation d’une usine de sa circonscription des Pyrénées. 

Le 30 mars dernier, il est interrogé par Anne Sophie Lapix pour C À VOUS, qui lui demande comment éviter la délocalisation de Whirlpool. (à partir de 8'30 dans l’extrait ci-dessous.)

"On reprend le pouvoir qui nous fait défaut. Je veux donner à la France un espace politique, économique et financier qu’elle n’a plus",  répond-il.

Relancé par Anne Sophie Lapix qui espère une réponse plus concrète, Jean Lassale propose une sorte de rééquilibrage des rapports européens.

François Asselineau, le FREXIT contre les délocalisations

Nous n’avons pas retrouvé de référence directe à Whirlpool par François Asselineau.

En revanche, le candidat de l’UPR évoque de nombreuses fois la lutte contre la délocalisation dans son programme. Par exemple, au sein du chapitre "baisse rapide et profonde du chômage", l’article 55 prévoit la "dénonciation juridique de l’article 63 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) qui mettra fin à la libre circulation des mouvements de capitaux, donc aux délocalisations industrielles".

Et voici ce qu’édicte cet article en question du TFUE :
"1. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites.
2. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux paiements entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites."

Jacques Cheminade : favoriser les PME-PMI pour relocaliser l’emploi

Comme pour François Asselineau, nous n’avons pas trouvé de référence à Whirlpool dans le programme ou les interventions médiatiques de Jacques Cheminade.

Contre les délocalisations, il prend le parti d’un soutien aux PME et PMI (petites et moyennes entreprises/industries), "dont l’existence permettrait l’extension et l’amélioration de la réactivité de notre tissu économique et l’embauche de jeunes travailleurs, renversant ainsi la désastreuse tendance à la destruction d’emplois industriels sur notre territoire."