Anne Bert, qui souffrait d'une maladie dégénérative incurable et défendait la liberté de "choisir sa fin de vie" en France, a été euthanasiée ce lundi matin dans un hôpital belge, "comme elle l'avait souhaité", a annoncé sa fille.

L'écrivaine de 59 ans, qui avait déjà interpellé les candidats à la présidentielle en janvier, a souhaité faire évoluer les mentalités et la législation française, avec "Le tout dernier été" (Fayard), un livre qui évoque son "combat" pour un départ choisi.

Anne Bert s'est éteinte ce lundi matin peu après 09h00 en Belgique, a indiqué sa fille dans un appel téléphonique, information confirmée peu après par son éditeur Fayard.


Romancière et ancienne éditrice, Anne Bert, qui résidait en Charente-Maritime, souffrait d'une sclérose latérale amyotrophique (SLA) aussi appelée "maladie de Charcot", qui conduit à une paralysie des muscles qui l'"emmure progressivement".

Son livre, un récit intime blâmant les "conservateurs qui affirment que la vie doit être vécue jusqu'au bout de l'enfer" doit être publié le 4 octobre. Anne Bert avait prévenu quelques semaines avant sa mort qu'elle ne serait "plus là pour sa parution".

Aucun traitement curatif n'existe pour l'affection dont elle souffrait, diagnostiquée chez elle en octobre 2015.

Dans une lettre publiée lundi par le JDD, écrite selon sa fille il y a "deux ou trois semaines", Anne Bert appelle ses lecteurs à prendre la parole pour "contrer une minorité obscurantiste, bruyante, qui se veut dominante".

"Réveillez les consciences sourdes ou endormies de nos dirigeants" leur lance-t-elle.

"Nous n'oublions pas qu'Anne a dû s'exiler dans un pays plus humain (...) pour trouver le repos", a réagi l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), qui milite depuis 10 ans pour la légalisation de l'euthanasie.

Le député (PS) de Charente-Maritime Olivier Falorni, qui dit avoir été en contact avec Anne Bert "ces dernières semaines", a annoncé qu'il déposerait ce lundi une proposition de loi "pour lui rendre hommage et pour continuer son combat".


"Mourir en paix, avant d'être torturée"

La loi française autorise depuis 2016 la "sédation profonde et continue" jusqu'au décès, une administration de substances anti-douleur qui s'apparente à un droit à être endormi sans être réveillé.

Mais elle s'applique uniquement aux malades déjà en phase terminale et n'autorise pas l'euthanasie active, c'est-à-dire l'administration d'un produit provoquant directement la mort.

Cette législation "répond plus aux préoccupations des médecins qu'aux droits des patients qui souhaitent ne pas aller au terme de leur maladie incurable ou accepter d'insupportables souffrances", regrettait Anne Bert dans sa lettre ouverte aux candidats à la présidentielle.

"Endormir un malade pour le laisser mourir de faim et de soif est-il réellement plus respectueux de la vie que d'y mettre fin par l'administration d'un produit létal ?", poursuivait-elle.

"Je veux mourir en paix, avant d'être torturée", écrit-elle dans son livre, "passer la frontière pour fuir l'interdit". Elle avait choisi de mourir en Belgique où elle était suivie depuis décembre.

Dans ce pays, l'euthanasie active est autorisée depuis 2002 pour les patients souffrant d'un mal incurable et qui ont formulé leur demande "de manière volontaire, réfléchie et répétée".

Le combat d'Anne Bert

Reportage de France 3 Poitou-Charentes (T. Scoazec, M. Millet et M. Sitaud)