La Wallonie interdit l'abattage des animaux sans étourdissement préalable

Image d'illustration / © MaxPPP
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Le Parlement de Wallonie (sud de la Belgique) a décidé mercredi d'interdire l'abattage des animaux de boucherie sans étourdissement préalable à partir du 1er juin 2018.

Par AFP

Une période transitoire pour l'abattage rituel est prévue mais elle ne devrait pas satisfaire les communautés juive et musulmane, qui avaient préalablement critiqué le texte. Le décret, qui aura force de loi dans la région francophone belge, a été adopté à l'unanimité par les membres du Parlement wallon, à l'exception des 3 représentants du parti de la gauche radicale PTB, qui se sont abstenus.

Le texte fixe la date du 1er juin 2018 pour l'interdiction de l'abattage sans anesthésie ou étourdissement préalable. Une dérogation est prévue pour les abattages rituels, pour lesquels l'étourdissement réversible par électronarcose - un procédé censé ne pas entraîner la mort de l'animal, saigné après avoir été étourdi - ne sera exigé qu'à partir du 1er septembre 2019. Elle sera donc toujours en vigueur lors des fêtes du ramadan 2018, qui auront lieu en août cette année-là. Le texte ne s'appliquera pas aux viandes importées.


Juifs et musulmans mécontents

Les cultes juif et musulman interdisent d'égorger des animaux morts, tandis que les défenseurs du bien-être animal assurent qu'il est particulièrement cruel d'abattre des animaux conscients. Les deux camps avaient mené d'intenses campagnes pour infléchir la décision. "Pourquoi ce qui est possible dans d'autres pays ne le serait-il pas chez nous ?", a répondu le député socialiste Jean-Pierre Denis, en défendant une "proposition de consensus" entre bien-être animal et liberté religieuse. Pour la petite communauté juive de Wallonie, la mesure ne devrait concerner qu'une centaine d'animaux par an, a déclaré, peu avant le vote, Alex Benjamin, le porte-parole de l'European Jewish Association (EJA). Sans accuser les élus wallons d'antisémitisme, M. Benjamin a estimé qu'ils "envoient comme signal à la population juive qu'ils ne la respecte pas vraiment, elle ou ses pratiques" et  que cette décision pourrait faire le jeu de l'extrême droite.

Dans un communiqué, la Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) a "pris acte" du décret et a dit "évaluer toutes les options juridiques et politiques ouvertes". Le CCOJB a accusé le Parlement wallon d'avoir "empiété de manière disproportionnée sur la liberté de culte, en prétextant, de manière logiquement et moralement douteuse, qu'il s'agit d'une mesure relevant de la protection du bien-être animal". "C'est regrettable, mais nous ne nous bornerons pas à le regretter", a averti le président du CCOJB, Yohan Benizri, cité dans le communiqué. L'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB), l'organisme représentatif des 600 000 à 800 000 musulmans du pays, avait fait part dès lundi de ses "doutes sérieux" sur la "compatibilité" du texte avec "le libre exercice des rites religieux".

En France, la dirigeante du Front National Marine Le Pen, a estimé pendant la campagne présidentielle que l'abattage sans étourdissement préalable "devrait être interdit". En Flandre, le gouvernement régional envisage d'interdire également l'abattage sans étourdissement préalable dès le 1er janvier 2019.

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