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Louis Aliot et Gilbert Collard prennent leurs distances avec les propos de Jean-Marie Le Pen

Une nouvelle sortie de Jean-Marie Le Pen a été peu goûtée au sein même du Front national, parti qu'il a fondé et dont il est président d'honneur. Louis Aliot et Gilbert Collard ont dénoncé des propos "stupides" et "intolérables". Les associations antiracistes dénonçant des propos "antisémites".

  • Par Fabrice Dubault
  • Publié le 08/06/2014 | 18:49, mis à jour le 08/06/2014 | 18:55
Jean-Marie Le Pen - archives © afp
© afp Jean-Marie Le Pen - archives

Dans une vidéo diffusée sur le site internet du FN, qui n'était plus accessible dimanche, Jean-Marie Le Pen s'en prend à plusieurs artistes qui ont pris position contre le FN: Guy Bedos, Madonna et Yannick Noah.

"Tous ceux qui avaient juré, en cas de victoire du Front national, de prendre leurs cliques et leurs claques et de quitter la France", résume son interlocutrice, qui évoque alors Patrick Bruel, qui est juif. "Ecoutez, on fera une fournée la prochaine fois", lui répond alors Jean-Marie Le Pen, dans un rire satisfait.

Document Europe 1

Louis Aliot, vice-président du FN, compagnon de Marine Le Pen, et élu du Languedoc-Roussillon qui a succédé à son père à la tête du parti, a dénoncé "une mauvaise phrase de plus. C'est stupide politiquement et consternant".

Réponse cinglante de l'ancien leader frontiste de 85 ans au compagnon de sa fille: "S'il y a des gens de mon camp qui l'interprètent de cette manière, c'est que ce sont des imbéciles!"
L'utilisation du mot "fournée" n'a "évidemment aucune connotation antisémite", s'est défendu Jean-Marie Le Pen, pour qui "la dénonciation médiatique des prétendus dérapages fait partie de l'arsenal de combat des ennemis du Front national".

"Collard devrait changer les consonnes de son nom", suggère Le Pen

Le député mariniste du Gard Gilbert Collard lui a suggéré de "prendre sa retraite". "Inacceptables et intolérables", ces propos font "du mal à ceux qui les entendent" mais aussi au rassemblement bleu marine et au FN, a-t-il déploré.
Jean-Marie Le Pen a suggéré, en retour, à M. Collard de "changer les consonnes de son nom", prétendant par ailleurs ne pas avoir su que Patrick Bruel était juif.

Le vice-président du FN Florian Philippot s'est démarqué des propos "d'une brutalité (...) inappropriée" de M. Le Pen, qualifiant  cependant les accusations d'antisémitisme de "mauvais procès".

Plusieurs associations ont annoncé qu'elles saisiraient la justice

Pour SOS Racisme, la réaction de M. Aliot est une "mascarade": "soit les responsables actuels du FN sont incapables de gérer leur parti alors qu'ils prétendent pouvoir gérer la France, soit, et de façon bien plus convaincante, il s'agit d'une hypocrite prise de distance face à la montée d'une polémique mettant à mal leur stratégie de dédiabolisation".

Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) qualifie M. Le Pen d'"authentique antisémite" et estime que ses responsabilités au sein du FN témoignent de "l'adhésion idéologique" de la direction du parti "aux thèses racistes" qu'il distille "à longueur d'idées et/ou de +jeux de mots+".

Pour l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), il s'agit d'un "rappel supplémentaire de la nature raciste et antisémite" du FN. Cette "saillie" rappelle selon la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) "l'ADN du Front national".
"Les délires et les provocations de cet individu ne m'atteignent plus depuis longtemps", a réagi Patrick Bruel sur Facebook, opposant au FN de longue date. "Je ne suis même pas triste pour moi", mais "triste pour la mémoire" des victimes de la Shoah, a-t-il ajouté.
"J'aimerais que Marine Le Pen pour une fois se désolidarise clairement de son père", a demandé le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Roger Cukierman.
Si le FN n'exclut pas Jean-Marie Le Pen pour de tels propos, il "restera toujours le parti de la nausée républicaine", a affirmé sur Twitter la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem.

M. Le Pen a été condamné notamment pour ses propos qualifiant les chambres à gaz des camps de la mort nazis de "détail de l'histoire" ou pour un jeu de mot injurieux sur "Durafour crématoire" en 1988, visant le ministre Michel Durafour.

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