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Meurtre d'une joggeuse : un accusé, sans regret, enfermé dans son monde à Nîmes

Anthony Draoui, un marginal marqué par un lien destructeur avec une "mère-sorcière", est demeuré enfermé dans son monde chaotique, n'exprimant aucun regret, au premier jour de son procès en appel devant les assises du Gard, à Nîmes, pour le meurtre d'une joggeuse de 17 ans, en Ardèche, en 2011.

  • FD avec afp
  • Publié le 02/02/2016 | 11:10, mis à jour le 02/02/2016 | 11:19
Meurtre d'une jeune joggeuse: ouverture du procès en appel d'Anthony Draoui - 01/2/2016 © MAXPPP

© MAXPPP Meurtre d'une jeune joggeuse: ouverture du procès en appel d'Anthony Draoui - 01/2/2016


Barbe et cheveux soignés, silhouette amincie de 20 kilos, l'accusé, 23 ans, est méconnaissable par rapport au temps de son premier procès le 3 octobre 2014, devant la cour d'assises de l'Ardèche. Il avait été condamné à trente ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté des deux tiers pour le meurtre de Marie-Jeanne Meyer à Tournon-sur-Rhône le 18 juin 2011.

Son attitude reste la même : absence de regrets et d'empathie

Le jeune homme, incapable d'expliquer pourquoi il a fait appel, s'est vite attiré les foudres de la présidente, Geneviève Perrin. Voix morne, regard fuyant, nombreux tics, agressivité ou passivité totale, il a été plusieurs fois rappelé à l'ordre :

Sortez les mains de vos poches!" "Asseyez-vous!" Et lui de rétorquer: "J'ai pas fini de parler!".


L'avocat général François Raffin a demandé que la circonstance aggravante de récidive légale soit appliquée, en tenant compte de condamnations à de la prison avec sursis dans l'adolescence. La cour doit trancher sur cette demande, ce qui rendrait l'accusé passible de la réclusion à perpétuité.

L'avocat général fait un mauvais coup à M. Draoui mais il fait aussi un mauvais coup à la justice", s'est indigné pour la défense Me Alain Riou. "On change les règles du jeu avec beaucoup de désinvolture", a-t-il estimé.


Il n'exprime aucun regret

Pour les experts psychiatres, Anthony Draoui a une "personnalité borderline, réactionnelle à des angoisses d'abandon" mais "pas de troubles psychiatriques avérés". "On veut tout le temps m'hospitaliser d'office en psychiatrie. Je veux une contre-expertise!", proteste avec véhémence l'intéressé.
Un rapport de psychologues note une "incapacité à nouer une relation affective sauf avec une mère +sorcière+" alcoolique et toxicomane, à laquelle il est uni par un lien à la fois "destructeur et indestructible".

Draoui n'a pas connu son père biologique et le père adoptif dont il porte le nom a été expulsé au Maroc quand il avait quatre ans, pour trafic de drogue. Errant de foyers en familles d'accueil, il quitte le système scolaire à 13 ans et finit dans la rue peu avant le meurtre. Les experts décrivent une "agressivité croissante" chez le jeune homme, avec une forte tendance aux crises de violence, accompagnées de pyromanie.

En face de lui, une famille qu'il ne regarde pas et qui a éclaté sous l'effet du drame. Le couple Meyer, leur fils de 20 ans et leur fille de 16 ans, peinent à supporter l'énoncé de ce qu'a subi Marie-Jeanne, dont le corps avait été retrouvé partiellement démembré et calciné au fond d'une fosse recouverte de pierres sur les hauteurs de Tournon.
Draoui continue à nier avoir démembré le corps dont il ne restait qu'un tronc et un visage calcinés. "Vous faites erreur", a-t-il martelé quand on l'accuse d'avoir tranché les membres de la jeune fille avec une hache retrouvée sur les lieux. "Ça
a été provoqué par la crémation.".

Pour moi, c'est exclu que des lésions aussi nettes et symétriques viennent d'une crémation", affirme à la barre un expert légiste, mettant l'accusé face à ses incohérences.


Aux interruptions de séance, la famille montre une grande photo de Marie-Jeanne, cheveux très bruns, peau mate et visage fin souriant derrière de fines lunettes noires. Brillante élève de 1ère S, elle préparait son bac de français quand elle a croisé Anthony Draoui sur le chemin de grande randonnée 42.

"Il n'exprime aucun regret, rien!", s'étrangle le père, Jean-Philippe.
Mais pour l'accusé, "les regrets ça sert à rien. Il s'est passé ce qui devait se passer, c'est tout!", répète-t-il en boucle.

Le verdict est attendu mercredi.
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