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Plan d'action contre le dépérissement de la vigne : l'exemple de la Syrah dans l'Hérault

10% du vignoble français dépérit. Les professionnels alarmés proposent un plan d'urgence axé sur la recherche. Exemple dans l'Hérault où des études sur la Syrah montrent que le phénomène touche l'ensemble de l'aire d'implantation du cépage.

  • Sylvie BONNET avec l'AFP
  • Publié le 03/03/2016 | 12:20, mis à jour le 03/03/2016 | 12:31
Un pied de vigne ravagé par une maladie. Illustration. © Maxppp

© Maxppp Un pied de vigne ravagé par une maladie. Illustration.

Une France sans vigne et sans vin? les professionnels sonnent l'alarme avant d'en arriver là et se mettent en ordre de bataille avec un plan d'action contre le dépérissement des vignobles, qui touche déjà 10% des surfaces, toutes régions confondues.

"Ravageurs, oïdium, mildiou, flavescence dorée et maladies du bois de la vigne comme l'esca, un champignon qui étouffe les ceps, toutes ces plaies accablent déjà 80.000 des 800.000 hectares du vignoble français" rappelle l'Héraultais Jérôme Despey, président du conseil viticole de FranceAgriMer, l'organisme public qui gère l'agriculture française.







L'exemple de la Syrah dans l'Hérault et le Gard


Observé depuis les années 1990 dans le Gard et dans l'Hérault, le dépérissement de la Syrah touche actuellement l’ensemble de l’aire d’implantation de ce cépage. Le pourcentage de ceps atteints et la progression du dépérissement varient de façon importante d’une parcelle à l’autre. d'où l'importance des études menées par l'INRA et le CIRAD avec l'aide des chambres d'agriculture pour mieux cerner le problème et trouver des solutions.

1,5 millions d'euros pour la recherche


Les professionnels du conseil national des vins à appelation (CNIV) mettent la main à la poche et prévoient un budget de 1,5 millions d'euros pour la recherche sur le dépérissement. Il faut dire que leur avenir est menacé par ce dépérissement du vignoble. Le calcul est simple : du fait du dépérissement des vignobles, en AOP les rendements sont inférieurs de 4,6 hectolitres par hectare aux rendements autorisés. Un manque à produire estimé à 2,1 à 3,4 millions d'hectolitres en 2014, qui se traduit par 900 millions à 1 milliard d'euros de manque à gagner. Et bientôt 2 milliards en 2020 si le phénomène n'est pas endigué.

La lutte contre le dépérissement "priorité nationale"


 

"On attend des pouvoirs publics qu'ils alignent un euro pour chaque euro avancé par la profession, soit un budget total de 3 millions pour la recherche" explique Jérôme Agostini, directeur du CNIV. "On ne comprendrait pas qu'ils fassent moins". Pour son organisme et pour FranceAgriMer, la lutte contre le dépérissement du vignoble doit être déclarée "priorité nationale" en France. Mais l'Europe aussi doit jouer son rôle dans la mobilisation de la recherche, car le fléau est communautaire et la complexité des phénomènes appelle d'urgence des travaux approfondis, interdisciplinaires et systémiques.

Plan d'action effectif en 2017


Selon Jérôme Agostini, les programmes de recherche devront commencer en 2017, le temps d'effectuer des appels à projet.  D'ici là, l'INRA (institut national de la recherche agronomique) et d'autres organismes comme l'Université de Bordeaux doivent définir les principales pistes d'étude, de la pépinière qui fournit les ceps aux vignerons aux pratiques culturales.

L'Héraultais Jérôme Despey préconise les cépages de secours


Le président du conseil viticole de FranceAgriMer Jérôme Despey, lui-même viticulteur dans l'Hérault, réclame l'autorisation de recourir à des plants résistants, déjà testés et éprouvés chez les voisins en Suisse, Allemagne et Italie : "La filière veut les mettre à profit pour aller vite et on demande une procédure accélérée d'autorisation de plantation, si possible dans les six mois".
Selon lui,  25 cépages ont été identifiés qui ont déjà fait l'objet d'avis scientifiques éclairés. "On demande à poursuivre des expérimentations de ces cépages à raison de 20 hectares par cépage dans chacun des bassins de production français", explique Jérôme Despey.
"Ultérieurement pourra se décider, cépage par cépage, appellation par appellation, s'il est possible ou non de les intégrer dans les cahiers des charges" ajoute Anne Heller, déléguée de la filière.

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