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"Eaux mortes", samedi 8 mars à 15h20

Le 17 Août 1893, à Aigues-Mortes. Dans une chaleur étouffante et dans l’air saturé de sel des marais entourant la ville, des ouvriers Français assassinent d’autres ouvriers, Italiens, sous les regards plus ou moins complices de la population locale.

  • Par Emmanuelle Gayet
  • Publié le 29/10/2012 | 14:56 , mis à jour le 20/10/2014 | 10:05
Aigues-Mortes © Antea
© Antea Aigues-Mortes
Au lendemain du drame des émeutes anti-françaises éclatent alors partout en Italie, les tensions montent. Les presses « nationalistes » des deux pays renchérissent : on parle d’une guerre imminente. Les gouvernements sentant que la situation leur échappe jouent alors l’apaisement. Au terme d’une enquête bâclée et d’un procès mené à tambour battant, tous les accusés sont acquittés par un jury populaire, alors que leur culpabilité était avérée. Une compensation financière est « néanmoins » offerte aux familles des victimes. Le massacre disparaît alors peu à peu de l’Histoire de notre pays, comme effacé des mémoires. Jusqu’à il y a peu.

Pourquoi a t’il été effacé ? Qui sont les « vrais » responsables de cette terrible mécanique ? Quels parallèles peuvent se faire avec notre époque contemporaine ? Quelles leçons tirer de ce drame ? Comment la création artistique peut elle s’approprier une part d’histoire ? Et pourquoi les morts reviennent ils nous parler ? Autant de questions auxquelles « Eaux Mortes » tente de répondre de façon multiformes, aux frontières du documentaire et de la fiction.

Un film de Jean-Christophe Gaudry
Avec la participation de Denis Lavant et Stefano Cassetti

Une coproduction France Télévisions / Antéa

Voir le documentaire :




Quelques questions à Jean-Christophe Gaudry, le réalisateur


Quelle était votre intention pour ce film ?

Nous contre eux, ou la psychose de l’envahisseur.

Il y a d’abord comme une évidence. Quelque chose qui semble arriver au moment opportun. Des phrases lancées par des hommes politiques, de France et d’Italie. Des termes enfouis dans une histoire pas si glorieuse qui revien- nent, comme lavés du trouble et de la gène qu’ils ont provoqué par le passé. Un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, des rapprochements sémantiques effectués entre immigration et délinquance, la loi Loopsi 2... Des mots, beaucoup de mots.
Mais aussi des actes. Des reconduites à la frontière, parfois très brutales de « clandestins », des attaques de camps de Roms, ou de Nigériens en Italie. Nous sommes en 2011. Hier, il y a presque 120 ans. Alors que les concepts de racisme et de xénophobie n’existaient pas encore, ils furent crées un an plus tard avec l’affaire Dreyfus, une bagarre entre ouvriers Français et Italiens dégénère à Aigues-Mortes et se transforme en chasse à l’homme meurtrière. Quels liens entre le passé et le présent ? Beaucoup de points communs mais aussi de différences, et c’est là que le sujet prend toute sa valeur selon moi. Les contextes sont différents, les époques, les hommes. Mais les évènements du 17 août 1893 peuvent encore nous étonner, nous éclairer sur notre histoire actuelle. Et peut - être, c’est un vœu pieux, nous mettre en garde.
On y retrouve pêle mêle : les idées nationalistes, le mépris des nantis envers les laissés pour compte de la société, le libéralisme qui dicte ses lois brutales sur le travail et les hommes, la soif du sang, des fiertés bafouées, la haine de la différence, l’influence de certains médias qui affirment une chose et son contraire, une justice aux ordres du politique. Tous les ingrédients réunis ce jour là, et les mois qui suivirent, pour transformer cette tragédie en un détonateur qui faillit mener deux pays, la France et l’Italie, à la guerre.

En faisant lire par Patrick Pineau, le metteur en scène de la pièce « sale Août » qui traite de ces évènements dans les lieux même de la tuerie, des extraits, je souhaite provoquer une mise en abyme. Plutôt que d’utiliser des prises de vues de la pièce, où l’on ne ressentira pas l ‘émotion provoquée par l’expérience physique d’être dans le théâtre face aux comédiens, je tenterai de replacer la création au cœur du sujet. Une discus- sion entre le metteur en scène et Serge Valletti, l’auteur, abondera en ce sens, en les plongeant dans leur travail de « sale Août ». Comment traiter par la création d’un fait historique ? Quels en sont les pièges ? Double mise en abyme puisqu’elle me concerne en partie avec ce projet de film.

C’est un retour sur mon propre passé, familial et affectif, auquel j’aimerai modestement rendre hom- mage sans le pathos habituel des films sur la mémoire ou l’immigration. J’ai d’abord pensé à mes grands parents en lisant le récit de ce drame, partis de leur campagne Toscane et arrivant en France pour vendre leur force de travail. Puis j’ai pensé à ma mère dans la cour d’école se bagarrant avec ses petits camarades alors qu’on la traitait de « sale macaroni ».
Une immigration que l’on nous décrit aujourd’hui comme quasi naturelle, qui s’est faite en douceur, sans heurts. Combien de fois n’a t’on pas entendu que les Italiens, eux au moins, partageaient la même religion et les mêmes valeurs de travail ? Quel intérêts ont certains aujourd’hui à ré - écrire l’histoire en usant de la même dialectique qu’à l’époque, afin de mieux mettre en garde contre les « nouveaux » envahisseurs : les Arabes.

Les moments forts du tournage

Quelques images me viennent à l'esprit:  premier jour de tournage de la partie "fiction", sur la plage de l'Espiguette complètement déserte avec un ciel incroyable, et faire arriver vers la caméra la silhouette christique de Stefano Cassetti, ou encore filmer Denis Lavant lisant un extrait de "sale Aoùt" sur la place St Louis à Aigues-Mortes avec une masse de touristes captivés par sa performance derrière la caméra,  finir le film dans le cimetiere où sont enterrés mes grands parents en Italie...Mais je ne pense pas à un moment fort en particulier, c'est plus une ambiance générale. L'impression de faire du bon boulot, d'être juste, au niveau des gueules, des costumes, des images, dans la bonne humeur. Inutile d'en rajouter lorsque l'on travaille sur un sujet aussi grave!

Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?

Plusieurs raisons mais une question qui revient encore: essayer de comprendre pourquoi ce drame est arrivé, se reproduit chaque jour, chaque époque. Et en tant que cinéaste: l'envie d'essayer de "nouvelles" écritures, des styles différents, me prouver que cette voie vers laquelle je me dirige, entre documentaire et fiction, est pertinente, riche et pleines de découvertes.


Quelques photos du tournage :




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