Le débarquement en 10 questions : quels sont les noms de code à connaître pour comprendre la bataille de Normandie ?

Opération Neptune, Overlord, Fortitude ... D-Day ou encore "Titanic" ou "Piccadilly Circus" ! Autant de termes associés au débarquement et qu'il convient de connaître pour comprendre le déroulement de la bataille de Normandie.
Voici une liste de noms de code et de mots-clés avec leur explication.

Par Erick Haas

• Overlord 

"Overlord" (le suzerain en français), désigne le plan d'ensemble des alliés visant à ouvrir un nouveau front à l'ouest de l'Europe. Il répond à la demande de Staline formulée dés 1941 pour soulager la pression allemande sur le front de l'Est.
L'opération Overlord s'est déroulée en France, du 6 juin 1944 jusqu'à la libération du Havre, le 12 septembre 1944.
Pour la petite histoire, l'Inter Service Security, le bureau responsable des attributions des noms de code, avait à l'origine baptisé l'Opération du nom de "Mothball", ce qui signifie en français "boule de naphtaline". Winston Churchill n'aurait pas apprécié; il est personnellement intervenu pour imposer le nom d'Overlord.
A noter que le nom de code donné au débarquement de Provence était "Opération Dragoon".

• Opération Neptune

C'est le nom de code des opérations de débarquement des troupes américaines, britanniques et canadiennes en Normandie. Il désigne à la fois les opérations navales de regroupement dans la Manche, la phase d’assaut amphibie du Jour-J sur les plages de Normandie et les déploiements aéroportées en arrière des lignes allemandes.

• D-Day ou Jour J

Nom donné à la première journée du débarquement sur les 5 plages de Normandie (Utah, Omaha, Juno, Gold et Sword Beach).

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• Bodyguard

"Bodyguard" (garde du corps en français), c'est le nom du plan de diversion générale imaginé en 1943 par les Alliés et destiné à tromper les armées de l'Axe sur les véritables intentions des Alliés en Europe de l’Ouest. Il s'agissait de cacher les intentions d'invasion de la France à la fois par le nord et par le sud du pays.

• Fortitude

"Fortitude" (courage en français), c'est le nom de code donné à l'ensemble des opérations d’intoxication ("deception Operations", en anglais) menées avec l’aide de la Résistance française, en vue de tromper les Allemands sur le lieu et la date du débarquement dans le Nord de la France.
L'opération Fortitude incluait 2 volets :
     - L'opération Skye ou Fortitude North (britannique) : action de désinformation autour d'une armée fictive (la British Fourth Army) basée à Édimbourg et en Irlande du Nord pour faire croire à un débarquement en Norvège.
     - L'opération Quicksilver ou Fortitude South (américaine) : action de désinformation autour d'un groupe d'armées fictif commandé par le général Patton pour faire croire à un débarquement dans le Nord de la France (First United States Army Group ou FUSAG).


• Jubilee

L'opération Jubilee ou "débarquement de Dieppe" s'est déroulée le 19 août 1942. A partir  de 250 navires et appuyées par 74 escadrilles de chasseurs et de bombardiers, les troupes alliées débarquent à 5 heures du matin sur les plages de Seine-Maritime. Elles sont accueillies - malgré l'effet de surprise - par des tirs nourris et meurtriers. Plus de 2 000 hommes sur les 8 000 engagés y perdront la vie. Malgré son échec, cette opération pourtant de faible envergure, a permis de tirer des enseignements très importants pour les forces alliées dans la préparation de l'opération Overlord.

• Mulberry A et B

Le nom de cette petite baie comestible (la mûre) a été donné aux ports artificiels construits sur la côte normande au large de St. Laurent et d'Arromanches pour permettre l'approvisionnement des armées alliées après le débarquement. Seul le port d'Arromanches (Mulberry B) a été réellement opérationnel.  / © L'autre port, positionné devant Omaha Beach a été détruit par une tempête le 19 juin 1944.  
La structure du Mulberry était constitué de différents grands éléments préfabriqués en Angleterre, acheminés et assemblés sur la côte normande.
Le port artificiel d'Arromanches a souvent été mis en avant comme ayant permis la réussite de la bataille de Normandie et présenté comme un exemple de génie et logistique militaire, mais les historiens relativisent aujourd'hui son rôle. Jusqu'à la remise en route du port de Cherbourg, il semble qu'une majorité de l'approvisionnement allié se soit fait par débarquement direct sur les plages ou par l'utilisation des petits ports de la côte normande (source : Wikipedia)

 

• Round-Up

A partir de 1943, nom de code donné au rassemblement des troupes d’invasion alliées dans le sud de l’Angleterre, en préparation du débarquement et de la bataille de Normandie.

• Piccadilly Circus

Choisi en référence à un axe routier très fréquenté (à l'époque) du centre de Londres, c'est le nom donné au point de rassemblement de la flotte d'invasion, à l'aube du jour J. A partir de ce point de convergence situé à 30 km au sud-est de l'île de Wight, les forces d'invasion ont ensuite rejoint les plages du débarquement par 5 chenaux préalablement sécurisés par des dragueurs de mines. 

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Titanic

Opération de désinformation aéroportée organisée lors du débarquement. Baptisés "Rupert", des centaines de mannequins ou poupées parachutistes de 1m20 à 1m30 de haut, ont été largués derrière les lignes allemandes pour semer la confusion chez l’ennemi.  Leur particularité : en touchant le sol, ils déclenchaient automatiquement des bruits de pétards et des sons stridents sensés leurrer les allemands sur leur équipement.
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• Opération Deadstick

Le but de cette mission était de s'emparer des 2 ponts franchissant le canal de Caen, à Bénouville et à Ranville sur le flanc Est des plages du débarquement. La prise des deux ponts était codée "Euston I" pour le pont de Bénouville et "Euston II" pour celui de Ranville. Reprendre ces ouvrages aux allemands et les tenir à tout prix était un objectif stratégique pour les alliés car il n'existait qu'un seul lieu de passage pour traverser l'Orne.
L'ordre de mission, signé par le général Gale commandant la 6ème division aéroportée, était ainsi rédigé : "prendre intacts les deux ponts ... par une opération reposant essentiellement sur l'effet de surprise, la rapidité d'exécution et la détermination à vaincre".  En fait, il faudra moins de 40 minutes aux commandos de la 6 ème division aéroportée britannique pour s'emparer du pont de Bénouville, rebaptisé ensuite en leur honneur "Pegasus bridge".


• Pegasus bridge 

Autre nom du pont de Bénouville donné après le débarquement au pont basculant situé sur le Canal de Caen, près de son embouchure. C'était un objectif stratégique assigné aux commandos anglais de la 6ème division aéroportée dont l'emblême était justement un cheval ailé ... Pégase !
Le pont a été conquis et sauvegardé. Depuis, il a été remplacé par un ouvrage plus large, mais l'original reste visible au musée-mémorial du même nom. En 1961, le pont de Bénouville est devenu célèbre grâce au film de Darryl Zanuck "Le jour le plus long".
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• Autres noms d'opérations militaires durant la bataille de Normandie 

A chaque opération militaire d'importance son nom de code. Pendant toute la bataille de Normandie et jusqu'à la reddition des troupes allemandes, bien d'autres actions de guerre ont reçu des noms de code, mais la liste serait trop longue à énumérer ici. Voici un petit aperçu de celles qui ont marqué les premières semaines du débarquement et de la bataille de Normandie.

  • Opération Tonga : parachutage et arrivée par planeur de la 6e division aéroportée britannique sur le flanc est du canal de Caen à la mer et à Ranville, près de la rivière Orne. Objectif : tenir le flanc gauche du secteur du débarquement, particulièrement les ponts pour empêcher les blindés allemands de rejoindre les plages mais aussi permettre par la suite aux blindés britanniques de les utiliser. Le contrôle des deux ponts les plus proches de la zone de débarquement, le Pegasus Bridge et le pont de Ranville était un objectif stratégique.
     
  • Opérations Albany et Boston : parachutage des régiment des 101e et 82e divisions aéroportées américaines dans le nord-est du Cotentin. Elles devaient permettre de protéger le flanc ouest de la zone de débarquement et surtout de contrôler les sorties de plages d'Utah Beach. Contrairement aux autres plages, celle-ci se trouve sur un cordon littoral isolé par des marais et n'est reliée que par quelques routes à la péninsule du Cotentin.
     
  • Opérations Dingson & Samwest : parachutages en Bretagne, à l'aube du 6 juin, de 36 parachutistes français répartis en 4 groupes chargés de coordonner les actions de la résistance et de freiner l'arrivée des renforts allemands en Normandie.
     
  • Opération Goodwood : Opération alliée qui s'est déroulée du 18 juillet au 20 juillet 1944 pour dégager la ville de Caen par une attaque massive de blindés et une percée à l'Est de la ville.

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