Le débarquement en 10 questions : quel est le bilan humain de la bataille de Normandie ?

© Conseil régional de Basse-Normandie /National Archives USA
© Conseil régional de Basse-Normandie /National Archives USA

Alliés, Allemands et civils : au total, près de 140 000 morts. Le bilan humain - le prix du sang - du débarquement puis de la bataille de Normandie apparaît aujourd'hui encore comme exorbitant. L'année 1944, au Nord-Ouest de la France, a été une des plus sanglantes de la deuxième guerre mondiale.

Par Erick Haas

Etat des lieux des forces en présence en juin 44

Le 6 juin 1944, 156 000 soldats alliés, américains, britanniques et canadiens pour l'essentiel, foulent le sol de Normandie.
Face à eux, retranchés derrière les blockhaus du Mur de l'Atlantique ou stationnés en retrait dans les terres, les 105 000 hommes de l'armée d'occupation allemande. Avec la menace du débarquement, elle a été renforcée et compte à présente 10 Divisions dans les 2 départements du Calvados et de la Manche.
Les résistants FFI (Forces Françaises de l'intérieur) font également partie intégrante des opérations militaires. Leur nombre est estimé à 100 000 en janvier 1944, à  200 000 en juin, lors du débarquement.
Et puis il y a toute la population bas-normande, spectatrice et victime involontaire du plus grand déferlement d'armes et de matériels de guerre de l'ère moderne, bombardée à de multiples reprises pour paradoxalement lui permettre de recouvrer sa liberté.
Durant les 3 mois de "la bataille de Normandie", les belligérants comme les civils vont payer un lourd tribut au conflit.
1944 : Bombardements en Normandie
Extrait d'un film de propagande du Gouvernement de Vichy sur les conséquences du débarquement allié en Normandie sur les populations civiles


Le D-Day, jour funeste sur les plages de Normandie

Si l'effet "surprise" du débarquement a pleinement joué, l'arrivée sur les plages normandes comme les opérations aéroportées de part et d'autre de la zone d'opérations ont malgré tout donné lieu à des combats acharnés entre belligérants.

 / © A Omaha Beach, les défenses allemandes sont quasiment intactes après une phase de bombardement préparatoire qui a manqué ses objectifs. C'est sur cette plage où 15 000 hommes ont débarqué en vagues successives que les troupes américaines vont subir les plus lourdes pertes : 1 000 soldats sont  tués dont 90% dans la première vague d'assaut et 2 000 autres sont blessés. Cela a d'ailleurs valu à la plage le surnom de "bloody Omaha" (Omaha, la sanglante) ou encore "the Beach of blood".
Sur les autres plages du débarquement, la situation est à peine moins dramatique. A Juno Beach, près de 8 % des effectifs débarqués meurent, dont beaucoup par noyade.

Au soir du D-day, l'état-major américain estime pourtant que les pertes humaines se sont avérées finalement moins lourdes que prévu : 10 600 tués, blessés ou disparus dans le camp allié alors qu'il en avait envisagé 25 000 !

     - Pertes américaines : 6 603 hommes 
     - Pertes britanniques :  3 000 hommes
     - Pertes canadiennes : 946 hommes 
     - Pertes françaises (commando Kieffer) : 10 hommes tués
     - Pertes de la résistance : 124 prisonniers, tués blessés et disparus.
     - Pertes allemandes : 6 500 hommes

Le bilan de la bataille de Normandie

 / © Entre le 6 juin, date du débarquement sur les plages et le 1er septembre 1944 et la prise de Dieppe, la bataille de Normandie a durement éprouvé la région et ses populations. Après l'installation réussie d'une tête de pont sur les côtes du Calvados et de la Manche, les alliés vont devoir affronter les allemands qui se sont réorganisés, sur un terrain qui s'avère difficile pour l'ensemble des belligérants : le bocage normand !
Les combats font rage et sont sans concession de part et d'autre. La percée d'Avranches, la contre-offensive allemande de Mortain, la bataille de la poche de Falaise sont autant de repères jalonnés de morts et de destructions.

     - Chez les alliés où 2 052 299 soldats ont été engagés dans la bataille de Normandie, on dénombre 37 000 tués et 163 000 blessés.
 / ©
     - Côté allemand, le bilan est encore plus lourd. 80 000 soldats sont tués ou disparus et 170 000 sont blessés. 200 000 autres sont faits prisonniers. 35 des 40 divisions engagées (450 000 hommes) sont mises hors d'état de combattre. Les états majors sont désorganisés. Pas moins de 20 commandants d'armées sont tués ou prisonniers. 3 officiers supérieurs sont blessés parmi lesquels le Maréchal Rommel, après que sa voiture ait été mitraillée.


Et les populations civiles ...

 / © En plus des opérations terrestres, les bombardements des colonnes allemandes par l'aviation alliée entraînent des effets collatéraux importants sur la vie des populations civiles. Si les principales villes normandes, Caen, Saint-Lô, Le Havre ressemblent à des champs de ruines, nombre de villages et hameaux de la campagne sont également détruits presqu'entièrement.

Au final, il est très compliqué de déterminer exactement le nombre de victimes civiles de la Bataille de Normandie. Certains chiffres laissent entendre qu'elle aurait provoqué la mort de quelques 20 000 civils.  Dans les trois départements bas-normands, on compterait prés de 8 000 morts dans le Calvados, un peu moins de 4 000  / © dans la Manche et environ 2 000 dans l'Orne. 
En Haute Normandie, 5 370 personnes auraient été victimes des bombardements, auxquelles il faut ajouter 380 disparus. (source CNRS).
Pour l'historien anglais, Anthony Beevor, il y a eu autant de civils que de soldats tués le jour du débarquement et avec les victimes de la bataille de Normandie, on serait plus près des 35 000 victimes.
Selon l'historien Henri Amouroux enfin,  50 000 normands au total auraient perdu la vie durant toute cette période (Tome 8 de "La Grande Histoire des Français sous l’Occupation,")

Quels que soient les chiffres et leurs précision, il reste que la période du débarquement puis de la bataille de Normandie ont eu des conséquences dramatiques pour la population normande, ce que la liesse de l'arrivée des troupes libératrices est parvenue à masquer au reste de la population française, du moins dans l'immédiat après-guerre.




A lire aussi

VIDEO : un employé de la ville du Havre condamné pour détérioration de biens publics.

Près de chez vous

Les + Lus