Les Jeunes Agriculteurs s'invitent dans les grandes surfaces pour dénoncer la "viande de nulle part"

Dans la Manche, le syndicat agricole a mené une action d'étiquetage dans des grandes surfaces pour dénoncer le manque d'informations sur l'étiquetage de certaines viandes.

Étiquetage de certains rayons par les Jeunes Agriculteurs de la Manche ce samedi dans une grande surface de Saint-Lô
Étiquetage de certains rayons par les Jeunes Agriculteurs de la Manche ce samedi dans une grande surface de Saint-Lô © GL
"Aucun agriculteur n'aime sortir de sa ferme pour aller en supermarché, on a toujours peur de se faire mal voir des consommateurs, on a autre chose à faire mais c'est notre devoir de montrer que nos produits français sont sans doute les meilleurs des produits européens", expliquait ce samedi matin Jean-François Osmond, président des Jeunes Agriculteurs (JA) de la Manche, dans les allées d'une grande surface de Saint-Lô.

Le syndicat agricole s'était également invité dans d'autres magasins à Cherbourg et Avranches pour étiqueter, à sa façon, certains rayons de produits carnés avec le slogan "Viandedenullepart.com". "En France, depuis l'affaire Spangherro, on a une traçabilité exemplaire au sein de l'Union Européenne", affirme le président des JA de la Manche, "Malheureusement, on a aucune plus-value pour cette traçabilité" et de montrer certaines barquettes de jambon se contentant d'indiquer "Union Européenne" comme origine du produit. "Les distributeurs ont un pouvoir sur certaines grandes marques et pourraient faire évoluer l'étiquetage des produits", plaide-t-il.

Si tout type de viande a été concerné par cette opération d'étiquetage menée par le syndicat agricole, le porc reste la préoccupation majeure des producteurs. Cette filière traverse un crise importante. Selon des sources bancaires, un tiers des éleveurs serait en difficulté et 10% en cessation de paiement. Le 2 avril dernier, au Marché du porc breton (MPB) de Plérin (Côtes d'Armor) qui sert de référence au plan national, le prix du kilo de porc s'établissait à 1,23 euro. Les producteurs estiment qu'il leur faudrait un prix supérieur de 20 à 30 centimes par kilo.

"Depuis l'embargo russe, il y a un an, nous ne pouvons plus exporter vers ce pays qui était le premier importateur de viande de porc en provenance de l'Union Européenne", explique Jean-François Osmond, "Depuis, les prix baissent". Sur un marché désormais plus restreint, la concurrence avec les autres pays européens se fait plus rude et les JA, par leur action, souhaitent inciter les consommateurs à acheter "français".

Cette baisse des prix serait aussi, selon les producteurs, dû aux distributeurs qui se servent du porc comme produit d'appel et multiplient les promotions sur cette viande. Fin mars, lors d'une réunion au ministère de l'Agriculture sur les pratiques de la grande distribution, le ministre Stéphane Le Foll a dit avoir la possibilité de "prendre un arrêté pour encadrer ces opérations dès lors qu'elles perturbent le marché". Mais le ministre de l'Agriculture a décidé de laisser "jusqu'à fin avril" aux représentants de la grande distribution pour lui faire des propositions sur cette question.

Reportage de Gwenaëlle Louis et Stéphanie Lemaire
Intervenants:
- Antoine Maquerel, vice-président Jeunes Agriculteurs de la Manche
- Jean-François Osmond, président Jeunes Agriculteurs de la Manche

durée de la vidéo: 01 min 48
Les JA s'invitent dans les supermarchés pour dénoncer la "viande de nulle part"


Poursuivre votre lecture sur ces sujets
agriculture agro-alimentaire économie mouvement social
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter