Bizutage à la fac de médecine de Caen : la parole des étudiants se libère ?

© F.Bodereau
© F.Bodereau

Des pratiques "intolérables durant les week-end d'intégration en médecine l'an passé" à l'Université de Caen sont dénoncées par deux syndicats. Ils visent notamment les agressions sexuelles commandées par une liste de défis à réaliser impérativement par les étudiants. INTERVIEW

Par L.A

Alors que le week-end d'intégration de la fac de médecine de Caen, prévu les 28 et 29 octobre, vient d'être annulé par l'Université et que le Parquet de Caen a ouvert une enquête sur des dérapages et des soupçons de bizutage en 2016, Bérangère Lareynie, Secrétaire Sud Education 14 nous explique comment toute cette affaire a débuté. 

La condamnation d'une "affiche incitant au viol" a libéré la parole de certaines étudiantes

"On a commencé à récolter des éléments à partir du moment où on a dénoncé une affiche d’un gala de médecine d’une femme nue allongée inconsciente entourée d’hommes qui pour nous était une incitation explicite au viol et on a demandé à la présidence de l’université de retirer cette affiche", explique Berangère Lareynie, Secrétaire Sud Education 14.

"Suite à cela on a pu collecter des éléments : la fameuse liste des commandements : une soixantaine de défis à réaliser par les étudiants de médecine qui sort tous les  ans à peu près au mois d’octobre. Ces défis doivent être filmés et sont ensuite publiés. On a pu récolter aussi des informations sur des pages Facebook de la corpo de médecine et puis de témoignages de personnes anonymes qui sont venues témoigner de ce qui pouvait se passer dans les week end d’intégration notamment."

Que se passe-t-il lors de ces week-end d’intégration ?

"Des débordements liés à l’alcool et qui du coup créent un climat délétère et de transgression. Des débordements à caractères sexuels. Dans les commandements, il peut être demandé aux étudiants de faire des attouchements sexuels à des inconnus dans la rue et se filmer en train de le faire. Ce qui est parfaitement illégal évidemment et qui exclut la notion de consentement puisque la personne agressée dans la rue, on ne lui demande pas son avis" ajoute Bérangère Lareynie
Interview de Bérangère Lareynie, Sud Education 14, réalisée par F.Bodereau et T.Cléon

Pour vous c’est un jeu qui dérape ces défis ?

"C’est plus qu’un jeu qui dérape très très fortement, là on est dans de l’humiliation, de l’agression à caractère sexuel, c’est plus que du dérapage." 

On a collecté ces infos depuis le mois de mars. Avaler des poissons vivants, emmener les étudiants en pleine nuit en forêt, cela représente tout un tas de pratiques dégradantes et humiliantes et qui peuvent aller jusqu’à des agressions sexuelles.

"Il faut une prise de conscience dès le début des études" des futurs médecins

"On pourra toujours faire des chartes de qualité sur la prise en charge des patients, si on n’a pas de prise de conscience dès le début des études de médecine, ça nous semble un peu vain. Pour nous nous il n’y a pas de différence entre des dérapages de soirées étudiantes et ce qui peut être commis après dans la vie professionnelle " explique Bérangère Lareynie, Secrétaire Sud Education 14

A lire aussi

Sur le même sujet

Le livret du ballet royal de la nuit

Près de chez vous

Les + Lus