Parrainages pour la présidentielle : une transparence à double tranchant ?

© PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP
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Depuis la loi du 25 avril 2016, les parrainages des candidats à l'élection présidentielle sont désormais publics. Dans certaines petites communes, où les maires se revendiquent souvent sans étiquette, cette transparence pose problème.

Par CM

Le top départ sera officiellement donné le 25 février prochain, jour de la publication du décret de convocation des électeurs pour l'élection présidentielle. Les préfectures enverront aux élus habilités à parrainer un candidat les formulaires nécessaires. Mais dans les faits, la course aux signatures pour les prétendants à la plus haute fonction de l'Etat a déjà commencé depuis un certain temps. 

Cette année, cette phase de "sélection" s'agrémente de quelques nouveautés introduites par la loi du 25 avril 2016. Ce ne sont plus les militants qui collectent les parrainages auprès des élus avant de les remettre au conseil constitutionnel mais les parrains eux-mêmes qui envoient par la poste leur formulaire "aux Sages". Fini les candidats déposant en grande pompe devant les caméras leurs cartons remplis des précieuses signatures à quelques jours de la date fatidique.

Mais la nouveauté la plus importante est la publication des noms des parrains. Auparavant, seuls quelques uns tirés au sort parmi les 500 étaient rendus publics. Désormais, c'est l'intégralité des parrainages qui fait l'objet d'une publication consultable par tous, et ce dès le lancement du processus. Concrètement, le Conseil constitutionnel publiera, au moins deux fois par semaine, les noms des parrains au fur et à mesure qu'ils lui parviendront. La liste complète et définitive sera publiée une semaine avant le premier tour de l'élection.

Pour les défenseurs de cette mesure, cette publication est un gage de transparence. "Un citoyen se doit de connaître dans sa commune ce que pense le maire", explique Gérard Leneveu, maire communiste de Giberville qui affiche clairement son soutien à Jean-Luc Mélenchon, qu'il avait déjà soutenu lors du précedent scrutin. Et de dénoncer une situation antérieure "opaque qui ne correspondait pas à la transparence et la démocratie".  

Communiste depuis plus de 40 ans, Gérard Leneveu est ce que l'on pourrait appeler un maire politisé, un profil de maire qu'on ne retrouve pas dans toutes les communes, notamment les plus petites où le label "sans étiquette" est bien plus répandu.

C'est le cas de Caroline Chanu, maire déléguée de Rully, petit village de 214 âmes du Calvados. Pour elle, cette nouvelle règle la met en porte à faux avec ses électeurs mais aussi détourne (ou oriente) le sens du parrainage. "Quand on parraine, on ne dit pas forcément: je suis d'accord avec les idées. On dit simplement : je suis d'accord pour que vous puissiez les exprimer; mais l'amalgame est trop vite fait". Et cette année, l'élue n'accordera aucun parrainage.


Reportage de Franck Bodereau et Emilien David
Intervenants:
- Gérard Leneveu, maire (PCF) de Giberville
- Caroline Chanu, maire déléguée (SE) de Rully

Parrainages pour la présidentielle: une transparence à double tranchant ?
Depuis la loi du 25 avril 2016, les parrainages des candidats à l'élection présidentielle sont désormais public. Dans certaines petites communes, où les maires se revendiquent souvent sans étiquette, cette transparence pose problème. - F.Bodereau/E.David

 

La règle des 500 parrainages

Chaque candidat potentiel peut au moins être assuré d'obtenir un parrainage, à condition d'être au préalablement élu, puisque la loi n'interdit pas de se parrainer soi-même. En revanche, obtenir les 499 autres sigantures est un autre tour de manche. Car les 500 parrainages nécessaires doivent provenir d’au moins 30 départements, sans que plus de 10% d’entre eux ne puissent émaner d’un même département.

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