Depuis 2002, Caen accueille chaque année une course pédestre destinée exclusivement aux femmes. Durant les trois jours des Courants de la Liberté, qui réunissent sept épreuves telles que le marathon, le semi-marathon ou encore les courses scolaires, La Rochambelle reste une course à part, féminine et festive. La bonne humeur y est communicative, la fête est son credo... tout cela pour la bonne cause : ces neuf dernières années, 750 000 euros ont été récoltés pour la lutte contre le cancer du sein.  

25 000 femmes au départ de la Rochambelle

Une heure avant le départ, les tubes du moment résonnent au milieu du site de la Prairie, à Caen. Le rose des tee-shirts des participantes tranche aumilieu de toute cette verdure. Elles sont 25 000 à l'avoir revêtu, ce tee-shirt. 25 000 femmes qui doivent maintenant se frayer un chemin vers la ligne de départ. 
Les lanceuses de mode de la Rochambelle / © F3 Normandie
Les lanceuses de mode de la Rochambelle / © F3 Normandie
Selfies et photos de groupe s'enchaînent à un rythme effrené. Le fête commence dès l'arrivée au parking ! Course ou marche, la Rochambelle propose les deux et la dernière remporte assurément la palme en matière de déguisements. Une famille de Blainville-sur-Orne m'explique avoir lancé cette mode. A voir leurs costumes du jour, ce n'est pas impossible.
Les copines marcheuses / © F3 Normandie
Les copines marcheuses / © F3 Normandie
Un peu plus loin, elles sont une quarantaine de l'association "Caen Rive droite en fête", à marcher ensemble aujourd'hui. Parmi elles, Martine et Mireille comptent déjà six éditions à leur actif. Dans leur entourage, de nombreux cancers se sont déclarés au fil du temps. L'an dernier elles prenaient le départ pour soutenir une amie. Elles rappelent que la maladie peut toucher n'importe qui et l'importance de prendre soin de sa santé. Pour autant, l'ambiance du groupe est à la décontraction : "on a des hommes qui nous ont klaxonné en arrivant" rappelle l'une d'elles, "on a des supporters !" ajoute-t-elle en riant.
Mère et filles à la Rochambelle / © F3 Normandie, L.A.
Mère et filles à la Rochambelle / © F3 Normandie, L.A.
Avec leurs perruques roses, elles non plus ne passent pas inaperçues. Michèle et ses deux filles Justine et Caroline participent pour la première fois à cette marche. "On pense qu'il fera un peu chaud sous les perruques" admettent-elles. Elles tenaient à être là toutes les trois, à s'amuser et se détendre pour la bonne cause.
Justine et Thiphaine courent pour la première année / © F3 Normandie
Justine et Thiphaine courent pour la première année / © F3 Normandie
Justine et Thiphaine s'approchent des zones de départ avec leur perche à selfie. Elles courent le 5 kms pour la première fois. "Maman a un cancer du sein. La Rochambelle, c'est bien parce que c'est festif mais avec un message derrière. C'est positif qu'il y ait 25000 personnes à défendre cette cause et qu'il y ait des fonds récoltés".

Rochambelle ? Pourquoi ce nom ?

Les Rochambelles, c’était le nom donné aux infirmières ambulancières, engagées au sein de la 2ème DB du Général Leclerc, lors de la Seconde Guerre mondiale.
Trois Rochambelles de la Division Leclerc soignent un blessé sur un brancard. / © PhotosNormandie via flickr
Trois Rochambelles de la Division Leclerc soignent un blessé sur un brancard. / © PhotosNormandie via flickr
L’aventure est née en 1943, à New York. Florence Conrad, qui avait été infirmière sur le Front en 1914, collecte de l’argent afin d’acheter 19 ambulances Dodge WC54. Puis elle recrute, toujours à New York, quatorze jeunes volontaires françaises désireuses de participer à la Libération. Le Groupe Rochambeau est créé, du nom d’un officier français qui s’était illustré lors de la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis.

Le groupe embarque alors pour Casablanca. A son arrivée, le Général Leclerc accueille bien les ambulances mais il ne souhaite pas garder le personnel féminin. Il faudra toute l’insistance de Florence Conrad pour faire plier les réticences : les infirmières accompagneront bien leurs ambulances.

Très vite, ce groupe est désigné par le nom de "Rocham-belles". Après le Maroc, destination l’Angleterre pour ces jeunes femmes. Puis elles débarquent à Utah Beach en Normandie, le 31 juillet 1944. Ce sont elles qui effectuent les premiers soins sur les zones de combat, puis le transport des blessés en ambulance jusqu’au poste de tri.

La nom de la course, la Rochambelle, a été choisi en hommage au courage de ces femmes.
Dernière touche de rose avant la Rochambelle / © F3 Normandie
Dernière touche de rose avant la Rochambelle / © F3 Normandie

 


3... 2...1 ! C'est parti pour une course singulière

Muriel Hurtis, athlète multi-médaillée, soutient la Rochambelle en qualité de marraine de l'édition 2016. C'est elle qui donne le départ, sous le soleil comme il se doit. De mémoire de Rochambelle, jamais la pluie n'est venue gâcher le plaisir des participantes. 
Rochambelle 2016 : le départ

Au signal, une marée humaine se met aussitôt en marche sous une pluie... de confettis. L'une des concurrentes part, elle, dans une toute autre direction : celle de la maternité ! Enceinte, elle devait accoucher dans une dizaine de jours et pensait effectuer tranquillement le parcours en marchant. C'est raté. La Rochambelle recèle decidemment bien des surprises...

Le départ de la Rochambelle est donné à 19H03 / © F3 Normandie
Le départ de la Rochambelle est donné à 19H03 / © F3 Normandie


Les 25 000 coureuses arpentent désormais le bitume. Si une partie des participantes pensent à leur chrono et à améliorer leur performance, l'atmosphère qui se dégage autour du tracé n'est pas seulement celui d'un défi sportif. Même pour l'observateur, cette course semble singulière. Le long du parcours, derrière les barrières de sécurité, le rose n'existe plus que par petites touches. La parité revient aussi. Mais la bonne humeur perdure au-delà du tracé officiel. Les accompagnateurs des "Rochambelles" ont repéré les postes d'observation stratégiques d'où ils pourront voir arriver leur reine de la fête. Et ils se font entendre. Chaque participante est acclamée comme il se doit.

les supporters de la Rochambelle
les supporters de la Rochambelle  / © F3 Normandie
les supporters de la Rochambelle / © F3 Normandie

Guillaume et Benoît se sont ainsi placés près de la ligne d'arrivée. C'est là qu'ils attendent avec leurs enfants leurs deux marcheuses, Annaïg et Lucille. Guillaume explique que son épouse a voulu faire la course après sa rémission. Boucler ce premier parcours représentait pour elle un défi qu'elle renouvelle chaque année depuis 2010.

Après les 5 kms de course, l'émotion surgit chez certaines coureuses. Qu'elles le vivent comme un défi personnel ou comme une dédicace, le franchissement de la ligne paraît tout sauf anodin. Sous ses dehors festifs et bon enfant, la Rochambelle représente plus qu'une simple course. Les concurrentes rappellent à chacun l'importance du dépistage précoce du cancer du sein. 

La Rochambelle continue... / © F3 Normandie
La Rochambelle continue... / © F3 Normandie