Depuis un an, la Direction Régionale aux Affraires Culturelles a entammé un vaste programme de recensement des vestiges du Mur de l'Atlantique. A l'initiative des chercheurs ou à l'instigation de particuliers, les visites et repérages s'accumulent.
Le grand recensement de ces constructions qui peuvent aller du "classique" blockhaus de bordure de mer à un arbre singulier situé en bordure de forêt prend forme.
Objectif : une consultation de ce travail, accessible au public, en ligne sur Internet.

Une série de reportages proposée par Thierry Cléon, Carole Lefrançois, Michel William et Xavier Gérard

Comment imaginer qu'un vestige du mur de l'Atlantique se cache au pied de cette statue ? / © Th. Cléon France 3 Normandie
Comment imaginer qu'un vestige du mur de l'Atlantique se cache au pied de cette statue ? / © Th. Cléon France 3 Normandie

 

Un patrimoine bien caché et encore ignoré

Dans l'imaginaire collectif, le Mur de l'Atlantique se résume à un cordon de fortifications le long du littoral. Ce que l'on désigne sous ce terme est en fait un système complexe d'installations parfois éloignées du littoral et pouvant couvrir plusieurs centaines d'hectares... 
C'est bien souvent grâce aux appels de riverains que les conservateurs de la DRAC font des découvertes totalement inattendues, au beau milieu de la campagne. C'est le cas à Tocqueville, dans la Manche : ils ont découvert un abri fait de béton, de tôle métro et de parpaings allemands, dont le ciment de jointure a été fait grâce au sable de la plage de Gatteville, située à proximité. L'ouvrage a hébergé des allemands pendant deux ou trois ans. Aujourd'hui, personne ne pourrait se douter de son existence en passant près de la haie qui le surmonte.
A Réthoville, toujours dans la Manche, peu de riverains se souviennent que le clocher a été fortifié par les allemands afin de le transformer en observatoire du littoral...

La face cachée du Mur de l'Atlantique à Tocqueville - Episode 1 sur 4 feuilleton 7 novembre 2016
A Tocqueville, près de Gatteville dans la Manche, impossible de déceler la présence d'un abri du Mur de l'Atlantique - France 3 Normandie

Intervenants :
Stéphane Lamache, historien, agent de la DRAC de Normandie en charge du programme de recherche des vestiges de la seconde guerre mondiale dans la Manche
Cyril Billard, conservateur au service archéologie de la DRAC de Normandie
 

Le Mur de l'Atlantique à Gatteville (Manche) / © Larayevire Creative Commons
Le Mur de l'Atlantique à Gatteville (Manche) / © Larayevire Creative Commons

L'organisation Todt, à l'origine du Mur de l'Atlantique

L’organisation Todt, du nom de l’ingénieur et politicien allemand qui en était responsable, Fritz Todt, fondée en tant que telle en 1938, est à l’origine du Mur de l’Atlantique. Il s’agit d’un organisme du génie civil œuvrant au service du Troisième Reich nazi dans l’ensemble des territoires occupés pendant la Seconde Guerre mondiale. 
A la suite de la tentative infructueuse d’envahir l’Angleterre en 1941 (opération Seelöwe), Hitler décide de fortifier les côtes du nord-ouest de l’Europe, de la Norvège au Pays Basque espagnol et en Méditerranée à partir de 1942 : des centaines de casemates et béton armé sont construites par l’OT, accompagnées de champs de mines, de milliers de kilomètres de barbelés, de nids de mitrailleuses et de lance-flammes, de défenses de plages, de fossés antichars… Des batteries côtières, armées de canons lourds, sont construites à des endroits clés des côtes, protégeant les ports ou les estuaires. (...)
L’OT ne se limite pas simplement à la construction du Mur de l’Atlantique : elle est également concernée par l’élaboration de plateformes de lancement pour les missiles V1 et V2, d’installations anti-aériennes, de raffineries et d’usines d’armement souterraines
Extrait du site Dday Overlord




L'arbre remarquable et l'enceinte percée du Mur de l'Atlantique à Tailleville (Calvados)  / © France 3 Normandie
L'arbre remarquable et l'enceinte percée du Mur de l'Atlantique à Tailleville (Calvados) / © France 3 Normandie

 

Quand un arbre séculaire se révèle observatoire stratégique

Entre Ouistreham et Arromanches, dans le Calvados, deux villes distantes d'une trentaine de kilomètres, on dénombre déjà 600 vestiges répartis sur 40 sites du Mur de l'Atlantique.

L'un d'eux est unique dans la région : il s'agit d'un pin deux fois centenaire dans le tronc duquel les allemands ont fiché des échelons métalliques pour accéder à une plateforme en bois qui donne une vue imprenable sur la côte. Et sur cette propriété de Tailleville, le mur a été percé d'embrasures de ciment pour permettre aux soldats de protéger le lieu réquisitionné pendant la guerre. 
Un peu plus dans les terres, près de Douvres la Délivrande, c'est sous un amas de lierre et de ronces que se cache un site dédié au cantonnement de la batterie proche, dotée de six canons.
La face cachée du Mur de l'Atlantique à Tailleville et Douvres la Délivrande dans le Calvados - Episode 2 sur 4 feuilleton 7 novembre 2016
A Tailleville dans le Calvados, on peut observer un arbre remarquable, vestige du Mur de l'Atlantique - France 3 Normandie

Intervenant :
Eric Labbey, archéologue, agent de la DRAC de Normandie en charge du programme de recherche des vestiges de la seconde guerre mondiale dans le Calvados

 



© Th. Cléon France 3 Normandie
© Th. Cléon France 3 Normandie

 

En front de mer, des blockhaus encore invisibles

En front de mer, de nombreux vestiges se fondent dans le paysage et sur les digues des stations balnéaires, au point qu'on ne les identifie pas forcément pour ce qu'ils sont pourtant bien : de vraies places fortes du Mur de l'Atlantique.

Ainsi, au fond du jardin de la villa Louise, le blockhaus est resté comme on dit "dans son jus". Les propriétaires parisiens se sont réfugiés dans leur maison au début de la guerre mais les allemands ont investi les lieux puis les ont expulsés en 1941, au moment de la construction du Mur. Un blockhaus de cantonnement pour une quinzaine de soldats a été construit sur l'arrière du jardin, comme à l'habitude, pour le pas être vu depuis la mer. Il a été muré en 1945 et réouvert seulement en 1998. Depuis, tout est resté en l'état mais se dégrade peu à peu : étagères, réserves d'eau potable, lits, équipement électrique.
Sur l'avant de la maison, en bordure de plage, un encuvement équipé d'un canon de 50 millimètres permettait de balayer le front de mer sur 180 degrés.
La face cachée du Mur de l'Atlantique - Episode 3 sur 4 feuilleton 7 novembre 2016
Sur la côte normande, de nombreux blockhaus insoupçonnés jalonnent le front de mer.  - France 3 Normandie
Intervenant :
Jean-Pierre Millet


À l’intérieur des bunkers


À la fin de l’année 1942, l’Organisation Todt a créé une typologie (Regelbauten) de bunkers standardisés adaptée aux différents besoins militaires. Il existe un modèle pour chaque type d’armement ou chaque usage (casemate d’artillerie, encuvement, poste de direction de tir, casernement, soutes...). Les quantités de béton et de ferraille sont calculées dans un effort de rationalisation de la production et de calcul des coûts. Les plans diffèrent selon qu’il s’agit de réalisations propres à l’armée de l’Air (Luftwaffe), à la Marine (Kriegsmarine) ou à l’armée de Terre (Heer).

Le long du Mur de l’Atlantique, les ouvrages bétonnés sont occupés par de petites garnisons. Les espaces exigus sont aménagés de manière à pouvoir accueillir des combattants pour une longue durée. Les chambrées sont équipées de couchettes superposées et escamotables, d’armoires, de tables et de chaises. Des poêles et des parements en bois permettent de lutter contre l’humidité et le froid, tandis que des systèmes de ventilation équipés de filtres renouvellent l’air. L’alimentation électrique est fournie par le réseau public, mais des groupes électrogènes sont prévus en cas de nécessité. Les garnisons disposent de cuisines, de citernes d’eau potable, de soutes à munitions, d’infirmeries et de locaux d’intendance. Les réserves en vivres et en munitions sont suffisantes pour permettre aux points d’appui de tenir plusieurs jours.

Extrait Mémorial de Caen 

Plus d'infos sur la vie quotidienne dans les blockhaus sur le site du Musée du Grand Bunker de Ouistreham


© France 3 Normandie
© France 3 Normandie

 

Des terres qui n'ont pas fini de parler

Situé près de Colleville Montgomery le site fortifié Hillman compte 9 ouvrages a été mis au jour par des bénévoles. La propriétaire des terrrains en a fait don aux vétérans qui ont délivré le village. Le site est géré depuis 1990 par l'association des amis du Suffolk régiment et n'a, semble-t-il, pas encore livré tous ses secrets...  

L'association a dû dégager des tonnes de gravats (il était courant après guerre de combler les tranchées avec les gravats des bombardements) avant de réaménager les lieux en suivant les indications données par les vétérans anglais et allemands. Le souci d'autenticité est la ligne de conduite des bénévoles. Ainsi, le poste de commandement du colonel Krug, dont les travaux de réhabilitation ont commencé il y a 25 ans, est devenu un modèle de réaménagement.

La tâche est loin d'être terminée car l'association n'a pour l'instant mis en valeur que trois des vingt-quatre hectares du site. De nombreux ouvrages dorment encore à trois ou quatre mètres de profondeur, sur de nombreuses parcelles privées.

►Plus d'infos et horaires de visites sur le site Hillman
La face cachée du Mur de l'Atlantique - Restauration du site Hillman à Colleville Episode 4 sur 4 feuilleton 7 novembre 2016
L'association des amis du Suffolk Régiment a pris en charge la mise au jour du site fortifié Hillman près de Colleville Montgomery dans le Calvados. - France 3 Normandie
Intervenants :
Daniel Delangle, membre de l'association des amis du Suffolk Régiment
Richard Hulin, Président de l'association des amis du Suffolk Régiment


Dans un bunker du Mur de l'Atlantique en février 1944 / © Bundesarchiv, Bild 183-J16737 / CC-BY-SA
Dans un bunker du Mur de l'Atlantique en février 1944 / © Bundesarchiv, Bild 183-J16737 / CC-BY-SA