Festival Beauregard : Vald expliqué aux sceptiques

© Vald
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Le rappeur a été annoncé ce mardi dans la programmation de Beauregard pour remplacer Grandaddy. A la rédaction, certains ont alors écouté Vald pour la 1ère fois, pour voir... Face à leur mine dubitative, je me suis senti investi d'une mission : expliquer pourquoi son œuvre est intéressante. 

Par Emilien David

Studieusement installé derrière mon poste de travail ce matin, une mélodie planante m'extrait de la rédaction de mon article. Je dresse la tête façon périscope, balaye du regard la salle de rédaction et mon attention se pose sur deux collègues les yeux rivés sur le même écran. "Il a pas dit bonjour. Du coup il s'est fait niquer sa mère...". Leur visage se décompose, ils sont atterrés. Ils écoutent "Bonjour" du rappeur Vald, programmé depuis hier à Beauregard. S'ils sont tombés en premier sur cette vidéo sortie en 2015, c'est parce qu'aujourd'hui elle totalise plus de 14 millions de vues. Ce clip a propulsé le rappeur d'Aulnay-Sous-Bois dans la notoriété et aujourd'hui, c'est le plus visionné sur YouTube. 

   
"Je comprends pas... Je dois surement vieillir, Grandaddy ça me parlait plus" lâche l'un des collègues, dépité. L'autre se contente de hausser les sourcils, circonspect. Pourtant les paroles sont sous-titrées en français, en anglais, en chinois et l'artiste traduit même en langue des signes. Comme pour être sûr que son message sur cette notion complexe qu'est le respect soit bien reçu. J'ai alors tenté d'expliquer pourquoi, que l'on aime ou pas, Vald est un rappeur qui mérite qu'on regarde son travail de près.

Le provocateur


A sa sortie, Bonjour a fait débat. Dans les commentaires de la vidéo, les internautes se divisent en deux camps : ceux qui crient au génie, séduits par un texte burlesque qu'il faut prendre au second degré, et ceux qui penchent plutôt pour la nullité. L'artiste s'en est beaucoup amusé et a savouré cette communication:

 
Si le morceau n'est pas représentatif du travail du rappeur, il a le mérite de souligner son état d'esprit. Il se fout de la façon dont vont être interprétés ses textes. Celui de "Bonjour", par exemple. Est-il simplement d'une vulgarité crasse, complètement dénué de sens ou faut-il y voir du second degré comme Frédéric Taddeï, qui sur Europe 1 interprétait comme une "déconstruction de ce qui peut être un fait divers"? Libre à vous, mais ce qui est sûr, c'est que le rappeur ne nous mâche pas le travail. 

A titre personnel, j'oserais presque une comparaison avec Mallarmé, poète symboliste du XIXe siècle qui se souciait peu de l'interprétation de ses poèmes. L'art pour l'art comme il disait. Et d'ailleurs lui non plus ne s'interdisait pas une certaine vulgarité dans son écriture, comme dans cet extrait de Mignonne :

Alerte, gaillard et dispo !
Je sais que près de toi je bande
Vertement, et je n’appréhende
Aucun malheur, sinon de voir,
Entre mes cuisses engourdies,
Ma pine flasque et molle choir !…


Mallarmé, le boss du rap game qui a fini par donner son nom à des établissements scolaires... 


Une écriture inspirée


Mais il serait injustement réducteur de résumer le travail de l'artiste à "Bonjour". Parce que le rap de Vald, c'est avant tout une écriture inspirée truffée de références. Comme dans le morceau "libellule", extrait de son dernier album "Agartha", quand il écrit :   

On traîne toujours avec les mêmes trombines
On tient debout grâce à quelques combines
Le soir, c'est l'armée des zombies
On zone et on s'combine
J'suis passé sous l'échelle de Jacob
Billet vert ? J'lui nique sa daronne, j'ai besoin des mes-ar d'Astaroth



Ici, l'échelle de Jacob renvoie à un rêve raconté par le Patriarche dans la Genèse, livre fondateur pour toutes les religions monothéistes. L'échelle faisant le lien entre le ciel et la terre. Vald joue donc d'une part sur un côté mystique et d'autre part sur une superstition populaire qui promet des années de malheur à celui qui s'aventure sous une échelle. Dans cet extrait, il affirme également son désintérêt pour l'argent ("billet vert? J'lui nique sa daronne", c'est à dire sa mère) et en appel à Astroth, un démon présent dans les croyances de la goétie, science occulte de l'invocation d'entités démoniaques. Je vais me contenter de souligner l'opposition entre le divin et le satanique, vous laissant le soin d'analyser ça comme vous voulez. 


Du fond malgré les apparences

Derrière ses airs de rappeur burlesque, Vald peut aussi se pencher sur des sujets sérieux. Comme lorsqu'il s'attaque à la société de consommation et à l'aliénation du travail dans Mégadose. Ok, le sujet  n'est pas très original, mais tant qu'il y a des choses à dire...  Voici notamment ce qu'il écrit :
 

Le marché nous a baisé, j'regarde les frères se faire rabaisser
Pour un salaire se faire enlaisser
Fermer sa gueule, ne faire qu'encaisser
S'empresser d’s'engraisser sans précédent
La colombe est amiantée, nos addictions sont manigancées
La frustration est alimentée

 


Bref, pour avoir un avis construit sur Vald, il est nécessaire d'écouter ses morceaux plusieurs fois et de s'imprégner des textes, de les analyser. A travers son univers musical varié, il nous fait profiter de sa fine plume. On peut détester la musique, le flow ou l'écriture, mais il mérite qu'on s'y intéresse. Télérama dit de lui qu'il est "un fantaisiste dont l’univers loufoque et l’esprit « marabout bout de ficelle » rappelle parfois Raymond Devos… en version trash"
Chers collègues, vous avez plus d'un mois pour gamberger. Vald sera le 8 juillet sur la scène de Beauregard. 
 

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