L'Abbé Pierre est décédé il y a 10 ans, le 22 janvier 2007 mais son engagement auprès des plus pauvres et des plus faibles persite. Des centaines de citoyens, dans le cadre de collectifs, comités, associations, fondations et entreprises à but social assurent la relève. Retour sur une vie dédiée au bien être des plus pauvres.

© Emmaus international.org
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Brûlé d'amour à Assise à l'âge de 14 ans

L'Abbé Pierre, de son vrai nom Henri Goudès, naît le 5 août 1912 à Lyon dans une famille bourgeoise, très investie dans la vie caritative. A 14 ans, il fait un pélérinage à Assise, en Italie, où il a une révélation divine.

" On ne peut pas comprendre ce que j'ai fait si on ne comprend pas qu'à l'âge de 14 ans j'ai été brûlé, au sens mystique du terme à Assise " Ce sont les paroles de l'Abbé Pierre lui-même, confiées à René Poujol, journaliste et auteur du livre "Le secret spirituel de l'Abbé Pierre". Toute sa vie sera désormais sous le sceau de ce Dieu d'amour.

Jeune scout, son totem est "Castor méditatif" mais de ce nom, les médias ont surtout retenu l'image du castor bâtisseur passant sa vie à plaider pour des logements dignes pour les déshérités, laissant de côté le qualificatif de "méditatif". Ainsi ses sept années passées dans un monastère capucin à Crest, dans la Drôme, sont moins connues du grand public. Il a 19 ans quand il y entre pour une vie marquée par la réflexion et la rudesse de la vie  monastique. Il est ordonné prêtre en avril 1938 et quitte le monastère pour le diocèse de Grenoble. 
L'Abbé Pierre, de son enfance à son engagement religieux et politique - Grand format janvier 2017 1/5
Photos : Fond photographique centre Abbé Pierre Emmaüs  - France 3 Normandie - Stéphane Gérain, Bruno Belamri, Alban Vian
Intervenants :
René Poujol journaliste et auteur du livre « Le secret spirituel de l'Abbé Pierre »
Philippe Dupont, directeur du centre Abbé Pierre - Emmaüs
Jean Rousseau, président du centre Abbé Pierre - Emmaüs


En 1939, il est mobilisé comme sous officier puis démobilisé et en 1942, s'engage dans la résistance où il choisit son pseudonyme "Abbé Pierre" pour ne pas être repéré par la Gestapo ni le régime de Vichy. Tour à tour faussaire ou passeur, il monte des filières de passage dans les Alpes. Il va créer en 1943 le maquis de Malleval, dans le Vercors. Après la libération, il se lance en politique et se trouve élu parachuté en Meurthe et Moselle où il devient député en 1945 sous l'étiquette MRP (Mouvement Républicain Populaire). 



1949, première communauté d'Emmaüs


En 1947, l'Abbé Pierre ouvre une auberge internationale de jeunesse pour les orphelin de la guerre, à Neuilly-Plaisance. En 1949, il y accueille Georges Legay, un ancien bagnard qui venait de tenter de se suicider. Georges Lejay sera le premier compagnon d'Emmaüs, d'autres viendront rapidement à ses côtés.



1er février 1954 : l'appel de l'Abbé Pierre

L'hiver 1954 est extrêmement froid et meurtrier pour les sans abri. Le premier février, l'Abbé Pierre lance un appel qui va rester dans les mémoires : il interpelle toute la population et les gouvernants sur le sort des plus pauvres qui n'ont pas de toit pour se protéger du froid. La presse titrera "L'appel à l'insurrection de la bonté"

Si on se met à comprendre, à rentrer dans le système, on ne se révoltera jamais

L'appel à l'insurrection de la bonté de l'Abbé Pierre le 1er février 1954 - Grand format janvier 2017 2/5
Face à la vague de froid extrême qui touche la France pendant l'hiver 1954, l'Abbé Pierre lance son appel à la révolte et à l'aide des plus pauvres et sans abris.  - Stéphane Gérain, Bruno Belamri, Alban Vian - France 3 Normandie
Intervenants :
Frédérique Weixler, Vice-Présidente Emmaüs France 1996 - 2002
Jean Rousseau, Président du centre Abbé Pierre Emmaüs
René Poujol, Journaliste et auteur du livre « Le secret spirituel de l'Abbé Pierre »
Philippe Dupont, Directeur du centre Abbé Pierre Emmaüs
Photos : Fond photographique centre Abbé Pierre Emmaüs


 

La vraie histoire de l'appel du 1er février 1954


L'abbé Pierre était conscient de la force que pouvait avoir l'ensemble des citoyens unis face à un Etat passif et inactif face aux 7 millions de mal logés en France. Mais pour s'adresser aux citoyens, il devait en passer par les médias, ce qui ne fut pas facile. Il a dû ruser puis passer en force pour lancer son appel, dont il n'existe aucune version sonore authentique. 

Ci-dessous le récit de l'Abbé Pierre sur cette "petite histoire" du célèbre appel du 1er février 1954 :
Petite histoire de l'appel du 1er février 1954, par l'Abbé Pierre lui-même - sept 2013

 

L'Abbé Pierre sur les chantiers des cités d'urgence en 1954

 

Les cités d'urgence

Un élan de générosité a surgit suite à l'appel de l'Abbé. En une semaine, 500 millions de francs - l'équivalent de 8 millions d'euros sont récoltés, ce qui est une somme énorme pour l'époque. Avec cet argent, il devient  possible de construire des maisons, des quartiers et mettre en place des initiatives qui existent encore aujourd'hui.

Dans le secteur de Cleunay, à Rennes, l'une des nombreuses cités d'urgence initiées par l'Abbé Pierre voit le jour. En trois mois, la cité sort de terre et permet à 143 familles de trouver un abri. Ici, tout le monde se connait et se rend service. Aujourd'hui la cité a disparu mais certains habitants sont restés vivre dans les environs et témoignent de l'humanité disparue de cette cité d'urgence.
Reportage de France 3 Bretagne, le 1er février 2014  :
D'anciens habitants témoignent de la vie à la cité d'urgence fondée par l'Abbé Pierre à Cleunay (Rennes, Bretagne) - 1 février 2014


 

© Sébastien Gracco de Lay
© Sébastien Gracco de Lay

 

La communauté de Cauville-sur-Mer, héritage de l'Abbé Pierre



Sur les 117 communautés d'Emmaüs qui existent actuellement en France, celle de Cauville-sur-Mer est l'une des plus importantes de Normandie. L'activité principale des 50 compagnons consiste à collecter les dons, réparer les objets et habits et les vendre. Cette vente rapporte environ un million d'euros par an, une ressource essentielle car la communauté ne reçoit aucune subvention pour faire vivre ses membres, en attendant de trouver des activités professionnelles pérennes.

Les préceptes d'origine n'ont pas changé et se retrouvent dans les textes fondamentaux et dans "Les valeurs et principes d'action 2016".

Les communautés Emmaüs, héritage de l'Abbé Pierre - janvier 2017
Intervenants :
Fares, compagnon d'Emmaüs
Joël, compagnon depuis 30 ans
Jacques, bénévole au centre Emmaüs de Cauville
Ghislaine
Fernand
Frédérique Achour, responsable du centre Emmaüs de Notre-Dame-de-Bondeville

 

L'Abbé Pierre et la Normandie : une longue histoire

Dès 1954, l'Abbé Pierre demande à Paul Desort de créer dans l'Orne des communautés itinérantes, sur le même principe qu'en région parisienne. L'objectif consiste à aller voir les maires des communes pour voir comment organiser des récoltes d'objets de bric a brac, chiffons et ferrailles afin de les revendre. 
L'un de ces ramassages a marqué son époque : le Grand ramassage de Rouen, le 5 avril 1964. 3 600 véhicules convergent alors vers Rouen pour convoyer les récoltes des communes alentours et les déposer afin de les centraliser avant leur vente.
L'Abbé Pierre et la Normandie, une longue histoire - janvier 2017
Intervenants :
Patrick Bigeon, ancien responsable de camps de travail et de vacances
Philippe Dupont, directeur du centre Abbé Pierre Emmaüs
René Poujol, journaliste et auteur du livre « le secret spirituel de l'Abbé Pierre »
images de 1964 : Centre Abbé Pierre Emmaüs


C'est aussi en 1964 que l'Abbé Pierre choisit Esteville, en Seine-Maritime comme hâvre de repos pour le week end et les vacances. Il s'y installera définitivement en 1990.
Autre lieu de prédilection en Normandie : l'abbaye de Saint Wandrille, en Seine Maritime. Dans les années 1980, il vient y chercher une vie de prière, un mois sur deux.
En 1997, l'Abbé Pierre est heureux d'inaugurer le Centre Emmaüs de Notre Dame de Bondeville et un an après, il fête ses 60 ans de sacerdoce à la cathédrale de Rouen. C'est la dernière fois qu'il apparaît pour un événement public en Normandie.
Il choisit également la Normandie pour reposer en paix au milieu de ses compagnons de la première heure, les plus démunis, à Esteville


En 1998, Alex Décotte passe quelques jours à Esteville en compagnie de l'Abbé Pierre. Un reportage très émouvant sur la vie de l'Abbé au sein d'une communauté  
L'Abbé Pierre présente la Maison des Compagons d'Emmaüs à Esteville en Seine Maritime en 1998 - You tube Alex Décotte




Souviens-toi d'aimer


"Souviens-toi d'aimer", le message de l'Abbé Pierre


70 ans après son appel à l'insurrection de la bonté, 10 ans après sa disparition, quels pourraient être les combats de l'Abbé Pierre ? Il ne fait pas de doute qu'il s'insurgerait encore contre le mal logement et l'inertie des pouvoirs publics et le confort paralysant des concitoyens et la division de notre monde à deux vitesses. 
Il serait aussi probablement révolté par l'accueil réservé actuellement aux migrants, comme il l'avait été dans les années 1990 sur la question des étrangers déboutés du droit d'asile et des sans papiers de l'église Saint Bernard à Paris.
Pour ceux qui portent maintenant son flambeau, l'espoir n'est pas mort si l'on considère la place que la question du mal logement tient dans les débats de société. La comparaison des textes du Pape Jean-François et de ceux de l'Abbé Pierre en témoigne.
Le message laissé par l'Abbé Pierre à ses successeurs - janvier 2017
photos P. Bigeon - Film 1964 : Centre Abbé Pierre Emmaüs - France 3 Normandie - S. Gérain B. Belamri A. Vian
Intervenants :
Philippe Dupont, Directeur du centre Abbé Pierre  Emmaus
René Poujol, journaliste et auteur du livre « le secret spirituel de l’abbé pierre »

 

►Voir d'autres vidéos concernant l'Abbé Pierre et Emmaüs sur notre chaine You Tube France 3 Normandie

© Emmaüs International.org
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