Areva propose de retirer 25 m3 de terres polluées au plutonium dans La Hague

© Alexandre MARCHI / MaxPPP
© Alexandre MARCHI / MaxPPP

L'industriel a présenté à l'Autorité de Sûreté Nucléaire les mesures qu'il compte prendre afin de dépolluer le ruisseau des Landes. Cette contamination avait été révélée en octobre 2016 par l'Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l'Ouest (ACRO).

Par Pierre-Marie Puaud

C'est au cours de la réunion de la Commisison Locale d'Information qui se tenait ce jeudi 5 octobre à Beaumont-Hague que la société Areva a présenté le programme des travaux qu'elle compte mener. Selon l'exploitant de l'usine de retraitement, la pollution détectée dans le ruisseau des Landes s'étend sur 40 m². Il s'agirait de retirer 25 m3 de terres contaminées au plutonium 239-240 et à l'americium 241. L'Autorité de Sûreté Nucléaire va maintenant examiner ce programme. Sous réserve qu'elle donne son feu vert, Areva compte démarrer les travaux "avant la fin de l'année". 



Mais l'ACRO juge d'ores et déjà ces mesures "insuffisantes", estimant que l'exposition est "100 000 fois supérieure à ce qu'Areva calcule. Selon l'industriel cité par l'AFP, si un adulte ou un enfant s'exposait à cette pollution pendant 300 heures par an, ingérait 10 grammes de terre et buvait 100 ml d'eau polluée et respirait un air empoussiéré à 0,5 mg/M3, son exposition serait inférieure à 9,5 microsievert. Le seuil maximal annuel recommandé d'exposition du public est un millisivert, soit mille microsievert.

La pollution du ruisseau des Landes à l'honneur dans le canard enchaîné du 13 septembre 2017
Le canard enchaîné, 13 septembre 2017 / © France 3 Normandie / Canard Enchaîné
Le canard enchaîné, 13 septembre 2017 / © France 3 Normandie / Canard Enchaîné

Quatre "radionucléides artificiels" décelés en octobre 2016

C'est au cours d'un contrôle de routine que l'ACRO a mis au jour cette contamination. L'association s'est donnée pour mission de surveiller la "la pollution radioactive autour des installations nucléaires de La Hague" dans le cadre de l’Observatoire Citoyen de la Radioactivité dans l’Environnement. Le 10 octobre, l'ACRO donne l'alerte après avoir détecté "dans les sédiments et mousses aquatiques, du cobalt-60, de l’iode-129, du césium-137 et de l’américium-241" du ruisseau des Landes qui coule à Omonville-la-Petite. L'association souligne que "la présence de ces quatre radionucléides artificiels, et plus particulièrement l’américium-241, est totalement anormale puisque ce ruisseau ne constitue pas un exutoire réglementaire des eaux pluviales recueillies sur le site d’Areva".

Ce n'est qu'au mois de janvier 2017 que l'exploitant de l'usine admet la contamination. Le communiqué qui est alors publié relativise la portée des révélations de l'ACRO. Areva annonce qu'elle s'engage "mettre en œuvre un plan d’action en vue de reprendre et conditionner les terres marquées en américium 241 dans la zone située au nord-ouest du site". L'industriel explique qu'il s'agit-là d'un "sujet connu", qui fait l'objet d'une surveillance, et qu'il convient de le mettre sur le compte du "passif historique".

AREVA reconnaît "un marquage" qui "ne présente pas de risque sanitaire pour l'homme"


Mais quelques jours plus tard, l'ACRO publie de nouveaux résultats qui confirment les premiers résultats, et qui par endroit,"montrent des niveaux de contamination plus importants". C'est un laboratoire suisse accrédité qui a analysé une quarantaine d'échantillons prélevés sur le site au mois de novembre 2016. L'association écrit : "Outre l’américium-241, d’autres éléments radioactifs sont mesurés comme le césium-137, le cobalt-60, l’iode-129. Des mesures des isotopes du plutonium et de strontium-90 sont également en cours."

Le 2 mars, Areva admet enfin "un marquage au plutonium" mais "compte tenu du niveau d’activité mesuré, cette valeur ne présente pas de risque sanitaire pour l’Homme" s'empresse-t-elle d'ajouter. Dans un avis rendu au mois d'avril, l'Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) évoque diverses hypothèses pouvant expliquer la contamination du ruisseau. Mais "il est toutefois à souligner que tous les marquages en américium 241 et en plutonium constatés (...) ne sont à ce jour pas clairement expliqués".

Ce 5 octobre, c'est donc le "plan d'action" d'Areva qui a été anoncé lors de la réunion de la CLI. Il a pour oibjectif de tenter de mettre fin à la contamination du ruisseau des Landes qui, quelle que soit son importance, durerait assurément dans le temps : à titre d'information, il faut 24 130 ans pour que l'activité du plutonium 239 diminue de moitié. Pour l'américium 241, il faut 432 ans.

Sur le même sujet

SUIVEZ LES ELECTIONS SENATORIALES 2017 SUR FRANCE INFO

Dieppe : Hippolyte Debonne, mémoire d'un fusillé pour l'exemple

Près de chez vous

Les + Lus