Interview de Latifa Ibn Ziaten avant le procès d'assises du frère de Merah

© M. Esdourrubailh/MaxPPP
© M. Esdourrubailh/MaxPPP

La mère du premier militaire assassiné par Mohamed Merah assistera au procès qui s'ouvre ce 2 octobre à Paris. Cette habitante de Sotteville-lès-Rouen consacre sa vie à la prévention du terrorisme. Son interview par l'agence France presse

Par Agence France Presse, P. Rochiccioli et S.C

L'assassinat de son fils Imad par Mohamed Merah a fait d'elle une messagère de la paix.

Pour "rester debout", Latifa Ibn Ziaten, Franco-marocaine de 57 ans, parcourt la France depuis cinq ans, parle aux jeunes dans les cités,les écoles, les prisons, pour les convaincre de ne pas tomber dans "une secte terroriste".

P. Rochiccioli : Un mois après la mort de votre fils, vous créez une association pour venir en aide aux jeunes, promouvoir le dialogue interreligieux, la laïcité. Quel a été le moteur de votre combat?

 J'avais un fils joyeux, brillant. Il était militaire, on était fier de lui. J'ai appris à mes enfants que lorsqu'on prend une claque, il faut se relever, avancer. Mon fils a refusé de se mettre à genoux devant Merah, il est mort debout.

Quand je suis allé au gymnase où il a été tué pour voir s'il m'avait laissé quelquechose, je n'ai rien trouvé, si ce n'est du sang que j'ai frotté avec du sable,avec mes propres mains et j'ai crié de toute ma force. Et je me suis dit, voilà
le message que je cherchais: il m'a laissé une mort debout.

Il a laissé ce message au monde entier, c'est ça mon moteur. Je dois rester debout pour la mémoire de mon fils, pour ne pas avoir un autre Merah, une autre mère qui souffre, pour tendre la main à cette jeunesse dans la souffrance, l'oubli, le manque d'amour et pour qu'elle ne tombe pas dans ces sectes terroristes.

 AFP : Quel bilan tirez-vous de votre action?

 Quand vous travaillez avec des jeunes prêts à partir en Syrie et que vous arrivez à les dissuader, vous vous dites: j'ai réussi. Quand je passe dans les prisons et que des prisonniers créent un mouvement pour la paix entre eux, je me dis: je dois continuer. Le vide créé par la mort de mon fils ne se remplira jamais, mais à chaque vie que je peux sauver, Imad grandit à travers mon association.

Je ne suis pas une professionnelle, je parle avec mon coeur. On a tous quelque chose dans notre coeur, même si on est violent, dans la souffrance. Cela m'arrive dans les prisons de rencontrer des terroristes qui ne parlent pas et je les fais parler. Ma force, c'est d'être sincère.

 AFP : Après la mort de votre fils, vous dites avoir souffert d'être traitée comme une coupable par la police.

C'est quelque chose que je ne peux pas oublier. Ils nous ont humiliés: Est-ce que mon fils ramenait de l'argent, est-ce qu'il faisait du trafic d'armes? C'était des questions très lourdes. Et je ne savais même pas si c'était bien mon enfant qui était à la morgue.

J'ai dit au policier: je ne répondrai plus à vos questions, je veux voir mon fils. Il m'a dit: c'est bien le vôtre, la morgue est fermée, il faut attendre demain. Imad a servi la République, a été un militaire exemplaire mais aux yeux de ce policier, c'était juste un Arabe, un petit immigré.

 AFP :Vous dites avoir pardonné à Mohamed Merah. Avez-vous compris ce qui l'a conduit à commettre ces assassinats?

 J'ai compris. Il fallait que j'enquête sur lui pour savoir qui il était, c'était important pour moi. Voir son parcours, parce que c'était un jeune livré à lui-même, plein de haine. J'ai pardonné ce qu'il était. S'il avait eu une famille, un cadre, peut-être qu'il serait encore là et nos enfants aussi. Mais pour ce qu'il a fait, c'est Dieu qui le jugera, pas moi.

AFP :  Qu'attendez-vous du procès de son frère Abdelkader?

 J'attends qu'il parle. Je voudrais qu'il me regarde en face. C'est très important de regarder une mère en souffrance. S'il est humain, est-ce qu'il va réfléchir à sa complicité avec son frère. Je voudrais que la lumière soit faite lors du procès pour que nos enfants reposent en paix.

Propos Recueillis par Pierre ROCHICCIOLI.

Le parcours de Latifa Ibn Ziaten est retracé dans un film d'Olivier Peyon et Cyril Brody: "Latifa, le coeur au combat", en salles le 4 octobre.


"Latifa, le cœur au combat" : un film présenté en avant-première à Rouen

Elle a fondé son association Imad en 2012 du nom de son fils, tué il y a 5 ans par Mohamed Merah.Latifa Ibn Ziaten, habitante de l'agglomération de Rouen, a depuis sillonné la France et ses lycées pour rencontrer la jeunesse de ce pays...Un combat que 2 jeunes réalisateurs Olivier Peyon et Cyril Brody ont voulu montrer dans un film intitulé "Latifa, le coeur au combat" Avant la sortie nationale de ce documentaire dans les salles de cinéma le 4 octobre, une avant-première est organisée ce mardi 12 septembre à 20h au cinéma l'Omnia de Rouen.

 

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