Olivier Falorni part en croisade contre Civitas

Le député de Charente-Maritime s'est fendu d'un courrier au Ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, pour dénoncer la reconnaissance de Civitas comme un parti politique. Olivier Falorni était invité à débattre avec le leader du mouvement intégriste catholique sur RTL, ce matin.

Par Hugo Lemonier

Le symbole donne à Olivier Falorni la nausée. Civitas, une organisation intégriste catholique ouvertement homphobe, a été agréée comme parti politique par la Commission des comptes de campagne et des financements politiques. La décision a été publiée au Journal Officiel le 12 juin dernier, jour de l'attentat terroriste dans un club gay à Orlando. "Un véritable scandale !", s'écrie le député de Charente-Maritime.

Désormais, Civitas pourra faire bénéficier à ses donateurs d'une déduction fiscale de 66%, désigner des candidats, participer aux élections, et percevoir à ce titre des fonds publics.

L'homophobie en bandoulière

Fondée en 1999, cette association, proche des intégristes de la fraternité sacerdotale Saint-Pie X, a profité des manifestations contre le Mariage pour Tous pour occuper l'espace médiatique. Interviewé par le Scan du Figaro, le porte-parole du mouvement, François-Xavier Peron revendique 1500 à 2000 membres actifs.

Propos de militants de Civitas sur l'homosexualité recueillis par Le Petit Journal en 2013 :
La nouvelle ulcère le député de Charente-Maritime. Pour lui, le danger que présentent les idées de Civitas se résume en une phrase, tirée du dernier numéro de la revue trimestrielle de l'organisation, consacré "aux mensonges de la démocratie" : "La démocratie c'est le mal, la démocratie c'est la mort", écrivait Charles Maurras. On pourrait y ajouter, la démocratie c'est le mensonge".

"Ne pas céder au grand Orient"

Ce matin, Olivier Falorni a débattu avec le président de Civitas, Alain Escada, dans les studios de RTL ce matin. "Rien n'oblige les partis politiques d'être de gauche ou pro-homosexualité. Nous avons le droit de ne pas céder le pas au grand Orient de France qui dicte visiblement à beaucoup d'hommes politiques ce qu'ils doivent dire et penser", a clamé le leader du mouvement religieux. "Je reconnais dans ces propos les expressions utilisées dans le journal anti-sémite "Je suis Partout" en 1943", a affirmé le parlementaire."Je n'ai pas envie de revivre cela dans mon pays."
 
Pour l'instant, le député de La Rochelle n'a pas précisé comment il compte contester la décision de la commission des comptes de campagne. Pour réclamer son annulation, voire la dissolution de Civitas, il faudrait prouver que cette organisation cause un trouble à l'ordre public. Olivier Falorni a écrit une lettre à Bernard Cazeneuve pour demander qu'on mette un terme à ce "scandale", mais n'a toujours pas reçu de réponse.

Le parlementaire s'est exprimé à ce sujet lors des questions au gouvernement. 
En guise de réponse, le Ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a rappelé l'état du droit en la matière : la création d'un parti politique repose sur un principe déclaratif. Autrement dit, il n'est pas nécessaire de demander une autorisation à l'Etat, il suffit de créer une association de financement ayant "pour objet exclusif de recueillir les fonds destinés au financement des activités politiques du parti, soit de désigner un mandataire financier", comme le précise le site vie-publique.

En réaction à la réponse de Cazeneuve, Olivier Falorni ne désarme pas. Joint par téléphone, il dit même réfléchir à une disposition législative interdisant la création de partis politiques "qui refusent les principes démocratiques" : "La France a fait le choix d'être une république, on peut conspuer la république : on peut être monarchiste, car il y a des monarchies parfaitement démocratiques. La France a fait le choix d'être une démocratie, on ne peut pas refuser les principes démocratiques."

"Des formations politiques qu'elles soient islamistes ou intégristes n'entrent pas dans le champ de la démocratie", poursuit le député. "Donc elles ne peuvent pas prétendre à être financée par le contribuable et présenter des candidats aux élections. Les démocrates n'ont pas vocation à être des bisounours dévorés tout cru".

Pour l'heure, Alain Escada ne semble pas inquiété et pense à son avenir politique : "Nous n'envisageons pas de nous présenter à l'élection présidentielle, nous en avons d'autres en tête. Mais nous soutiendrons un candidat susceptible de représenter une partie de nos idées".

Cette sortie du parlementaire ne risque-t-elle pas de faire une fois encore de la publicité à Civitas ? "Je refuse d'attendre le jour où il y aura 577 candidats de Civitas, ce sera trop tard pour pleurer. Désormais, à chacun de prendre ses responsabilités", conclut Olivier Falorni.

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