Corbeau de Tulle : 100 ans après, une expo et une BD

C'est un fait divers centenaire qui avait tout pour rester dans les annales : mystère, jalousie, rumeurs, folie… Il a inspiré de nombreux livres, un chef-d'œuvre du cinéma. En 2017, une exposition et une bande dessinée lui sont consacrées. Retour sur "l'œil de tigre"…

Par Pierre Gauthier - H.A

Une exposition à découvrir jusqu'au 2 décembre 2017 à la médiathèque Eric Rohmer de Tulle et une bande dessinée signée Francette Vigneron pour le scénario et Antoine Quaresma pour les dessins, 100 après, l'histoire du "Corbeau de Tulle" fascine toujours.

Le Corbeau de Tulle, 100 après
L'affaire de "l'oeil de tigre", c'est cette histoire de lettres anonymes, de ce corbeau qui va semer la zizanie à Tulle. Tout commence en 1917... et 100 ans plus tard, ce fait divers fascine toujours... - Pierre Gauthier & Hélène Goutany & Marina Fillon

Jusqu'à la mort


Nous sommes à Tulle, en décembre 1917. Alors que la Grande Guerre ravage la France, une épidémie de lettres anonymes s'abat sur la ville. Glissés sous les portes, ou dans les boîtes aux lettres du quartier du Trech, les courriers dénoncent les infidélités des uns ou la mauvaise conduite des autres. Mais pendant 4 ans, par peur du scandale, l'affaire est dissimulée... Jusqu'à novembre 1921 où un greffier de la préfecture mis en cause à son tour sombre dans la folie et met fin à ses jours.

►Francette Vigneron, scénariste de "L'oeil de tigre"

Cette tragédie va faire prendre conscience à toutes les instances, judiciaires, préfectorale, municipale, à la population et à la presse, qu'une lettre anonyme, ce n'est pas seulement quelque chose que l'on doit cacher. C'est  une arme. Une arme empoisonnée et une arme qui peut tuer. Et là, elle a tué. Donc d'affaire prend une autre dimension.
 

VIDEO : affaire Angèle Laval, le corbeau de Tulle
Repôrtage Isabelle Rio Rodolphe Augier Chantal Cogne

Le voile se lève

La presse nationale débarque à Tulle... On fait même appel à un super flic de l'époque pour démasquer l'œil de tigre, pseudo choisi par l'auteur des lettres. Grâce aux prémices des techniques de police scientifique, les soupçons se portent sur une jeune employée de la préfecture, Angèle Laval. Sans histoire en apparence, elle doit subir une expertise psychiatrique au moment même où la dernière lettre est découverte.


Petit à petit, avec des insultes qu'on retrouve dans beaucoup d'autres lettres, l'écriture grossit, grossit, jusqu'à devenir disproportionnée, enflée, comme si en elle quelque chose explosait !


Le procès s'ouvre en décembre 1922, après l'étrange noyade de la mère d'Angèle. Au tribunal, on joue à guichets fermés... dans un mélange de fascination et de haine. L'accusée, elle, n'en démord pas.

Elle nie farouchement, se défend avec ardeur. Alors qu'au début, certains journalistes diront qu'il la voyait fluette, timide et toute pâle, quand elle se lève pour se défendre elle devient, comme le disait la journaliste du Petit Parisien, un serpent dressé sur sa queue.


Angèle Laval est condamnée à un mois de prison avec sursis et 100 francs d'amende. Une peine, somme toute légère mais confirmée en appel. Mise au ban de la société tulliste, elle vivra en recluse jusqu'à sa mort en 1967. Un destin hors du commun, qui a inspiré  le réalisateur Henri-Georges Clouzot. En 1943, il réalise "Le Corbeau". C'est d'ailleurs le titre de ce film qui donnera le nom de "Corbeaux" aux auteurs de lettres anonymes malveillantes. 

 

Sur le même sujet

La perpétuité requise contre Jean-Michel Dupin

Près de chez vous

Les + Lus