Axelle Balguerie :“ il faut éviter de stigmatiser les noms des descendants des armateurs négriers”

Axelle Balguerie, descendante de Pierre Balguerie-Stuttenberg qui a donné son nom à un cours de Bordeaux / © F3 Aquitaine
Axelle Balguerie, descendante de Pierre Balguerie-Stuttenberg qui a donné son nom à un cours de Bordeaux / © F3 Aquitaine

A Bordeaux, certains noms restent associés à l'esclavage. A l'heure où certains militent pour débaptiser le cours Balguerie-Stuttenberg, une des descendantes de l'armateur revient sur les activités commerciales de son ancêtre. Et rappelle la nécessité d'un travail de mémoire à Bordeaux. 

Par Maïté Koda

Son nom figure sur un cours de Bordeaux, dans le quartier des Chartrons au cœur de la ville. Une avenue de près de deux kilomètres de long, et une plaque "Cours Balguerie Stuttenberg", que certains, à l'instar du Cran, le Conseil représentatif des associations noires, aimeraient voir disparaître des murs.
 
 
Le cours Balguerie-Stuttenberg à Bordeaux / © Capture Google maps
Le cours Balguerie-Stuttenberg à Bordeaux / © Capture Google maps


Un nom associé aux trafic d'esclaves

Axelle Balguerie le sait, son nom est et restera associé à l'esclavage. Le sujet n'étant jamais abordé dans sa famille, c'est au lycée qu'elle l'a découvert.
Sa sœur venait d'entendre, de la bouche d'un conseiller principal d'éducation, qu'elle portait le nom d'un négrier. Lorsqu'elle rapporte l'anecdote à la maison, aucune réaction. Le sujet est rapidement évacué.
 

C'est un sujet un peu tabou, et également très mal connu, reconnaît la quadragénaire.  

Pourtant, c'est en creusant son arbre généalogique et en lisant, notamment le livre d'Eric Saugera Bordeaux, port négrier qu'Axelle Balguerie a découvert son passé familial, et surtout découvert que Pierre Balguerie-Stuttenberg, l'armateur auquel la rue rend hommage n'a jamais fait commerce d'esclaves.
 

 Il y a eu deux Balguerie qui ont fait commerce d'esclaves. Mais ils ne sont pas du tout dans notre branche.

 
Quant à l'ancêtre d'Axelle Balguerie, il n'est pas passé bien loin du commerce triangulaire.
 

 
Il a voulu le faire, mais le contexte puis l'abolition de l'esclavage l'en a empêché

 
Axelle Balguerie en est consciente, la morale n'a eu aucune incidence sur cette décision, liée à des contraintes économiques et législatives.
 

Un travail de mémoire

Ce qui ne l'empêche pas elle aussi aujourd'hui, de militer pour un travail de mémoire, autour de l'histoire esclavagiste de Bordeaux. Une prise de conscience venue d'une rencontre en 2014 avec le militant Karfa Diallo, de l'association Mémoires et Partages, qui, après avoir milité pour le changement de noms d'une vingtaine de rues de Bordeaux, souhaite aujourd'hui que des panneaux explicatifs soient accolés aux plaques d'origine
Encore une fois, c'est le nom de famille Balguerie qui a créé le contexte de cette rencontre.
 

J'étais candidate à la mairie de Tresses (33). Mon adversaire, qui ne s'est jamais intéressé à l'esclavage, avait eu l'idée d'inviter Karfa Diallo pour parler du sujet lors d'une conférence.
Mais il n'a pas été dupe de l'instrumentalisation. Il m'a invitée à y assister. Et j'ai trouvé ca très intéressant.

 
Axerlle Balguerie : il ne faut pas stigmatiser les noms des descendants des armateurs négriers

Quelques semaines plus tard, Axelle Balguerie emmène sa fille de neuf ans, assister à une deuxième conférence du militant associatif. Elle partage les positions de Karfa Diallo, notamment sur la question des noms de rues.
 

Je ne suis pas pour qu'on débaptise les rues. Je ne pense pas que ça changera quelque chose, au contraire. Il faut garder les noms de rues et apposer des plaques explicatives. Mais il faut que ces informations soient bien vérifiées, qu'on soit sûr de ce qu'on écrit

 
Axelle Balguérie travaille désormais avec Karfa Diallo sur l'héritage esclavagiste de  Bordeaux. Un projet qui pourrait prendre la forme d'une Ecole de mémoires, ou de programmes et ateliers culturels à destination des enfants. Un travail qu'elle estime "indispensable".


Ca va peut-être éviter qu'on stigmatise des noms. On parle des armateurs, mais il y avait aussi les propriétaires, les marins… Depuis huit ou neuf générations si on regarde la descendance de ces personnes-là, on doit arriver à des millions de personnes

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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