Les grandes métropoles comme Bordeaux font-elles de l'ombre aux petites villes qui les entourent ?

Même sans sa reconstitution, Castillon-la-Bataille sait attirer les touristes. / © France 3
Même sans sa reconstitution, Castillon-la-Bataille sait attirer les touristes. / © France 3

Les assises des petites villes de France se sont ouvertes ce jeudi à Hendaye. Parmi les différentes problématiques abordées, se pose la question de leur développement à l'ombre des grandes métropoles.

Par Maïté Koda

Est-il plus difficile pour une petite ville de s'épanouir à l'ombre d'une grande métropole ? Les petites villes de Gironde souffrent-elle de la proximité de Bordeaux ? Où au contraire sont-elles les premières bénéficiaires de son attractivité ?

Le thème sera, entre autres débattu lors de ces XXe assises des petites villes de France, qui se sont ouvertes ce jeudi à Hendaye et se poursuivent jusqu'au vendredi 22 septembre, en présence du secrétaire d'état auprès du Ministre de la cohésion des territoires Julien Denormandie.
 

Savoir tirer profit de la proximité



Par petites villes, l'APVF, l'association des petites villes de France entend les communes comprises entre 2 500 et 25 000 habitants. Un large spectre, et des réalités différentes, mais des communes qui ont toutes l'intention de faire entendre leur voix.

Une position pas toujours évidente pour certaines d'entre elles, notamment les villes situées à proximité des grandes métropoles, telles que Bordeaux, qui peuvent  les "happer" et rendre leus voix inaudibles.
Pourtant, assure le géographe Philippe Estèbe, "grand témoin" de ces assises, certaines petites villes peuvent tirer profit de cette proximité.
 

Un cadre de vie agréable, de bons services à la population et un foncier pas trop cher permet d'attirer des ménages de jeunes actifs qui travaillent dans la métropole mais peuvent alimenter la consommation dans la petite ville.

 

Développement touristique et culturel


Autres exemples avancés par le géographe : "des zones d'activité accessibles pour des activités qui ne trouvent plus leur place dans des grandes villes, telles que la fabrication de charpente métallique ou les métiers du bâtiment"
 
Aux villes ensuite de se réinventer et de miser sur l'attractivité, par des événements culturels ou touristiques, afin d'éviter le statut peu valorisé de ville-dortoir. Et d'éviter tant bien que mal les écueils que peuvent constituer les embouteillages ou l'insuffisance de transports en commun.
 

Partir sur une dynamique complémentaire, c'est notamment la position de Celia Monseigne, maire de Saint-André de Cubzac à une trentaine de kilomètres au nord de Bordeaux. "Nous, les petites villes, avons passé trop de temps à pleurer contre la métropole, parce que nous nous sentions méprisés. Aujourd'hui, le débat a changé, nous avons tous des avantages à avoir dans notre département une métropole dynamique", estime-t-elle.

"Bordeaux ne peut pas loger tout le monde, les prix ne sont pas accessibles à tous: 75% des nouveaux arrivants à Saint-André viennent de la métropole.  Nous ici, pouvons loger des salariés, ou des étudiants. Mais il faut que des réseaux de transports suivent"



Sa commune est positionnée à 35 minutes de la gare Saint Jean mais les TER ne sont sont pas encore assez fréquents pour assurer une desserte continue. Pourtant, déjà, Célia Monseigne se plait à anticiper le partage de richesse entre métropole et petites villes.  "Par contre il faut que tout soit régit par des pactes, nuance-t-elle, on ne peut plus en rester aux beaux discours".





"La bonne distance politique"


Existe-t-il alors une distance idéale pour profiter pleinement des avantages de la métropole ? "Pas au sens métrique", assure Philipe Estèbe.


Par contre, il faut trouver la bonne distance politique : autrement dit, en choisissant les terrains sur lesquels on va coopérer avec la métropole, par exemple pour l'éducation et la formation.

Il y a aussi ceux où l'on va utiliser ses ressources, par exemple en captant des touristes, et ceux où l'on va entrer en concurrence, en cherchant par exemple à attirer des jeunes couples d'actifs ou des entreprises.
 

Jacques Breillat, conseiller départemental et maire de Castillon-la-Bataille, à 20 minutes de Libourne et une heure de Bordeaux peut compter sur le les attraits touristiques de sa ville. Proche de Saint-Emilion, sur la Dordogne, "une situation agréable, reconnaît-il. Mais ça c'est pour la carte postale."  

Le maire doit faire face à une dégradation du foncier, et se démène pour relancer l'attractivité de sa ville, peuplée à 37% de séniors. "Nous avons 35 commerçants pour 1 000 habitants, ce qui est un beau ratio. Mais beaucoup des commerces de la commune ne sont pas pérennes. "

A charge également pour le maire de maintenir les services publics pour ses 3 200 habitants. Et de sensibiliser les différents acteurs, Etat, département, région, communauté de communes (...) à ces enjeux. Dans ce cadre, l'attractivité de Bordeaux, et Libourne ne peut, pour lui, qu'être un avantage.
 

Nous avons besoin de métropoles fortes. Je sais qu'elles n'absorbent pas la totlaité des flux, et nous devons pouvoir nous y raccrocher. Moi mon pari, c'est que les nouveaux habitants de la Gironde aient l'envie de vivre à Castillon.




Car en Aquitaine comme ailleurs, des villes pâtissent d'un trop fort éloignement avec les grandes villes et les structures qu'elles peuvent proposer. Déserts médicaux, fort taux de chômage, faible attractivité… "Il vaut mieux être sous l'influence d'une métropole que d'être éloigné de tout", rappelle Philippe Estèbe.

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