Il y a 80 ans, en France, les élections remportées par la gauche portaient au pouvoir un gouvernement de Front Populaire qui a marqué l'histoire et la mémoire sociale du pays

La semaine de 40h00, les congés payés, les droits syndicaux, autant de mesures qui datent de cette époque, une brève parenthèse marquée par les conséquences de  la crise économique de 1929 et la montée des nationalismes avant la déclaration de la guerre en 1939.

Retour sur les épisodes marquants de cette période en Limousin.



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1934-1939 : LA PERIODE DU FRONT POPULAIRE


La deuxième équipe de grévistes à la feutrerie Dordet, Saint-Junien 1936 / © Madeleine Buisson/archives municipales de Saint-Junien
La deuxième équipe de grévistes à la feutrerie Dordet, Saint-Junien 1936 / © Madeleine Buisson/archives municipales de Saint-Junien

 

 

3 mai 1936.

Alors qu’à Paris Léon Blum proclame la « république des travailleurs », en Limousin aussi on fête la victoire du Front Populaire.
Sur 14 circonscriptions, une seule échappe au Front Populaire, en Creuse.

Mais en Limousin comme ailleurs, cette victoire des gauches arrive dans un climat social tendu.
La Crise de 1929 a durement touché les nombreuses usines de la région. Beaucoup d’ouvriers sont au chomage.
A Limoges le chômage  marque la ville et l’esprit des habitants. La municipalité a mis en place un bureau d’aide pour les chômeurs.

Depuis plusieurs mois, l’extrême droite n’hésite plus à utiliser la violence.
En novembre 1935, une réunion des Croix de Feu dégénère à l’école de dressage de Limoges.
Les militants d’extrême droite tirent sur des manifestants venus protester à l’extérieur faisant plusieurs blessés.

Cet incident va avoir une répercussion nationale importante.
On sait que les incidents de l’Ecole de Dressage de Limoges ont pesé dans la balance le jour où le gouvernement a décidé de dissoudre les ligues d’extrême droite.

En mai 1936, avec l’avènement du Front Populaire, un vaste mouvement de grève se déclenche dans toute la France.
A Limoges et dans la région, quelques défilés sont organisés et plusieurs occupations d’usines  sont déclenchées, mais beaucoup moins qu’on aurait pu le croire dans une région déjà fortement ancrée à gauche.

A Saint-Junien il y a des grèves mais elles ont commencé dès le mois d’Avril, donc avant la victoire électorale du Front Populaire. Elles reprendront à la fin de juin c'est-à-dire après la signature des accords de Matignon.

Dans la nuit du 7 au 8 juin 1936 le gouvernement du Front Populaire signe les Accords de Matignon
A la clé : augmentations de salaire, conventions collectives et droit syndical dans les entreprises.
Dans la foulée, les lois sur les congés payés et la semaine de 40h00 sont votées à l’Assemblée.

En Limousin, l’application des mesures décidées par le Front Populaire ne se fera pas sans mal.
Une partie du patronnat traîne des pieds. La semaine de 40h00 et les congés payés peineront à se mettre en place.

Pour les syndicats et les travailleurs l’essentiel était acquis.
Dans le mouvement de 1936 il y avait, bien sûr, des revendications materielles comme la hausse des salaires.
Mais il y avait aussi un fort appel à la dignité. Les grèves de 1936 ont aussi rempli cette fonction là. 
Dans l'esprit des grévistes, il y avait avant tout l’idée de s’affirmer et de « se tenir debout ».

Finalement, la plupart des français, et des limousins, ne bénéficieront pleinement des réformes du Front Populaire, qu’après la Libération.




VIDEO

1936 en Limousin épisode 1_Front Populaire : le contexte historique
L'année 1936 a vu l'arrivée du gouvernement du Front Populaire, synonyme d'avancées sociales comme les congés payés, ou les droits syndicaux. Mais la période du Front Populaire s'explique sur une période qui va de 1934 à 1939. Reportage : Pascal Coussy, Rodolphe Augier, Alain Lafeuille. Intervenant : Dominique Danthieux : historien, auteur d'un ouvrage sur "1936 en Limousin"  - France 3 Limousin - Pascal Coussy, Rodolphe Augier

 



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1936 : LES PREMIERS CONGES PAYES


Une mère et son bébé à la plage à Saint-Georges-de-Didonne (17) en 1939 / © Cinémathèque du Limousin
Une mère et son bébé à la plage à Saint-Georges-de-Didonne (17) en 1939 / © Cinémathèque du Limousin

 

 

En 1936, les congés payés ne faisaient pas partie des revendications ouvrières.

Dans la mémoire collective, c’est pourtant la mesure qui a le plus marqué l’histoire de cette période.

C’est une loi, votée à l’initiative du gouvernement de Léon Blum, qui a permis pour la première fois aux salariés de s’arrêter de travailler deux semaines par an tout en étant payé.

Dès 1936, les enfants seront les premiers à bénéficier de ce droit nouveau aux loisirs désormais étendu à toute la population.
Pour le gouvernement relayé par de nombreuses associations, la jeunesse devient une priorité.
Et pour les petits limousins, c’est le début de l’âge d’or des colonies de vacances à la campagne ou dans les îles de la Côte Charentaise.

Mais pour la plupart des français salariés, la ruée vers les plages en 1936 est un mythe. En fait, cette année-là, très peu d’ouvriers ont profité des congés payés.

Faute d’argent, ou à cause de patrons souvent réticents à appliquer la loi, jusqu’en 1939  la plupart des limousins ont simplement profité de leurs deux semaines de congés payés pour se reposer, aller voir leur famille à quelques kilomètres de chez eux, et souvent, les aider à faire les foins.

Grâce au fond iconographique de Paul Colmar et à la Cinémathèque du Limousin, on peut aujourd’hui revoir ces premiers congés payés des limousins, capturés par l’objectif d’un appareil photo ou d’une caméra.

Des images en noir et blanc ou en couleur, émouvantes tant elles semblent à la fois très présentes et surgies d’un autre âge.

A la Cinémathèque du Limousin, devenue Cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine, les films d’amateur de cette époque, les films de famille ou de vacances font l’objet de toutes les attentions.
Quand on sait les regarder, ils livrent leur secret : un témoignage historique irremplaçable, véritable élément du patrimoine historique de la région et de ses habitants.




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1936 en Limousin épisode 2_les congés payés
En 1936 l'octroi de congés payés a tous les salariés ont marqué l'action du Front Populaire. Retour sur la façon dont cette mesure a été vécue en Limousin avec des images d'époque inédites de la Cinémathèque du Limousin. Reportage : Pascal Coussy, Rodolphe Augier, Alain Lafeuille. Intervenants : Patrick Malefond : chargé de mission Cinémathèque du Limousin, Philippe Grandcoing : historien - France 3 Limousin - Pascal Coussy, Rodolphe Augier

 



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DES REFUGIES ESPAGNOLS EN LIMOUSIN


Des militants communistes soutenant les républicains espagnols à Guéret  / © Guy Marchadier
Des militants communistes soutenant les républicains espagnols à Guéret / © Guy Marchadier

 

 

Entre 1936 et 1940, alors qu'en France le Front Populaire mettait en place ses premières mesures sociales, en Espagne, la guerre civile obligeait des milliers de réfugiés républicains à franchir les Pyrénées pour fuir les combats et la répression franquiste.

Beaucoup d'entre eux furent accueillis dans notre région.

En Espagne, la contre-révolution franquiste va très vite dégénérer en terrible guerre civile.
Dans un premier temps ce sont surtout des femmes et des enfants qui vont prendre la route de l’exil  pour fuir les combats.

Dès septembre 1936, 150 réfugiés arrivent à Guéret.
En mars 1937, 150 enfants débarquent à Limoges. Ils vont être hébergés dans les locaux de la colonie de vacances du Mas Eloi.

Entre 1936 et 1938, 2 700 réfugiés espagnols seront accueillis à bras ouverts dans la région. Des convois humanitaires sont organisés pour aider les républicains comme ici à Guéret.
Une cinquantaine de limousins partiront  même se battre aux côtés des brigadistes espagnols.

Mais  au printemps 1939, avec la victoire de Franco et l’écrasement de la République espagnole, l’exode devient massif, avec cette fois-çi des hommes dans les colonnes de réfugiés qui franchissent les cols des Pyrénnées. 
Près de 8 000 réfugiés affluent alors en Limousin.

Beaucoup de combattants républicains fuyant le régime de Franco seront affectés à des groupes de travailleurs étrangers dans des fermes ou des usines. Certains d’entre eux seront internés dans des camps comme ceux de Saint Germain les Belles, Saint Paul d’Eyjeaux, Sereilhac, la Meyze, Beaulieu sur Dordogne ou Nexon.

On sait désormais que beaucoup de combattants républicains réfugiés ont joué un rôle important dans la résistance en Limousin.
Aguerris politiquement et militairement, ils ont fait profiter les maquis de la région leur expérience du combat acquise contre les troupes de Franco.

Parmi les réfugiés qui atterrissent en Limousin : Amada Rousseaud-Pedrola, âgée de trois ans à l'époque.
Elle est arrivée à Bellac en 1940 avec sa mère et son grand-père. Ses parents étaient des militants actifs du parti communiste à Barcelone. Son père avait été tué au combat dans la capitale catalane en 1936.
Elle nous a livré ses souvenirs et le fruit de ses recherches menées tout au long de sa vie.

Entre 1936 et 1940, plus de 10 000 espagnols exilés ont trouvé refuge en Limousin.



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1936 en Limousin épisode 3_les réfugiés de la guerre d'Espagne
En 1936, alors qu'en France le gouvernement du Front Populaire mettait en place ses premières mesures sociales, en Espagne la guerre civile obligeait des milliers de réfugiés républicains à franchir les Pyrénnées pour fuir les combats et la répression franquiste. Beaucoup d'entre eux ont été accueillis en Limousin. Certains ont étés déportés, d'autres ont rejoint la Résistance. Reportage : Pascal Coussy, Rodolphe Augier, Alain Lafeuille. Intervenants : Tiphaine CATALAN : doctorante, auteure d'une thèse sur les réfugiés espagnols dans la Résistance limousine, Amada ROUSSEAUD-PEDROLA : fille de réfugiés espagnols. - France 3 Limousin - Pascal Coussy, Rodolphe Augier

 



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LA MAISON DU PEUPLE A LIMOGES


La rencontre du monde ouvrier et du monde rural - fresque à la Maison du Peuple de Limoges / © France 3 Limousin
La rencontre du monde ouvrier et du monde rural - fresque à la Maison du Peuple de Limoges / © France 3 Limousin

 

 

A Limoges, la Maison du Peuple est l’un des rares monuments emblématiques de la période du Front Populaire.

Hasard de l’histoire, elle fut inaugurée le jour même de la signature des Accords de Matignon.

De style Art Déco, conçue à l’époque pour symboliser la puissance du mouvement ouvrier et syndical de l'époque.

En 1936, en plein cœur de Limoges, dans une des rues les plus passantes de la ville, la Maison du Peuple est un peu le palais des syndicats et de la classe ouvrière triomphante de 1936.
En tout cas c’est dans cet esprit qu’elle a été voulue, dès 1905, conçue et construite par des entreprises coopératives entre 1934 et 1936.

Et comme toute architecture publique, celle de la Maison du Peuple est là pour afficher la puissance des occupants des lieux, très puissants à Limoges à cette époque.
Le style affirme clairement la croyance dans le progrès et la modernité. On n’est pas très loin des codes de l’architecture religieuse.

Jusqu’à la fin des années 80, de nombreux concerts seront organisés dans sa salle de spectacle.

Aujourd’hui, syndicats et associations ont encore leurs bureaux dans le bâtiment. Et au dernier étage, l’Institut d’Histoire Sociale conserve une partie de la mémoire ouvrière et syndicale de la région.

Une partie de son mobilier, d’origine, est protégé. L’ensemble du bâtiment pourrait être prochainement classé au titre des monuments historiques.

Aujourd’hui, la Maison du Peuple fait partie du patrimoine historique et architectural de Limoges.



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1936 en Limousin épisode 4_la Maison du Peuple à Limoges
Gros plan sur un monument emblématique de la période du Front Populaire : la Maison du Peuple de Limoges, inaugurée en 1936 le jour même de la signature des accords de Matignon qui ont suivi l'arrivée du Front Populaire au pouvoir. Reportage : Pascal Coussy, Rodolphe Augier, Alain Lafeuille. Intervenants : Anne Manigaud, historienne, Michèle Baracat : Pdte de l'Institut Régional d'Histoire Sociale CGT du Limousin. - France 3 Limousin - Pascal Coussy, Rodolphe Augier

 



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CEUX QUI ONT VECU 1936 TEMOIGNENT


René Villatte à 103 ans, le 23 juin 2016 / © France 3 Limousin
René Villatte à 103 ans, le 23 juin 2016 / © France 3 Limousin

 

 

René Villatte est né en 1913.

Toute sa vie il a milité au parti communiste et à la CGT. Il avait 23 ans en 1936.

Marie-Louise Duvieux, elle, est née en 1921.

Au moment du Front Populaire elle travaillait déjà depuis deux ans dans une usine à Saint Junien.

Quand René a voulu prendre ses premiers congés payés dans la tuilerie où il était ouvrier, il a payé très cher une telle audace. Il a été renvoyé par son patron.

Ni Marie-Louise, ni René n’ont rien oublié du Front Populaire : premiers congés payés, luttes sociales mais aussi solidarité, tous les deux nous ont livré leurs souvenirs et leur témoignage émouvant de cette époque
Ils sont fiers de s’être battus toute leur vie pour faire progresser les droits sociaux.

Mais aujourd’hui, quand ils regardent l’actualité, ils sont inquiets : ils craignent que les acquis du Front Populaire soient menacés.
Et tous les deux nous ont dit que c’est aux jeunes qu’ils pensent en premier.



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1936 en Limousin épisode 5_ le Front Populaire raconté par ceux qui l'ont vécu
Un limousin de 103 ans et une limousine de 95 ans racontent le Front Populaire tel qu'ils l'ont vécu, avec une émotion mêlée d' inquiétude pour l'avenir. Reportage : Pascal Coussy, Rodolphe Augier, Alain Lafeuille. Intervenants : Marie-Louise Duvieux : 95 ans, René Villatte : 103 ans. - France 3 Limousin - Pascal Coussy, Rodilphe Augier

 



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UN OUVRAGE SUR LE FRONT POPULAIRE EN LIMOUSIN

"1936 le Front Populaire en Limousin", ed Les ardents Editeurs / © France 3 Limousin
"1936 le Front Populaire en Limousin", ed Les ardents Editeurs / © France 3 Limousin

Comment le Front Populaire fut-il vécu et perçu en Limousin ?

80 ans après cet évènement, l'association "mémoire ouvrière en Limousin" et les éditions "Les Ardents Editeurs" publient un ouvrage collectif qui restitue les faits, l'atmosphère et le contexte des années 30-40 en Limousin.