Le 14 novembre 1996, Marion wagon disparaissait à la sortie de l’école à Agen. Vingt ans plus tard l’information judiciaire est toujours ouverte. Ce drame a marqué toute la France. 

20 ans après, le témoignage du père de Marion

Le père de Marion évoque pour nous ce drame qui a frappé toute sa famille.

Marion si tu entends ce message, reviens-nous vite, nous t’aimons. Si quelqu’un la retient, nous le supplions de nous rendre notre enfant 

tels étaient les mots de Michel Wagon quinze jours après la disparition de sa fille. Aujourd’hui, vingt ans presque jour pour jour après le drame, cette date du 14 novembre, reste bien évidemment indélébile.

« C’est toujours une journée très difficile, c’est remettre le compteur à zéro, se rappeler cette journée, la disparition de Marion (…). Ça fait vingt ans qu’on a pas de nouvelle de Marion, c’est toujours une journée très difficile (…). On ne s’en remettra jamais, tant qu’on aura pas la vérité, on ne s’en remettra jamais » explique Michel Wagon.
témoignage du père de Marion Wagon
Aujourd’hui le combat des parents de Marion et de leurs deux enfants aujourd’hui âgés de 33 et 34 ans est donc toujours de « connaître la vérité ». Ils nourrissent toujours l’espoir de savoir « ce qui s’est passé » le 14 novembre 1996.

De revoir Marion vivante, on sait que ce sera compliqué. Mais en même temps (…) on se souvient de l’épisode de Natascha Kampusch, c’était une preuve qu’on pouvait retrouver un enfant dans le long terme. Bon, après c’est vrai que vingt ans après aux USA on a su qu’on avait retrouvé des cadavres d’enfants disparus 

dit Michel Wagon.

Durant ces deux décennies, des hypothèses ont bien émergé. Quelques mois après la disparition de la petite fille, un homme disait avoir vu Marion aux Antilles. Puis quelques années plus tard un homme entendu dans l’affaire Alègre prétendait la même chose. Toutes ces pistes ont finalement été écartées comme celle de Fourniret, un temps étudiée

Michel Wagon dit avoir été régulièrement informé par les gendarmes des avancées de l’enquête mais depuis quelques temps les échanges se font plus rares.

« L’enquête est peut-être au point mort mais nous savons que les enquêteurs sont prêts à bondir sur le moindre renseignement » confie le père de Marion.

Quand Michel Wagon, monteur dans une carrosserie du Lot-et Garonne, et sa femme secrétaire, pensent à Marion, ils retrouvent l’enfant « rêveuse, une enfant magnifique » qui « ne méritait pas de disparaitre ».


© AFP
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Le rappel des faits

Le 14 novembre 1996, Marion, 10 ans, élève de CM2 à l’école Sembel quitte l’établissement à midi pour rentrer déjeuner chez elle. Marion habite rue Dangla à 400m de l’établissement.
Après avoir joué dans l’air de jeu de la petite école maternelle durant une dizaine de minutes Marion quitte ses amis pour se rendre à son domicile. Ensuite, c’est le mystère le plus total.
Le policier qui aide les écoliers à traverser le boulevard de la Liberté ne se souvient pas l’avoir vu ce jour-là.

A 12h45, les parents de Marion affolés de ne pas la voir rentrer à leur domicile appellent la police. Dès 13h les recherches sont lancées. Le parcours quotidien qu’emprunte la petite fille est refait. Les enquêteurs recherchent des témoins et des indices.
Une équipe cynophile de Villeneuve-sur-Lot fouille dès 17h  les caves, les rues, les halls d’immeuble à la recherche d’une trace.

Le 15 novembre une information judiciaire est ouverte pour enlèvement par le parquet d’Agen. L’affaire est confiée à deux juges d’instruction. « Aucune hypothèse n’est écartée mais nous nous orientons, avec les éléments que nous pouvons avoir, vers une fugue éventuelle ce qui serait effectivement l’hypothèse la plus favorable », explique Patrick Gaboriau, procureur de la république d’Agen.

Les recherches se poursuivent et le 18 novembre le 48e régiment des Transmissions renforce le dispositif des 180 gendarmes qui fouillent la campagne dans un périmètre de 30km autour d’Agen. Près de 20 000 chasseurs aideront policiers et gendarmes à sonder les bois
© FTV
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De jour en jour, l’espoir de la fugue s’amenuise. Une campagne de sensibilisation sans précédent est alors lancée avec le concours de l’association la Mouette. Le visage de la petite fille est partout y compris sur des packs de lait dès le mois de mars, et c’est une première en France. Au total 15 millions de portraits de Marion sont diffusés dans le pays. L’avis de recherche est placardé dans tout l’Hexagone. En vain.

Marion Wagon, 20 ans après...

Marion Wagon, 20 ans après

 

Les fausses pistes

D’abord le dossier « change de mains ». En avril 1997, les policiers du SRPJ de Toulouse sont dessaisis de l’enquête. Une cellule Marion est alors créée à la gendarmerie d’Agen qui récupère l’affaire.
« Tout ceci a été vécu par les parents de Marion de façon extrêmement douloureuse parce qu’ils faisaient confiance aux enquêteurs et tout à coup on leur dit c’est pas ceux-là c’est d’autres » raconte aujourd’hui Georges Catala leur avocat.

En mai, le canal du Midi est vidé sur 14km entre Bruch est Agen, en vain.
La première fausse piste surviendra l’été suivant la disparition de Marion. En juillet 1997, une touriste en vacances à la Martinique dit avoir parlé avec une petite fille disant s’appeler Marion Wagon.
Quelques jours plus tard c’est en Espagne que Marion aurait cette fois-ci été vue par une femme sur une plage.
En avril 1998, un homme se faisant passer pour un détective auprès des parents de Marion est condamné à deux ans de prison ferme. L’escroc réclamait 30 000 francs au couple.

En mai de la même année un nouveau portrait « vieilli » de la petite fille est édité.

En 2003 un travesti surnommé « Djamel », entendu dans le cadre de l’affaire Alègre, affirme avoir croisé Marion lors d’une soirée sado masochiste à Toulouse. Des déclarations qui font l’effet d’une bombe mais qui s’avèrent être une nouvelle fausse piste.
Un temps étudié, un lien avec le pédophile Michel Fourniret est finalement lui aussi écarté.
© MaxPPP
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Pas de non-lieu

Les parents de Marion et leur avocat pourraient se dire que tout est foutu. Mais comme vous avez pu le constater on a jamais baissé les bras puisqu’à l’heure actuelle l‘affaire est toujours pendante devant le juge d’instruction d’Agen, il n’y a pas eu de non-lieu 

se félicite Georges Catala l’avocat de Françoise et Michel Wagon.

L’information judiciaire est toujours ouverte aujourd’hui. Tout le dossier Marion a été informatisé et à la gendarmerie d’Agen des agents travaillent toujours sur l’affaire même si la « cellule Marion » n’existe plus en tant que telle.
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Toutes les pistes, même les plus ténues, continuent d'être exploitées sans relâche

affirme Manuella Garnier , Procureur de la République à Agen, dans un communiqué.  "Il ne se passe pas un trimestre sans que des actes d'enquête ne soient ordonnés". Et si il n’y a pas eu de prescription dans ce dossier c’est que "chaque acte d'instruction interrompt la prescription de l'action publique pour une nouvelle durée de dix ans".

Alors évidemment « le temps ne joue pas en notre faveur », explique maitre Catala, « les choses sont difficiles mais je dois souligner que nous sommes tombés sur une réelle volonté d’un magistrat instructeur qui n’entends pas écraser le dossier par le poids du temps ».

L’avocat toulousain compte maintenant sur les avancées de la science.
« Vous avez d’abord ce qui n’existait pas à l’époque, c’est un fichier national où figurent tous les prédateurs avec leur ADN et il n’est pas impossible que l’on puisse imaginer à travers ce fichier de découvrir telle ou telle personne qui se serait trouvée le jour des faits à Agen ».

Annie Gourgues, elle, a toujours espoir que quelqu’un parle un jour. C’est le cas aussi de l’une des bénévoles de l’association. Patricia Prioux-Henry, mère dont la fille était scolarisée dans la même école que Marion, était devant l’établissement à l’heure où elle a disparu. « Moi j’y étais entre 12h et 12h15 et très souvent encore maintenant j’essaie de me souvenir (…) des détails particuliers de ce 14 novembre pour ne pas oublier. Il y a certainement quelqu’un qui a vu. Plus les années passent pus c’est difficile peut-être de parler, dit-elle, mais à un moment donné on saura ».


Les avancées grâce à l'affaire Marion

Grâce aux parents de Marion et à l’association la Mouette, les techniques de recherche ont changé. Annie Gourgues a milité auprès de différents gouvernements pour que de véritables « plans Orsec » soient activés lorsqu’un enfant disparaît.  Un numéro a été mis en place, « SOS Enfant disparus », et en 2006 le plan Alerte-Enlèvement a vu le jour.
Il est inspiré du plan Amber existant créé aux Etats-Unis en 1996. La présidente de la petite association agenaise, était présente lors de la signature de la convention aux côtés du ministre de la Justice Pascal Clément et de représentants des principales chaînes de radio et de télévision. C’est dire le rôle que la Mouette a joué dans ce combat.

Tout est parti du constat que dans une disparition, les premières heures sont décisives. Le plan alerte enlèvement a donc pour objectif de diffuser le plus rapidement possible via les médias une photo de l’enfant et un numéro de téléphone. Pour qu’il soit déclenché, il faut que la victime soit mineur et que l’enlèvement soit avéré.

Grace à ce plan « on a retrouvé 13 personnes, c’est réjouissant », déclare Annie Gourgues, « je crois que l’affaire Marion ne sera jamais négative ».

Par ailleurs, depuis la disparition de la petite Agenaise, une Journée Inernationale des enfants disparus a été créée, elle a lieu tous les 25 mai.

La mobilisation, toujours aussi forte

Durant tout le mois de novembre des enveloppes à l’effigie de Marion vont être distribuées à Agen. Elles sont là pour rappeler que 20 ans après il ne faut pas oublier la disparition de la petite fille. C’est l’initiative, une de plus, de l’association la Mouette. Des pins vont également être distribués en ville.
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Elle organise également une marche silencieuse lundi 14 novembre. Elle partira à 12h de la préfecture.
Des actions, des signes de solidarité qui touchent énormément Françoise et Michel Wagon.

Tous les messages de sympathie, toute cette solidarité qui s’est créée autour de Marion, les mots de réconfort, les petits signes, les petits gestes, ça nous a aidé très certainement à tenir le coup, et nous sommes très reconnaissants aux Agenais et Agenaises

confie Michel Wagon.

Lui et sa femme, ne se rendront pas à la marche silencieuse. Ils seront dans le nord de la France d’où ils sont originaires. Ils ont choisi de s’isoler durant ce douloureux anniversaire.