Nérac : beaucoup de questions sur l'enquête des 2 fillettes disparues

© France 3 Aquitaine
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Alors que la justice a rejeté la demande de remise en liberté de la mère de deux fillettes polyhandicapées portées disparues à Nérac, les avocates des différentes parties dénoncent des difficultés pour accéder au dossier et posent des questions sur le suivi de l'enquête. 

Par Maïté Koda

"Nous on attend que l'enquête avance. Moi je ne sais rien, c'est extrêmement frustrant". Me Sophie Grolleau ne cache pas son exaspération. Depuis septembre, sa cliente, Naïma B a été mise en examen pour délaissement de mineure. Mais depuis son placement détention à la maison d'arrêt d'Agen, elle n'a pas été entendue par la justice.
 

Ma cliente attend, elle demande où sont ses filles, où en est l'enquête.  Je ne peux rien lui répondre, je n'ai pas accès au dossier.

 
Le rejet de la demande de mise en liberté n'est pas une surprise pour l'avocate, qui faisait appel d'un précédent refus.
 
 
 
Nawal et Inès, les deux fillettes de 11 et 13 ans n'ont pas été revues depuis décembre 2016. Polyhandicapées, elles étaient suivies dans un institut spécialisé, dans le Lot-et-Garonne. Lorsque les fêtes de Noël 2016 arrivent, le centre ferme et confie les enfants, qui ne parlent pas, nécessitent d'être portées, changées et des soins constants, à leur mère, qui vit seule.  A la fin des vacances, elles ne sont pas retournées au foyer.


► Lire aussi : Le mystère demeure à Nérac après la disparition de Nawal et Inès
 
 

Des fillettes confiées à un inconnu sur une aire d'autoroute, selon la mère

Fin avril 2017, les services du département signalent leur disparition auprès du procureur de la République d'Agen. Sur Interpol, un signalement date leur disparition au 15 mars. Une information judiciaire est ouverte le 11 juillet.
 
Le 20 septembre, une perquisition est organisée au domicile de la mère des enfants, à Nérac. Des plongeurs sondent la rivière, la Gélise, en vain. Placée en garde-à-vue, la mère, qui avait dans un premier temps déclaré avoir laissé ses filles au Maroc,  assure désormais les  avoir confiées à une personne inconnue rencontrée sur une aire d'autoroute dans le sud de l'Espagne à Tarifa.
 


Une chronologie qui intrigue

C'est cette chronologie qui intrigue. "Normalement, lorsqu'un enfant disparait, on a son visage placardé sur tous les murs dans les 48 heures, s'étonne Me Sylvie Brussiau, l'avocate du père des fillettes, qui s'est porté partie civile.
 

On a laissé passer neuf mois comme ça. Sans mener de perquisition, ni même s'assurer que les filles ne se trouvaient pas avec leur père. Mon client n'a jamais été entendu. Lui-même n'a appris leur disparition qu'en juin!

 
"Les juges n'ont pas la curiosité de l'entendre"

L'avocate déplore également ne pas avoir accès au dossier. "Mon client est rongé par la culpabilité. Il a cessé de voir ses filles en 2013. Quand la piste du Maroc avait été envisagée, il s'est rendu sur place pour les chercher. Mais alors qu'il est volontaire pour une confrontation avec son ex-femme, ou pour dire tout ce qui pourrait aider l'enquête, les juges n'ont pas la curiosité de l'entendre".
 
 
Contacté, le procureur de la République d'Agen assure que "les avocats de la défense, comme de la partie civile, ont accès au dossier dans les conditions prévues par le code de procédure pénale". Aucune communication en revanche sur les lenteurs dénoncées par les avocats.
 
 

Leur dispatition n'a été signalée qu'après de longs mois

 
L'association La Mouette, basée à Agen, désignée administrateur ad hoc des enfants,  est également partie civile dans le dossier. Ici aussi on s'interroge, notamment sur l'absence de signalement de la disparition par le foyer d'accueil des fillettes, situé à Tonneins.

Il y aura certainement des comptes à rendre du côté de l'institution. La maman a donné des versions toutes aberrantes, et pourtant personne ne s'est inquiété avant plusieurs mois!

 
Selon l'association, créée après  la disparition de la petite Marion Wagon à Agen en 1996, et jamais retrouvée, chaque minute compte.

Lorsque Marion a disparu, la police a traîné à réagir et supposé qu'elle avait fait une fugue. Depuis les choses ont changé. On a pu le voir lors de la disparition de la petite Maëlys, les médias et les enquêteurs ont réagit tout de suite.

Pourquoi cela n'a pas été le cas avec ces fillettes? C'est de l'inconscience !



L'institut spécialisé qui accueillait les fillettes, situé à Tonneins (47), est géré par le département. Les responsables se refusent à communiquer sur l'affaire, préférant "réserver leurs réponses à la justice".
 

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