Sur les traces des poilus...

© 66emeri
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Lancé en 2013, le projet collaboratif « 1 Jour - 1 Poilu » permet aux internautes d'apporter leur petite pierre à l'Histoire. Comment ? En indexant les fiches des poilus. Une façon de leur rendre hommage et de contribuer à la recherche historique.

Par Mary Sohier

Savez-vous s’il y a des poilus parmi vos ancêtres ? Caroline Pauly, opticienne de 33 ans à Saint-Laurent (Creuse), s’est posé la question il y a trois ans : « À chaque fois que j’allais aux commémorations du 11 novembre, je voyais le nom de mon arrière-arrière-grand-père sur le bâtiment aux morts sans vraiment connaître son histoire alors j’ai décidé d’enquêter. Et c’est là que j’ai découvert l’initiative 1 Jour -1 Poilu. »

À l’origine du projet, Jean-Michel Gilot, un responsable de communication digitale à Rennes. Ce passionné d’archives s’est aperçu que, comme Caroline, beaucoup de Français ne connaissaient pas vraiment l’histoire de leur famille. En 2014, il lance alors un défi un peu fou sur la toile : celui d’indexer toutes les fiches des soldats d’ici la fin des commémorations du centenaire, le 11 novembre 2018.
 

Consulter les informations était déjà possible via la plateforme Mémoire des hommes. En 2003, la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (DMPA), qui relève du ministère des Armées (anciennement ministère de la Défense, NDLR), met à la disposition du public des documents numérisés et des informations issues des fonds d'archives. Y figurent 1 325 290 fiches au nom des Poilus Morts pour la France. Mais ce mémorial numérique atteint très vite ses limites, notamment parce qu’il permettait uniquement des recherches par le nom, le prénom, et le département de naissance du poilu. D’où le choix, en 2013, de repenser l'interface et de l’ouvrir à l’indexation collaborative. Une décision également prise pour des raisons budgétaires.

L’objectif ? Demander aux internautes d’indexer d’autres informations comme la date et le lieu du décès, la classe, le lieu de recrutement, le numéro de matricule… Des informations précieuses pour les historiens car elles peuvent permettre de reconstituer le parcours militaire de chaque soldat et de mieux cerner son identité.


Un défi numérique au service de la mémoire


« Une démarche novatrice », d’après Jean-Michel Gilot. C’est la raison pour laquelle il a souhaité accompagner cette initiative publique en conciliant son métier dans le digital et sa passion : « Je me suis dit qu’entre le 2 août 2014 (date à laquelle un siècle plus tôt avait lieu la mobilisation générale, NDLR) et le 11 novembre 2018, il y avait 1 563 jours. En faisant le calcul, j’en ai déduit qu’il fallait 850 personnes, à raison d’une transcription par jour pour arriver à 100 %. »

Il crée un site internet, se met sur Twitter avec le #1J1P… Tout s’enchaîne très vite, trop vite : « Pour être honnête, je pensais que ça allait faire le buzz, mais au bout de six mois, nous étions loin des objectifs. Alors j’ai décidé d’organiser plusieurs opérations… Et c’est là que j’ai réussi à agréger une communauté. »


 
Depuis 2013, 1 255 461 fiches ont été transcrites dont 412 500 grâce au projet « 1 Jour - 1 Poilu ». Au total, plus de 2 480 internautes se sont pris au jeu, dont 300 très impliqués. Un chiffre certes en deçà des prévisions mais les contributeurs ont des rendements efficaces. C’est notamment le cas de Caroline Pauly. À elle seule, elle a transcrit 5 627 fiches, soit plus de 50 % de la Creuse. 

« J’ai fini ce département, il y a trois semaines, je suis très contente », raconte-t-elle. Mais comment a-t-elle procédé ? « J’ai fonctionné par ordre alphabétique. J’ai commencé par ma commune d’origine, Saint Laurent, près de Guéret. Puis, j’ai continué avec celle de ma maman. Mais je me suis rendu compte que c’était beaucoup plus simple de fonctionner par département. »



Ce travail conséquent demande un investissement de tous les jours mais aussi des recherches approfondies. Car les internautes ne sont pas des historiens nés. « J’ai lancé des bouteilles à la mer via les réseaux sociaux, raconte Caroline Pauly. Par exemple, je me questionnais beaucoup sur les lieux de décès. Car il faut bien se rendre compte que sur les actes de décès, parfois, étaient inscrits des bois ou des tranchés. L’enjeu est de trouver à quelle commune ça correspond aujourd’hui. »
 

 
Alors qu’elle avait commencé juste pour connaître « le destin » de ses ancêtres, Caroline s’est embarquée dans une folle aventure et elle ne compte pas en rester là. Elle vient de s’attaquer à l’indexation des fiches de la Haute-Vienne. Un département qui fait office de mauvais élève dans le Limousin puisqu’il reste 5 740 fiches à transcrire sur 15 010 existantes. Mais peu importe, si elle s’investit autant, c’est pour les autres :

Je veux laisser une trace, une porte d’accès aux plus jeunes car aujourd’hui, ils se renseignent avant tout sur Internet. Et puis le web ne s’efface pas.


Quant à Jean-Michel Gilot, il veut inviter les Français à explorer leur histoire. Cette démarche lui permet aussi de rendre hommage à sa manière aux poilus, un hommage numérique : « Transcrire la fiche d’un soldat quel qu’il soit, c’est une forme d’hommage actif, qui peut se comparer à celui d’aller se recueillir sur la tombe d’un défunt. »

Page Facebook : 1 Jour - 1 Poilu
Compte Twitter : 1 Jour - 1 Poilu
 
 

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