AZF : un expert poitevin témoigne de ses travaux sur la piste chimique de l'explosion à Toulouse

Le site d'AZF à Toulouse, le 21 septembre 2001 / © PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI
Le site d'AZF à Toulouse, le 21 septembre 2001 / © PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI

Henri-Noël Presles, aujourd'hui retraité, a étudié à la demande de Total la piste chimique (entre autres pistes) de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001. Ses conclusions, longtemps dissimulées par le groupe pétrolier, mettent en lumière la responsibilité de Total dans la catastrophe.

Par Coralie Roland

C'est un témoignage riche d'enseignements pour ceux qui suivent depuis plus de 16 ans les conséquences de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse : Henri-Noël Presles est un ancien expert du CNRS, spécialiste des mécanismes explosifs. Il a notamment été directeur de recherches pour le Laboratoire de Combustion et Détonique. La détonique, c'est l'étude du phénomène de détonation. La groupe Total fait appel à lui, à son équipe et son laboratoire deux mois après l'explosion d'AZF. Ses recherches concernent plusieurs questions alors sans réponses : comment expliquer l'explosion ? Les produits stockés sur le site étaient-ils incompatibles ?

Très vite, Henri-Noël Presles et ses équipes vont faire une découverte majeure : le phénomène d'auto-explosion, consécutif à la réaction de deux substances présentes sur le site d'AZF : le nitrate d'ammonium d'une part et le DCCNa d'autre part. Il l’explique, vidéo des expériences à l'appui, au début de ce reportage réalisé par T. Scoazec, G. Soudat et D. Dubois :
AZF : un ancien expert mandaté par Total témoigne
Un reportage de T. Scoazec, G. Soudat et D. Dubois avec l’interview d’Henri-Noël Presles, ancien directeur de recherches au CNRS
Ses premiers résultats vont être transmis immédiatement à Total. Mais l'entreprise, propriétaire de ces travaux confidentiels, ne va pas les publier. Au contraire, elle va couper les vivres au laboratoire : "On avait mis en évidence ce mécanisme d’auto-détonation, à savoir que ce régime de combustion pouvait apparaitre seul, sans apport d’énergie, sans aucun dispositif pyrotechnique. Et là, on nous a dit : Total arrête les travaux sur la piste chimique."

Total cherche alors à creuser d'autres pistes, qui mettraient moins en cause sa responsabilité. Des pistes comme "l’impact d’une météorite" ou encore "la présence de nitrocellulose sous la dalle de béton", détaille Henri-Noël Presles.
C'est finalement en 2009, à cause d'une fuite d’informations, que la justice aura vent de ces travaux du laboratoire poitevin. La Police judiciaire de Toulouse fera alors des perquisitions, et les pièces seront versées au dossier.

Une interview "dans la longueur"

Parce qu’il n’est pas facile de diffuser tout un témoignage d'expert dans un reportage pour le journal télévisé, nous vous proposons ici, dans sa quasi-intégralité, le témoignage d’Henri-Noël Presles. Il explique comment il a été sollicité par Total, la nature de ses travaux (et ceux de son équipe), ses conclusions. Il partage aussi son sentiment à l'issue du procès en appel qui vient de s'achever à Paris. 
Interview : H.-N. Presles, expert poitevin en détonique

Le 31 octobre dernier, soit 16 ans après les faits, le directeur du site et la société Grande Paroisse ont été reconnus coupables de négligence et fautes caractérisées. L'avocat de l'ex-directeur Serge Biechlin et de l'entreprise Grande Paroisse a annoncé un pourvoi en cassation.

► Pour en savoir plus sur le procès AZF, vous pouvez consulter les articles de France 3 Occitanie.

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