Poitiers : un kilo de cocaïne dans l'estomac pour 300 euros

Photo d'illustration / © Maxppp
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Rémunéré 300 euros pour faire passer un kilo de cocaïne dans son ventre, un Guyannais de 28 ans a été condamné à un an de prison par le tribunal correctionnel de Poitiers. Un dossier qui met en évidence l’exploitation de "mules" par d’importants réseaux de trafiquants.

Par Hugo Lemonier

"Cela fait six ans et demi que je suis avocat et c'est l'un des dossiers qui m'a le plus révolté", raconte Me Rolland-Gosselin qui a défendu Giovanni. Ce Guyannais de 28 ans est, d'après les dires de son avocat, un "garçon très simple", manipulé de la façon la plus honteuse qu'il soit par un réseau de trafiquants de cocaïne.

Le jeune homme a été arrêté dans un train entre Paris et Poitiers le 16 février dernier. Il transportait au péril de sa vie un kilo de cocaïne pure dans son ventre. Pour sa peine, les trafiquants comptaient le rémunérer 300 euros. Une misère.

Giovanni a été condamné vendredi en comparution immédiate à un an de prison par le tribunal correctionnel de Poitiers. Son accompagnateur, le passeur qui surveillait la cargaison destinée au marché niortais, a écopé de deux ans ferme. Les deux hommes doivent aussi payer solidairement une amende douanière de plus de 75.000€.

Giovanni, un homme "réduit à l'état de colis"

L'histoire de Giovanni est semblable à celle de nombreux damnés de la terre qui tentent de traverser les frontières un magot dans l'estomac. Depuis les années 1980, les trafiquants utilisent des "mules" qui gobbent plusieurs centaines de grammes de cocaïne, divisées en de petits ovales de poudre embalée dans du cellophane.

C’est la roulette russe : certaines mules se font avoir mais, sur la masse qui passe, les pertes des trafiquants sont négligeables"
                                           Me Rolland-Gosselin



"Mon client n'a pas été gâté par la vie". A la suite du suicide de sa mère, Giovanni est reccueilli par des cousins et grandit à Grand-Santi, une bourgade au bord du fleuve Maroni, en Guyane. 

Signe du destin, sa famille est originaire du pays d'en face : le Surinam. Cet Etat voisin de la France, miné par la violence et la corruption, est aussi une plaque tournante du trafic de cocaïne.

Contraint de payer le billet de train de son passeur

Le 15 février dernier, c'est une première pour Giovanni. Il pose le pied en métropole. Un passeur, un de ses camarades de collège, le conduit immédiatement à la Gare Montparnasse. Direction Poitiers.  

"Et là, l'affaire devient encore plus sordide : le passeur oblige Giovanni à payer les deux billets de train avec les 300 euros qui constituent sa rémunération pour le transport de la drogue", raconte Me Rolland-Gosselin.

L'estomac du jeune Guyannais renferme de la poudre qui, une fois coupée, vaut plus d'un demi-million d'euros au détail. A bord du train, les deux hommes sont repérés par des douaniers, alertés par le comportement suspect de Giovanni. Le jeune Guyannais peine à cacher son malaise : voilà plus de 24 heures qu'un kilo de cocaïne se balade dans ses intestins. En les avalant, il avait dû ingurgiter un mélange d'argile et l'huile censé aider chaque boule de 10 g à se frayer un chemin.

Testé positif à la cocaïne

Une fois interpellé, Giovanni comprend d'un coup le danger qu'il encourt. "Mon client m’a dit qu’il ignorait transporter de la cocaïne. Bon...", reprend l'avocat, "en tout cas, quand il a réalisé qu’il pouvait en mourir, il a vraiment eu peur".

Transféré au CHU, il est testé positif à la cocaïne. Preuve, pour Me Rolland-Gosselin, que la drogue avait commencé à suinter du cellophane. Comme beaucoup de mulles, Giovanni aurait peut-être péri d'une overdose fatale.


Compte-tenu des circonstanes particulières de ce dossier, Me Rolland-Gosselin va tenter de négocier le montant de l'amende qui pèse sur son client : "Il faut que Giovanni puisse se reconstruire et rentrer en Guyanne sans craindre d'être poursuivi par le trésor public."

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