A l’occasion du 20ème anniversaire du premier lâcher d’ours slovènes dans les Pyrénées, nous vous emmenons dans son univers. Animal mythique symbole du massif pour le grand public, prédateur nuisible pour les bergers. 20 ans après, comment se porte-t-il ? Est-il mieux accepté ? Fait-il toujours autant parler ?

En 2016, la population des ours est évaluée à 29 spécimens répartis en deux noyaux

En 20 ans, la population de l'ours n'a cessé d'augmenter après avoir quasiment disparue dans les années 1990. En 1982 : il ne restait plus qu'une quinzaine d'ours. En 2004, la dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, est abattue par un chasseur.  Aujourd'hui dans les Pyrénées, on dénombre une trentaine d'individus vivant en deux noyaux séparés entre France et Espagne. 

Le plus gros noyau se trouve dans les Pyrénées centrales avec 27 individus. Il est composé de 13 femelles et 8 mâles. Le nombre de naissance a battu des records en 2015. Ce qui est de bon augure pour le développement de la population. Dix femelles pourront potentiellement avoir des oursons en 2016, mais toutes n'en auront pas. Ce qui pourrait représenter 3 ou 4 portées, soit 5 à 8 oursons. 
Le noyau occidental, quant à lui, n'est représenté que par deux mâles qui resteront stériles sans l'arrivée dans leur secteur d'un spécimen féminin.

Si l'éradiquation a été évitée de justesse, la population ursine retrouve très progressivement un développement certain. Les ursidés n'ont jamais été aussi nombreux dans le massif en deux décennies. Par ailleurs, ils deviennent aussi de plus en plus raisonnables car le nombre d'attaques ou de dégâts recensés n'a jamais été aussi bas : 88 en 2015.

 

Que diriez-vous si on mettait un pitbull dans votre jardin ?

C'est la phrase choc du Maire d'Artigue de Luchon, Robert Cabé, fervent opposant à la présence de l'ours, au moment de l'annonce des premiers lâchers il y a 20 ans.  Ont suivi des années de polémiques. En 2016, le sujet est toujours sensible.
Ours : Que diriez-vous si on lachaît un pitbull dans votre jardin ?
Le ton est donné. L'opposition à l'ours ne prête pas à discussion pour le Maire d'Artigue de Luchon. - France 3 Midi-Pyrénées
Les pour et les anti s'opposent en fonction de leur situation, de l'endroit où ils vivent, de leur rapport avec la nature. Les éleveurs bien contents de s'être débarrassés du plantigrade en 2004, ont vu d'un mauvais oeil, les "bobos" écolos citadins et les hommes politiques intervenir pour sa réintroduction

Malgré les années de cohabitations forcées, la présence de l'ours dans les Pyrénées n'est pas encore acceptée. Les mentalités ont évolué doucement, notamment grâce aux mesures qui ont été prises en faveur des éleveurs sur la reconnaisance des dégâts générés et leur indemnisation. Et aussi, grâce aux campagnes des associations faisant la promotion de l'ours, le mettant en avant comme produit d'appel touristique pour les Pyrénées.

Mais le chemin reste encore long avant que l'ours ne puisse reprendre peut-être un jour sa place. 

En 2016, les témoignages contre la présence de l'ours sont encore nombreux :

L'ours n'a plus sa place dans les Pyrénées !

Jean-Pierre Mirouze, fondateur de l'ASPAP :
L'ours n'a pas sa place dans les Pyrénées
En 2016, la présence de l'ours reste mal tolérée par les éleveurs dans les Pyrénées. Notamment en Ariège, où l'ours s'est attaqué en 2015 à un troupeau de brebis. - France 3 Midi-Pyrénées

Chronologie d’une disparition et d’une renaissance

20 ans après le premier lâcher d'ours slovènes dans les Pyrénées, 10 ans après que le dernier ait été réintroduit, la population ursine du massif avec ses 29 individus recensés se porte bien mais reste très fragile.

Avec la remise en route du plan Piroslife, laissé en jachère ces dix dernières années, les anti-ours réactivent leur action. Jeudi 12 mai 2016, une manifestation anti-ours s'est tenue à Toulouse dans la perspective de l'arrivée d'un spécimen mâle dans les Pyrénées espagnoles. Il prendra pied dans le Val d'Aran fin mai 2016. Sa mission : apporter du sang neuf dans une population qui à très court terme est menacée par les problèmes de consanguinité.

Pour mieux comprendre, voici  la saga de l'ours en quelques dates clés.
  • En 1900 : la population des ours des Pyrénées est estimée à environ 200 individus. Les montreurs d'ours sillonnent la France avec leur animal dressé qui réalise des tours devant un public ébahi. L'activité est particulièrement développée dans les zones de montagne dès le Moyen Âge et jusqu'au XIXè siècle.
Montreurs d'ours à Luchon. XXème siècle, les seuls ours qui restent en France se trouvent dans les Pyrénées.  / © Eugène Trutat
Montreurs d'ours à Luchon. XXème siècle, les seuls ours qui restent en France se trouvent dans les Pyrénées. / © Eugène Trutat

  • En 1958 : le ministère de l'écologie interdit la chasse à l'ours en France. En 1950, il reste 78 ours dans le massif. En 1972, ils ne sont plus que 36.
  • 1981 : l'ours brun devient une espèce protégée. En 1982 : il ne reste plus qu'une quinzaine d'ours. Un premier plan de sauvegarde est lancé en 1984 par le secrétaire d'Etat à l'environnement sans réintroduction. 
  • 1996, les premières réintroductions : le 16 mai 1996, l'ourse slovène de 8 ans, Ziva, est relâchée sur la commune de Melles. Suit Mellba, le 6 juin qui rejoint Ziva sur le territoire de Melles. Mellba aura trois oursons l'année suivante.
Mellba est relâchée à Melles (Haute-Garonne) / © MaxPPP
Mellba est relâchée à Melles (Haute-Garonne) / © MaxPPP
  • 2 mai 1997 : le mâle Pyros, et ses 235kg, est à son tour lâché. Fin du premier plan de réintroduction.
3 mai 1997, l'ours mâle Pyros est relâché à Arbas (Haute-Gaonne)
Après Ziva et Mellba, c'est au tour de Pyros, le mâle prendre pied dans les Pyrénées haut-garonnaises. - INA

  • 27 septembre 1997 : Mellba est abattue par un chasseur dans la forêt de Saint-Béat dans la haute vallée de la Garonne. Ses deux oursons Boutxy et Caramelles survivront.
Septembre 1997 : l'ourse Mellba abattue par un chasseur
Une seule balle aura suffi pour mettre à terre Mellba. Le chasseur s'est senti menacé. - INA

  • 25 juillet 2004 : l'ours Papillon de souche pyrénéenne meurt de viellesse, sa dépouille est retrouvée près de Luz Saint Sauveur.
  • 1er novembre 2004 : l'ourse Cannelle, dernière représentante de la souche pyrénéene est tuée par un chasseur dans les Pyrénées-Atlantiques. Entre 15 et 28 ours circulent dans le massif pyrénéen. En 2011, la dépouille est récupérée par le Muséum de Toulouse pour être exposée après un important travail de taxidermie. 
  • 2005 : le ministre de l'écologie Serge Lepeltier souhaite renforcer la population ursine d'une quinzaine d'animaux. Nelly Ollin, qui l'a remplacé au ministère, reporte au printemps et réduit le nombre d'ours à réintroduire à 5.
  • 2006 : les manifestants anti-ours réagissent aux annonces de prochaines réintroductions. Une manifestation à Arbas (31) dégénère, le bâtiment de la mairie est endommagé. L'inquiétude est également forte de l'autre côté de la frontière notamment chez les éleveurs du Val d'Aran.
    2006 : En Espagne, les opposants de ours voient d'un mauvais oeil l'arrivée de nouveaux animaux
    Eleveurs et gouvernement s'inquiètent des prochains lâchers d'ours côté français. - INA
  • 2006 : reprises des lâchers d'ours slovènes. Entre 25 avril et 22 août 2006, 5 ours slovènes sont relâchés dans les Pyrénées occidentales. Le 25 avril Palouma, une ourse slovène, est relâchée à 22h30 dans le plus grand secret. Le 24 août de la même année, Palouma est retrouvée morte suite à un accident.
Lâcher de Palouma à Burgalays dans le plus grand secret
Le 1er lâcher prévu à Arbas aura lieu un jour, le 25 avril 2006 plus tard à Burgalays. Les opposants ont tout fait pour annuler la venue de Palouma. - INA
  • Le 28 avril à Bagnères de Bigorre, c'est au tour de Franska. Le 17 mai : Hvala, une femelle de 5 ans est relâchée à Arbas. Le 2 juin, Balou, un mâle de 88kg retrouve Hvala et le 22 août : Sarousse, femelle de 112kg est la dernière représentante du plan ours 2006.
Arbas 22 août 2006 : 5ème et dernier lâcher avec Sarousse
Sarousse est la dernière ourse slovène introduite dans les Pyrénées. Il faudra attendre 10 ans pour que l'on entende parler d'un nouveau lâcher. - INA
  • 8 septembre 2007 : Franska est percutée par une voiture. Elle meurt de ses blessures. Son comportement fait l'objet d'interrogation de la part des défenseurs de l'ours. Un mois auparavant une centaine d'éleveurs d'ovins avaient manifesté devant la préfecture des Hautes-Pyrénées, excédés par les ravages occasionnés par Franska sur leurs troupeaux. 
8 septembre 2007 : l'ourse Franska est tuée accidentellement par une voiture près d'Argelès Gazost
Franska était arrivée le 28 avril à Bagnères de Bigorre. Sa présence était mal tolérée par les éleveurs qui lui attribuaient la mort de 150 brebis. - INA

  • 2007 : le chasseur qui a tué Cannelle, bénéficie d'un non-lieu au tribunal de Pau. Il sera finalement condamné en 2010 à 10 000 € d'indemnité aux parties civiles après avoir été reconnu coupable de la mort de Cannelle. 
  • Mai 2013 : 22 ours sont recensés dans les Pyrénées. 20 dans les Pyrénées centrales et 2 en Béarn. Une première pétition franco-espagnole pour l’ours dans les Pyrénées est lancée par le collectif ours Pyrénées. Ils demandent aux deux gouvernements une "action forte et durable pour la restauration dans les Pyrénées d’une population viable d’ours"
  • 18 juin 2013 : un ourson est retrouvé mort des suites des inondations dans le Val d'Aran. En décembre, 24 ours ont été recensés.
L'ourson a été retrouvé mort dans les Pyrénées espagnoles / © DR
L'ourson a été retrouvé mort dans les Pyrénées espagnoles / © DR
  • 9 juin 2014 : L'ours Balou, âgé de 11 ans meurt sur les hauteurs de Melles (Haute-Garonne). Il était le seul mâle susceptible d'apporter de la diversité génétique au sein de la population. Son remplacement est demandé à Ségolène Royal, alors ministre de l’Ecologie.
Mort de balou
  • 21 juillet 2014 : Alors qu'elle est dans les Pyrénées pour assister au lâcher de bouquetins ibériques dans le Parc national des Pyrénées, Ségolène Royal se prononce contre la réintroduction d'un nouvel ours.
  • 31 mars 2015 : Six oursons ont vu le jour en 2015. 31 ours ont été repérés, dans les Pyrénées françaises et espagnoles, selon l'association Ferus. La mort de Balou et l'oursonne Auberta, la même année rapporte à 29 le nombre d'ours vivant en 2015 dans le massif franco-espagnol.
  • Janvier 2016 : trois oursons et leur mère Caramellita sont filmés dans les Pyrénées espagnoles.
Caramellita et ses 3 oursons
Images filmées entre le 8 et 12 janvier dans les pyrénées catalanes
  • Mai 2016 : les autorités espagnoles sont en train de sélectionner un mâle en Slovénie. Celui-ci doit être relâché dans les Pyrénées avant le 30 mai prochain, au sud de l'Ariège, côté espagnol.
  • 6 juin 2016. 10 ans après le dernier lâcher d'ours dans les Pyrénées. Goiat, ours mâle de 205kg est lâché de nuit dans le plus grand secret dans le secteur de la Bonaigua du côté espagnol.
    Lâcher de Goiat

     

Des images fortes pour mobiliser le grand public

Dans les villes, la présence de l'ours dans les Pyrénées n'a pas le même écho. Ses défenseurs diffusent largement des images issues des caméras automatiques installées dans les zones qui servent à son suivi. Les médias se font facilement le relai de ces vidéos.

L'histoire de la petite Auberta, oursonne abandonnée par sa mère, est largement relayée. Dans son parc en semi-liberté, elle était filmée en direct par webcam et les images étaient disponibles sur internet. Elle décédera quelques semaines plus tard des suites d'une opération pour lui placer un émetteur avant de la relâcher.
Oursonne Auberta
Instants de vie de l'oursonne Auberta dans son enclos dans le Parc animalier des Pyrénées

 

Par ailleurs, les vidéos des caméras automatiques sont publiées sur internet et les réseaux sociaux, notamment par l'équipe du suivi de l'ONCFS. Chaque mois après la période d'hibernation le public peut visionner des images des ours dans leur environnement naturel. Elles rencontrent un franc succès.
Vidéo Réseau ours brun des Pyrénées Mai 2016

Le Muséum de Toulouse consacre en 2014 une grande exposition à l'ours sous le titre "Ours, mythe et réalités", lors de laquelle est présentée la dépouille de "Cannelle", qui a fait l'objet d'un important travail de taxidermie. L'événement a été programmé 6 mois puis prolongé d'autant en raison de son succés.

Parallèlement à l'exposition, le Muséum de Toulouse met sur pied une expérience inédite baptisée "dans les yeux de l'ours". Le grand public est invité à suivre les périgrinations d'une ourse, nommée "Tolosa" mangeant, dormant et jouant grâce à une caméra embarquée. Ces incroyables images réalisées en Slovénie ont été utlisées pour montrer un ours inoffensif attachant, désormais devenu pour le grand public ignorant des conséquences et de l'impact sur le pastoralisme, le symbole de la lutte pour la biodiversité.

En voici un extrait : "Tolosa" se nourrit de larves et de fourmis.
Ours "Dans les yeux de l'ours"

 

Dès 1991, l'ADET, (Association pour le développement économique et touristique des Hautes Vallées de la Garonne) est fondée pour faire la promotion de l'ours. Son objectif : sensibiliser, informer et militer pour la présence de l'ursidé.

Son site internet "Bienvenue au Pays de l'ours" est l'un de ses supports principaux. Largement accessible et pédagogique, c'est le levier idéal pour faire bouger l'opinion publique si loin des préocupations quotidiennes des bergers.

De l'autre côté, dans un monde moins virtuel, les éleveurs, eux, ont dû adapter leur méthode de travail à marche forcée. Désormais, la surveillance des troupeaux s'impose. La présence de chiens patous près des troupeaux en estive est l'une des clés pour limiter les attaques de l'ours.

Le chien patou pour aider le berger

Le retour du "grand prédateur" dans les estives s'est imposé comme un nouveau défi pour les éleveurs. Ils ont dû inventer une nouvelle façon de travailler et retrouver des pratiques ancestrales pour la surveillance des brebis.

Pour cela, ils peuvent faire appel à l'association La pastorale des Pyrénées qui propose des conseils gratuits aux exploitants dans la mise en place de chiens patous. 
Le pôle chiens de l'association a suivi 585 patous auprès de 375 bergers et éleveurs. 

La pastorale pyrénéenne accompagne gratuitement les éleveurs qui le demande
La mise en place de chiens patous pour protéger les troupeaux est un des moyens mis en oeuvre pour lutter contre la prédation des ours. Mais pas seulement, car ils repoussent aussi les chiens errants et les voleurs. - France 3 Midi-Pyrénées

 

Les chiens pour protéger les brebis... et des hommes pour surveiller l'ours

Dans les Pyrénées des techniciens de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) traquent l'ours depuis 1996. C'est l'équipe "ours". Elle a pour mission d'élaborer des protocoles de suivi et d'assurer la coordination du réseau (ROB). Son rôle : collecter sur le terrain les données, déplacements, matériels génétiques et dégâts que laissent l'animal dans son sillage dans un seul but sa sauvegarde.

Sauvegarde qui passe aussi par l'étude scientifique des informations collectées. Le travail en fôret se concentre pendant la période de réveil soit d'Avril à Novembre. Mais pas n'importe où ni n'importe comment, les techniciens ont installé à certains endroits de la forêt des pièges à fourrure et des caméras automatiques perchées dans des arbres.

Direction le Val d'Azun, avec Jean-Jacques Camarra sur les traces de Néré et Cannelito :

Suivi de l'ours par l'équipe ours brun

 

Un ours slovène pour remplacer... un ours slovène

L'ours des Pyrénées pourra-t-il sauver sa peau ? Las des tergiversations politiques, appuyé par la Commision européenne, les Espagnols ont pris les choses en main. Le 26 avril 2016, une conférence sur la faune sauvage des Pyrénées était organisée à Vielha, dans le Val d'aran espagnol où il fut essentiellment question du vieil ours Pyros.

Si la population des ursidés s'est lentement aggrandie ces dernières années, c'est en partie grâce à lui. Mais, c'est aussi à cause de lui qu'elle est menacée par des problèmes de consanguinité.
La question de son remplacement a largement été évoquée. Avec ses 28 printemps, Pyros est le père d'une vingtaine d'oursons soit le géniteur des 3/4 des nouveaux-nés.

Un nouvel ours mâle appelé Goiat est arrivé le 6 juin. Il a été lâché dans le parc Alt Pireneu derrière le parc naturel des Pyrénées arigeoises. D'où, il a entamé l'exploration de son nouveau territoire. Il a été aperçu par un habitant de Cazaux-Layrisse dans la Haute-Garonne, alors qu'il traversait son potager. Quelques jours plus tard, il a été aperçu dans le Val d'Aran.
Un ours mâle laché prochainement dans les Pyrénées espagnoles
La zone du lâcher se situe dans le Parc espagnol d'Alt Pireneu tout près de l'Ariège. Un ours slovène pour remplacer un ours slovène. - France 3 Midi-Pyrénées

Alors que la situation semblait se stabiliser, la polémique sur la présence de l'ours revient sur le devant de la scène. La saga de l'ours des Pyrénées est loin d'être terminée.

Entre oppositions entre deux opinions irréconciliables (les pro et les anti) et les obligations de l'Etat sous la pression de l'Europe, l'avenir de l'ours dans les Pyrénées reste en 2016 très incertain.