Blessé à l’école juive par Merah, Bryan est hanté par l’image “de la petite fille"

Bryan Bijaoui en 2012 avec son avocat / © MaxPPP
Bryan Bijaoui en 2012 avec son avocat / © MaxPPP

Le jeune garçon rescapé de la tuerie de Merah est hanté par la mort de Myriam Monsénégo qu’il devait surveiller avec un ami ce matin-là. Il avait 15 ans au moment des faits.

Par Fabrice Valery

Il ne devait pas être là ce matin du lundi 19 mars 2012 à 7h55. Bryan Bijaoui, alors âgé de 15 ans, devait être en salle de prière à l’école Ozar Hatorah, mais il a accompagné son ami Dovan pour surveiller “la petite” Myriam Monsonégo, 8 ans, fille du directeur de l’école qui devait prendre une navette avec les enfants Sandler pour rejoindre l'école primaire.

Son témoignage a été apporté au procès ce mercredi 11 octobre par la psychologue qui l’a examiné deux ans après les faits. Le jeune homme, très marqué psychologiquement, n'a pas souhaité témoigner lui-même au procès. "C'était impossible pour lui de venir témoigner directement, c'est au-dessus de ses forces" a expliqué son avocat. 

“J’ai été le premier à me faire tirer dessus, avait-il raconté à la psychologue, j’ai poussé la petite pour la faire rentrer dans la cour, tout le monde courait et j’ai vu Monsieur Sandler au sol”.

Bryan a senti comme “un coup de taser sur son bras”, raconte la psychologue. “Je me suis allongé là où on mettait les cartables”.

Et c’est là, lui même blessé, sans vraiment s’en rendre compte, qu’il va voir l’image qui le hante depuis : “J’ai vu l’homme attraper la petite par l’arrière de la tête et lui tirer une balle dans la tête”. Une image dont il a parlé spontanément, raconte sa psychologue.

“Un ami m’a aidé à me relever, j’étais comme bourré puissance 10 000. J’étais très en colère, j’ai jeté mon téléphone en direction de l’homme et je l’ai insulté, mais il était déjà reparti”.


Les secours découvrent alors que Bryan est lourdement blessé : une balle est entrée par son épaule gauche et ressortie sous le bras droit. Il souffrira de lésions aux poumons, au coeur et à l’appareil digestif.

Quand il se réveille à l’hôpital à Toulouse, Bryan est lourdement médicalisé. On prend soin de lui également sur le plan psychologique. Ce n’est qu’au bout de trois jours après les faits qu’une psychologue lui annonce la mort de la “petite fille” et des autres victimes.

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La psychologue qui témoigne au procès décrit pour l’adolescent une perte de sens des valeurs, entre le bien et le mal, un choc psychologique puissant, un trouble post traumatique qui semble l’avoir “dépossédé de sa vie d’avant” et modifier sa “vision de la vie”.

La vue d’un casque blanc, comme celui que portait Merah, déclenche chez lui des crises d’angoisse. Il décrit un sentiment d’insécurité dès qu’il sort de chez lui. Il fait de très fréquents cauchemars horribles et jamais de rêves agréables.

Et toujours cette image : cette de “la petite” exécutée dans la cour de l’école par le terroriste.

La veille, pour la première fois, le principal accusé au procès, Abdelkader Merah avait fait acte de compassion pour les victimes, affirmant qu'il était "sincèrement triste" et avait "honte" des actes de son frère. 

"Myriam est revenue chercher son cartable"

Dovan, l'ami de Bryan Bijaoui, a témoigné à la barre ce mercredi matin. En larmes, il décrit les faits vécus alors qu'il avait 15 ans. Il décrit notamment avec une grande émotion le moment où les coups de feu ont été tirés. 
Tout le monde courait et la petite Myriam Monsonégo, dans sa course, a fait tomber son cartable. Elle s'est alors retournée pour le ramasser. 
La suite, tragique, on la connaît. 

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