Qui sommes-nous ? en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon

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Joë Hamman, un français devenu cinéaste et inventeur du western... en Camargue

Tournage La prairie en feu - Joe Hamman se tient debout / © Collection privée Jacques Nissou
Tournage La prairie en feu - Joe Hamman se tient debout / © Collection privée Jacques Nissou

Vous pensiez que le western était un genre exclusivement américain ? Pas vraiment...
Retraçant l'histoire des débuts du cinéma, le documentaire nous emmène sur les pas de Joë Hamman, un français devenu cinéaste et reconnu aujourd'hui comme l'un des inventeurs du genre...

Par Guiseppin Marie-France

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Au début du XXéme siècle, Joë Hamman, Jean de son prénom, né à Paris en 1883, était devenu le roi du Western aux Etats-Unis.

Il tourna des dizaines de films dans les paysages d’un grand ouest sauvage, qu’il avait trouvés… en Camargue !

Extrait :
Extrait du documentaire "Joë Hamman le français qui inventa le western"

Une production Supermouche Productions
Avec la participation de France Télévisions

Un film de Vincent FROEHLY


Joë Hamman avec son cheval Tiche Pieds Blancs / © Collection privée Jacques Nissou
Joë Hamman avec son cheval Tiche Pieds Blancs / © Collection privée Jacques Nissou

Au travers de ses archives personnelles, de ses quelques amis survivants - témoins directs de sa vie incroyable - des livres de souvenirs, de ses dessins, des extraits de films et l’analyse de spécialistes de l’histoire du cinéma…l’orographique de Joë Hamman nous entraîne dans le temps et dans l’espace, entre Montmartre et les plaines sioux de Pine Ridge ; entre le Dakota du Sud, la Camargue et la Normandie.

Joë Hamman et ses copains Sioux du Wild West Show / © Collection privée Jacques Nissou
Joë Hamman et ses copains Sioux du Wild West Show / © Collection privée Jacques Nissou

Le portrait d’un homme qui a su rester enfant jusqu’au bout.

Voici l’étonnante et incroyable histoire d’un pionnier du cinéma, de son initiation au genre Western par Buffalo Bill lui-même, à sa brillante carrière en tant que réalisateur, producteur, acteur et cascadeur ; l’histoire d’un des inventeurs du Western !

La Blue Star association avec Joë Hamman - 1908 / © Collection privée Jacques Nissou
La Blue Star association avec Joë Hamman - 1908 / © Collection privée Jacques Nissou

Entretien avec Vincent Froelhy, auteur et réalisateur du film

POURQUOI CE FILM  ?

J’ai travaillé pendant près de trois années, pour Arte et France 3, sur un film documentaire consacré au Wild West Show de Buffalo Bill et à ses tournées européennes, une histoire de l’américanisation de l’Europe. En travaillant sur ce sujet, j’ai découvert bon nombre de personnages hors du commun et d’histoires incroyables.

Joë Hamman était l’un de ces personnages dont le parcours, selon moi, méritait largement un film. Il est, en effet, l’un des plus importants pionniers du cinéma en France et a été complètement oublié de tous.

Joë Hamman me permettait, à moi qui suis passionné de cinéma et de western,  de concilier les deux et de plonger dans une face méconnue de l’histoire du cinéma.

Il a été très difficile de retrouver des documents, ou même des films de Joë Hamman. Certains de ses westerns sont aujourd’hui totalement perdus ; d’autres ont été retrouvés, restaurés et sont parfois visibles, lors d’événements particuliers. Ce documentaire rend hommage à un grand monsieur du cinéma et du monde du western et j’espère qu’il le mettra en lumière, parce que c’est un véritable oublié de l’histoire du 7e art. En plus d’être l’un des inventeurs du western, nous avons découvert que Joë Hamman figure parmi les premiers cascadeurs de l’histoire du cinéma mondial – il est même sans doute le précurseur. Et rien que cela méritait que l’on s’attache à lui le temps d’un film…

UNE ANECDOTE DE TOURNAGE ?

La production a fait un formidable travail qui nous a permis d’aller tourner dans presque tous les lieux clefs liés à Joë Hamman. Paris et la Camargue, bien sûr, mais aussi la Normandie.

Lorsque nous sommes arrivés en Normandie, avec mon assistant Corentin Baeumler et notre personnage principal Jacques Nissou, l’héritier spirituel de Joe Hamman, le temps nous était compté. Nous avons déposé nos bagages dans un charmant petit hôtel situé entre prés et rivières, non loin de Pourville, près de Dieppe. Aussitôt, nous sommes partis tourner des séquences qui étaient prévues devant la dernière demeure de Joë, dans le village et au bord de la mer. Mais la pluie s’est mise à tomber, puis le ciel s’est mis à fondre, et enfin l’univers entier a déversé ses larmes sur nous !
Nous étions trempés et devions arrêter de tourner car nous risquions de faire flancher notre caméra et notre matériel technique. Nous nous sommes réfugiés dans un restaurant pour nous réchauffer et manger un morceau. Lorsque nous sommes retournés à notre hôtel, un peu plus tard, quelle ne fut pas notre surprise de devoir braver des routes semi-ensevelies sous des coulées de boues pour arriver à notre hôtel, complètement noyé sous les eaux ! Plus de prés, plus de rivières, mais un lac qu’il fallait affronter à pied pour retrouver nos chambres, heureusement situées à l’étage. Nous nous sommes donc mis en slip et avons porté notre matériel sur la tête pour le mettre à l’abri. Pour nous remettre de toute cette eau, Corentin, Jacques et moi avons bu un bon whiskey à la santé de Joë !

Paroles de réalisateur :

L'apport de Joë Hamman au western...


Aucun autre genre que le western n'est à ce point directement lié à l'invention du cinéma.

Le cinéma "s'inventait" au moment de la fin de la Conquête de l'Ouest... et l'épopée western, les espaces du Far West, les personnages typiques (indiens, Cows-boys, bandits de cette conquête) devinrent les fondamentaux du cinéma, qui pris à son compte le récit de cette nouvelle odyssée.

Western et cinéma étaient faits pour s'entendre...et ils se sont merveilleusement bien entendus.


Lorsque Thomas Edison mit au point son Kinétoscope (premier procédé connu d'enregistrement d'images en mouvements), il filma des numéro du show de son ami Buffalo Bill, avant de filmer le spectacle dans son entier. C'est ainsi que les premiers indiens visibles au cinéma, sont de véritables Sioux de la réserve de Pine Ridge, ceux-là même qui avaient défait le général Custer à Little Big Horn et qui, par la suite, ont participé activement au Wild West de Buffalo Bill.

Les théâtres des villes de la côte Est raffolaient de scénettes évoquant le grand Ouest et ses aventuriers. les plus grands héros (véritables ou fabriqués) de la conquête de l'Ouest sont eux-mêmes montés sur scène pour y tenir leur propre rôle, devant des décors de cartons : Wild Bill Hickok, Calamity Jane, Texas Jack, Robert Ford, et bien sûr le plus grand d'entre tous dans cette discipline, le célèbre Buffalo Bill.

(...) Lorsque le cinéma se mit en place et que les techniciens d'Edison se mirent à réaliser les premiers films, metteurs en scènes et acteurs quittèrent les planches pour aller tourner dans les parcs ou les forêts voisines de ces villes d'Est. Le résultat était assez médiocre : des paysages qui ne convenaient pas, des acteurs qui avaient peur des chevaux, des accessoires et costumes de théâtre qui sonnent faux...

Bien sûr à l'époque, tout fait illusion dès le premier western : dans "The great train Robbery" de Edwin S. Porter, des idées de mise en scène permettent de palier aux lacunes évidentes. Le dernier plan du film où l'acteur Broncho Billy Anderson tire face à la caméra a provoqué plus d'un arrêt cardiaque au moment des projections !

Malgré le fait qu'ils aient tout sur place, les Américains curieusement se contentent de ce genre d'énoncés filmiques pour faire ce récit de la conquête de l'Ouest et de l'aventure humaine absolue que cela représentait. C'est que dans l'Ouest, les aventures se vivaient pour de vrai, tandis que dans l'Est où se jouaient les pièces de théâtre et où l'on faisait du cinéma, on ne faisait que fantasmer cet Ouest sauvage et inconnu.

Avoir le goût et l'odeur de l'ouest suffisait au bonheur des citadins. le cinéma s'adressait avant tout à ce genre de public.

Le documentaire s'attache plus particulièrement à une période située fin du XIXème et début du XXème siècle. le cinéma apprend à marcher ; l'invention se fait à chaque film.

Trois années seulement après le premier western (1903), Joë Hamman s'attaque au genre à son retour des Etats-Unis. il a été à la "bonne école western" puisqu'il a fréquenté Buffalo Bill, travaillé dans son show, vécu avec les indiens de Pine Ridge et vécu des aventures à leur côté (...)

En revenant en France, ses malles étaient remplies de costumes authentiques de cow-boys et d'indiens achetés, récupérés, échangés.

Son savoir-faire sur un cheval et la qualité des accessoires et costumes qu'il avait réussi à se procurer lors de son séjour aux Etats-Unis allait servir de fondement aux premiers westerns européens, qui n'ont pas été tournés en Allemagne ou en Italie, mais bel et bien en France !

Après un premier essai dans les carrières d'Arcueil qui ne satisfaisait pas notre cow-boy français, Joë Hamman trouva son bonheur en Camargue. Ce territoire vaste et sauvage faisait un désert américain très convenable...

 / © Supermouche Productions
/ © Supermouche Productions

C'est le marquis Folco de Baroncelli, forte personnalité, homme engagé qui menait d'impressionnants combats pour la sauvegarde de sa langue, pour sa culture et sa région, qui invita Joë Hamman dans sa manade ... Ce fut pour Joë une découverte extraordinaire... 

Jean Hamman devient Joë...


Joë Hamman vit donc une expérience unique : il partage de longs mois avec les Sioux de Pine Ridge. C'est-à-dire qu'il mange, boit, dort, vit comme eux. Il participe même à une tentative de vol de chevaux avec un groupe d'Indiens de cette réserve. Il prend du temps pour les observer, mais plus encore, pour les découvrir. Il s'attache à ce monde plus qu'il ne l'imaginait. les images que lui offrent les Sioux, resteront gravés à tout jamais dans sa mémoire...et sur les quelques toiles merveilleuses qu'il peint dans le camp.

 / © Peinture de Joë Hamman
/ © Peinture de Joë Hamman

Jean...se transforme. Tout le monde l'appelle Joë... C'est le nom qu'il gardera désormais jusqu'à sa mort. Ce baptême venu des Indiens, mais confirmé aussi par les cow-boys avec qui il travailla dans un ranch, marque la naissance symbolique du premier western européen ! C'était le début d'une autre aventure.

De retour en France pour effectuer son service militaire, ils est poursuivi par ces images du Far West. "Je les considérais comme les sujets les plus cinématographiques qu'il fût possible de réaliser. Cette école d'énergie, cette mine d'aventure allaient permettre d'animer les histoires les plus variées, où la nature serait la grande collaboratrice" (in Cinéma 61, n°60, octobre 1961). C'est pourquoi, dès 1909, il invente le film d'aventures français en tournant, d'abord dans la banlieue parisienne (Carrières d'Arcueil, forêt de Fontainebleau, etc) puis en Camargue.

Il va ainsi travailler tour à tour pour les principales sociétés de production françaises : Lux (1909-1911), Pathé Frères (1911), Gaumont (1911-1912), Eclipse (1912-1914), et enfin Eclair (1914).

D'abord dirigé par Gérard Bourgeois, Jean Durand, puis Gaston Roudès dans des scénarios de son cru, Joë Hamman ne tarde pas à passer lui-même à la réalisation. A ses qualités de comédien, il allie celles de cavalier et de cascadeur, enchaînant chutes à cheval, combat contre un lion et poursuites sur un train en marche. "je ne truquais rien" confia t-il (...)

Engagé par Eclair début 1914, Hamman est engagé pour tourner des westerns dans la succursale américaine de la firme française, à Tucson (Arizona).

Les amis indiens de Joë ne tardent pas à le retrouver à Paris au moment de la nouvelle tournée en France et en Europe du Wild West Show.
Joë se transforme alors en guide touristique pour un groupe d'Indiens Sioux Lakotas... des guerriers en vadrouille.

Photo de Sioux à la gare Saint-Lazare à Paris lors de la tournée du Wild West Show / © Collection privée Jacques Nissou
Photo de Sioux à la gare Saint-Lazare à Paris lors de la tournée du Wild West Show / © Collection privée Jacques Nissou

Et à sa grande déception, ce n'était pas le Sacré Coeur, Montmartre ou la Tour Eiffeil que les Sious avaient envie de voir. Non, ce qu'ils désiraient le plus, c'était de rentrer au ... Moulin Rouge ! "Ils voulaient y aller sur le champs" raconte Joë Hamman dans ses mémoires...

"Le soir même, après les représentations au Wild West Show et avec l'autorisation de Buffalo Bill, nous allâmes au Moulin Rouge !"

Joë avait pris de l'assurance avec les chevaux et cette vie d'indien et de cow-boy. Ce sont les indiens qui lui ont appris à ferrer un cheval ou à s'en servir autrement que pour en pratiquer une équitation académique ! Aussi Buffalo Bill convia Joë à tenir une place dans le spectacle, pour plusieurs représentations....
Mais Joë raconte qu'il avait remarqué une chose curieuse : Au moment de la scène de la fameuse attaque de la diligence de Deadwood, il faisait partie des cows-boys... Il se précipite sur les indiens avec son révolver et au lieu de le mettre en joue, ils lèvent leurs armes... Il revient à la charge, ils lèvent encore leurs armes... Inquiet de savoir s'il avait failli à sa tâche ou si on l'avait pris en grippe, il leur demande dans les coulisses "mais pourquoi est-ce que vous n'avez pas tiré sur moi ?" Il eut la réponse suivante de Jacob White Eyes : "Joë, on ne fait pas le geste de mort sur un ami" !

Diffusions du documentaire :
Samedi 4 avril 2015 vers 15h20 sur France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.
Lundi soir 20 février 2017 vers 23h30 sur France 3 Occitanie
Jeudi 16 mars 2017 vers 8h50 sur France 3 Occitanie


Diaporama : Joë Hamman en images...








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