Qui sommes-nous ? en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon

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Villa ressources, un lieu de culture et de partage qui aide les personnes en difficulté sociale

Chorale au sein de la Villa ressources / © Laurence Kirsh - Mille et une productions
Chorale au sein de la Villa ressources / © Laurence Kirsh - Mille et une productions

Créée en 1995, la villa ressources de Pézenas dans l'hérault est un lieu unique qui résiste au temps. On y accueille des personnes en difficulté sociale. Le but est de les aider à retrouver une place dans la vie, grâce à la culture et au collectif... 

Par Guiseppin Marie-France

Le "Lieu Ressource" de Pézenas fait partie d’un dispositif original créé en 1995. Il est spécifique à l’Hérault. Il est financé par le département et la CAF. Odile et Muriel en sont salariées.

En France, on ne meurt pas de faim, c'est pas vrai, on meurt de solitude, on meurt d'inutilité sociale (...)

Muriel (de côté) et Odile (de face) / © Laurence Kirsch/1001 Productions
Muriel (de côté) et Odile (de face) / © Laurence Kirsch/1001 Productions
Documentaire Villa Ressources
Ecrit et réalisé par Laurence Kirsh en coproduction avec France Télévisions et Mille et Une Productions


Diffusions sur France 3 Occitanie

- Le lundi soir 5 juin à 23h55

- Le mardi 8 juin à 8h50
Eric et Johan / © Laurence Kirsch
Eric et Johan / © Laurence Kirsch

C'est un lieu modeste à taille humaine où des personnes qui dans la vie se sont pris des coups et se sont heurtés à des portes fermées, peuvent aller si elles le désirent.

À  la Villa Ressources de Pézenas, dans l’Hérault, on regarde ce qu’il reste de vivant. Ici, se créent de nouvelles connections au monde, de petits sentiers sympathiques qui flirtent avec le système tout en respectant la marginalité des uns et des autres.

Le film raconte le  fourmillement de la vie en ce lieu unique.
Denise qui s'était figée dans sa vie, pétrifiée de solitude a retrouvé le mouvement, le désir de l'autre, de la rencontre.
Romaric qui vient de tout perdre, son logement, son permis de conduire, son RSA, trouve ici un refuge.

Romaric et Odile / © Laurence Kirsch
Romaric et Odile / © Laurence Kirsch

Pendant deux ans, Laurence Kirsch, la réalisatrice, suit ces vies cassées où chacun retrouve peu à peu l'estime de soi, le désir de l'autre.  Leur solitude entre en résonance avec celle des autres, d'Odile,  d'Éric, d'Alexis, de Dominique et de Youpie. Entre eux, des liens se tissent, des parcours se croisent, des affinités se créent, mais aussi, des tensions apparaissent...

La chorale revient comme un refrain, elle est le cœur du film.

Ce choeur est comme un rempart contre la solitude et la peur, un tremplin vers le meilleur, une ouverture vers l'extérieur.
Chorale Villa Ressources / © Laurence Kirsch
Chorale Villa Ressources / © Laurence Kirsch

Paroles de réalisatrice, Laurence Kirsh

Je suis née en Champagne où j'ai vécu 30 ans. Je me suis installée au bord de l'étang de Thau à Mèze, dans l'Hérault en 1996. J'y vis encore aujourd'hui.

Ce sont les « hommes de l'étang », les pêcheurs qui m'ont rapidement invité au voyage. J'ai eu envie d'embarquer avec eux avec ma caméra et de comprendre ce que vivre de l'étang veut dire. Un étang comme un « gâteau » que l'on se partage avec plus ou moins de sérénité, de respect, d'égalité. C'est grâce à Anne Marie Luccioni qui ma fait confiance et qui m'a accompagné pendant quelques années que j'ai pu faire mes premiers films. France 3 sud a co produit ce premier film, et quelques autres ensuite.

Enfin, je dois aussi cet intérêt pour l'image à ma mère, qui lorsque nous vivions aux Antilles sur un bateau, j'avais alors 10 ans,  nous donnait des devoirs très originaux, puisque nous devions raconter nos journées en dessin, en photo, ou en film super 8 !

Le rapport au temps est présent dans tous mes films. Lorsque je choisi un sujet de film, ce sont souvent des situations en déséquilibre que je filme. Mes films le plus souvent montrent comment les personnes  retrouvent leur équilibre. Il faut du temps pour cela. Je me donne le temps nécessaire, 1 an, 2 ans, 3 ans.

Pour ce film Villa Ressources, mon intention est avant tout celle de donner une autre image de la misère affective, économique et culturelle. C'est aussi de donner de la place à ce lieu qui mélange les genres, les classes sociales et les désirs.

Ma 1ère intention est de tordre le cou aux préjugés.

Laurence Kirsh, réalisatrice du film Villa Ressources / © DR
Laurence Kirsh, réalisatrice du film Villa Ressources / © DR

Les gens en situation de handicap, de maladie, de RSA, d'addiction ont le plus souvent suivis des parcours atypiques, douloureux. Ils ne sont en rien des assistés, des paresseux. Ils ont tous le désir profond d'exister socialement. Alors si l'existence sociale du travail n'existe plus pour tout le monde, l'existence sociale peut encore exister, sous une autre forme, que l'on invente à la Villa Ressources chaque jour.

Éric dans le film le dénonce fort bien, lorsque le travailleur social l'interroge sur sa ré insertion il rétorque : « Employer des mots comme ça ça stigmatise, ça stigmatise une couche de la société, en plus ça fait lutte des classe.  on est pas des boulons ou des clous à insérer, non notre existence on l'a depuis la naissance ».

Les lieux collectifs, gratuits, où les gens et les genres se mélangent disparaissent peu à peu. Le Lieu Ressources de Pézenas est le dernier à fonctionner dans l'Hérault parmi les 6 initialement crées.  S'y retrouvent pour des raisons variées des « gens » d'horizons sociales et culturelles différentes. C'est aussi cela que j'ai voulu montrer le mélange des genres et des classes sociales. Tous sont touchés par la solitude. Odile, la responsable du lieu le dit fort bien : « On ne meurt pas de faim en France, on meurt de solitude et d'inutilité sociale ». Et cela touche tout le monde.

Lorsque je suis allée pour la première fois au Lieu Ressources une équipe de sociologue travaillait sur le rapport entre misère affective et libido. Ils proposaient un atelier pour se familiariser avec l'outil informatique afin de se connecter aux sites gratuits de rencontres. Réveiller le désir pour contrer la misère sociale était une manière de rentrer dans le lieu et dans le film qui m'a beaucoup plu, d'autant que j'y  ai rencontré Denise, un personnage fort du film, dont l'histoire se termine merveilleusement bien  !

Denise / © Laurence Kirsch
Denise / © Laurence Kirsch

Pour finir, il y a une phrase de camus qui ne me lâche pas ! « Mal  nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde ». Je sais que ma présence filmique trouble, perturbe, modifie un peu beaucoup … le réel.  Alors je prend beaucoup de précaution, énormément de temps et j’avance à tâtons en même temps que ceux que je filme. 

Chaque film est une aventure. Chacun de mes films commence par une rencontre. Chaque film est une opportunité inouïe d'ouvrir de nouvelles petites fenêtre sur le monde.

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