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François Fillon champion de la primaire à droite : quelles conséquences pour la droite en Occitanie ?

François Fillon à Toulouse pendant la campagne de la primaire à droite / © PASCAL PAVANI / AFP
François Fillon à Toulouse pendant la campagne de la primaire à droite / © PASCAL PAVANI / AFP

Emmanuel Négrier chercheur CNRS à Montpellier analyse le résultat de la primaire à droite en Occitanie. Les départements du littoral du languedoc et du Roussillon ainsi que le Tarn et le Tarn et Garonne ont voté pour françois Fillon à plus de 70 %. Signe d'un durcissement à droite en Occitanie ?

Par E. Négrier

L’ampleur des scores obtenus par François Fillon aux premier et second tours de la primaire de la droite et du centre (20 et 27 novembre 2016) semblent décourager toute analyse régionale. En Occitanie comme presque partout ailleurs, l’avance dont a bénéficié le député de Paris se décline dans chacun des départements, entre 37,7% (Hautes-Pyrénées) et 45% (Hérault) des suffrages exprimés pour le premier tour ; et entre 60,8% (toujours les Hautes-Pyrénées) et 75,4% (Pyrénées-Orientales) pour le second tour. Il semblerait dès lors que nous soyons non seulement en présence d’un phénomène massif, mais encore totalement homogène sur l’ensemble du territoire.

Participation départementale à la Primaire de la droite et du centre en Occitanie
Participation départementale à la Primaire de la droite et du centre en Occitanie / © E. Négrier
Participation départementale à la Primaire de la droite et du centre en Occitanie / © E. Négrier

Pourtant, il est très intéressant d’analyser ces résultats dans le détail, car on y voit apparaître des propriétés singulières qui en disent long sur la dynamique de ces primaires et leur installation dans le paysage politique français. Ces propriétés sont de trois ordres. Elles touchent d’abord à la structure de la participation, puis à l’orientation politique du vote, et enfin à la confrontation à venir entre compétiteurs, offre programmatique et territoire.

Du côté de la participation, la région Occitanie se distingue de la moyenne française en fonction de deux variables : la configuration territoriale et la culture politique. Comme on le voit sur le graphique n°1, la configuration territoriale implique une inversion complète entre ce qu’est la participation aux primaires et ce qu’est celle aux élections « réelles ». D’habitude, ce sont les départements ruraux qui votent le plus. Ici, ce sont les urbains qui se distinguent (Hérault, Haute-Garonne, Gard, Pyrénées-Orientales). Dans les départements ruraux, le contrôle social de proximité, l’âge des populations et la valeur du rituel civique induisent une participation supérieure à la moyenne dans toutes les élections. Pour les primaires, c’est l’inverse. Une cause topographique peut être avancée : c’est dans ces espaces que l’éloignement des bureaux de vote (dans la commune voisine, voire plus loin) a pénalisé le plus la participation. Cela explique pourquoi l’Aveyron, pourtant terre de droite, ait si peu voté. On peut aussi penser que le contrôle social y a joué un rôle inverse : l’absence d’un anonymat comparable à celui des villes a pu dissuader bon nombre d’électeurs connus pour leur identité « de gauche » d’aller se mêler des affaires « de droite ».
Cette influence psycho-territoriale est d’autant plus vraisemblable que l’Occitanie connaît, dans ses zones rurales, une hégémonie persistante de la gauche. Et c’est le second argument : dans une région marquée à gauche, la participation électorale a été cette fois inférieure à la moyenne nationale, alors qu’elle est généralement supérieure à celle-ci à tous les scrutins. Cela explique la médiocrité de la participation dans le Lot, par exemple. Que les deux facteurs s’accumulent (terre rurale et de gauche) et alors on atteint l’étiage bas de la mobilisation électorale : Ariège, Aude, Hautes-Pyrénées.

Outre une domination sans partage de François Fillon, on note en Occitanie la persistance d’une double identité politique, celle qui oppose pratiquement les deux anciennes régions. La droite durcie s’exprime à plein dans les départements littoraux : Pyrénées Orientales, Aude, Hérault, Gard. C’est là que François Fillon fait ses meilleurs scores au second tour. C’est également là que Nicolas Sarkozy avait obtenu, au premier tour, la seconde position, reléguant Alain Juppé à la troisième place.
© E. Négrier
© E. Négrier

On y voit se confirmer l’identité d’une droite peu centriste, historiquement sarkoziste, où le Front National est influent. Il y a certes une composante légitimiste qui offre partout à François Fillon un score très nettement supérieur à celui qu’avait obtenu François Hollande au seconde tour de la primaire de 2011 (56,6%). On le voit en particulier en Lozère, où Alain Juppé stagne entre les deux tours. L’autre droite, celle de l’ex-Midi-Pyrénées, voit François Fillon plus proche de 60% que de 70% des voix. C’est l’espace d’une droite bien moins influente, et beaucoup plus modérée, qui maintien le Front National à un niveau largement inférieur à celui dont il jouit sur la côte. Il y a cependant une exception : le Tarn-et-Garonne et, à certains égards, le Tarn, où François Fillon dépasse 70%. Ce n’est pas un hasard. Le point commun de tous ces départements de l’ouest et de l’est littoral est que le vote FN y est important et que la droite y est  implantée dans des fiefs. Ce sont les départements d’une droite plaçant dans une certaine radicalité l’espérance de résister à la vague lepéniste en 2017. La carte Fillon recoupe assez exactement la carte d’expansion du vote FN depuis ces dernières années.

Voici une carte  qui illustre le rapport de force, à l’intérieur d’une vaste droite, entre le Front National et les autres candidats de droite. On voit bien que les zones où le FN est en position de force (de plus en plus brun foncé) sont les mêmes que celles où François Fillon fait ses meilleurs scores au second tour.
Nouveaux territoires et héritages politiques : les élections départementales et régionales en Occitanie / © E. Négrier
Nouveaux territoires et héritages politiques : les élections départementales et régionales en Occitanie / © E. Négrier

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