Après la fusillade de la Reynerie, 4 personnalités de Toulouse réclament la légalisation du cannabis

De très nombreux secours sont intervenus sur place / © Sonia Hachem
De très nombreux secours sont intervenus sur place / © Sonia Hachem

"Le trafic de drogue tue nos quartiers lentement mais sûrement" : dans une tribune, Salah Amokrane, Ahmed Chouki, François Piquemal, Ali Tehar, responsables associatifs dans les quartiers toulousains demandent la légalisation des drogues douces pour éviter de nouvelles tueries liées au trafic.

Par Fabrice Valery

Ils sont engagés associatifs dans différents quartiers de Toulouse, des Izards au Mirail en passant par Empalot. 4 personnalités toulousaines viennent de signer une tribune (que nous reproduisons intégralement ci-dessous) après la fusillade meurtrière du 3 juillet dans le quartier de la Reynerie. 

Ils y demandent à l'Etat une prise de conscience de la situation dans les quartiers où le trafic de drogue crée une zone de danger pour les habitants, fustigent le travail de la police et réclament la légalisation des drogues douces dont le cannabis. 

Ils ne voient que deux issues : la légalisation ou l'attente de nouveaux drames.

Voici leur texte.

"Deux issues : légaliser ou attendre les prochains drames"

Par Salah Amokrane, Ahmed Chouki, François Piquemal, Ali Tehar.

"Il faut être conscient qu'il y a aura du trafic aussi longtemps qu'il y aura de la demande". Ces propos ne sont pas extraits d’un manifeste d’une association pro-drogue, mais bien ceux du directeur de la Sûreté Départementale de Haute-Garonne en
2015.
Malgré ce constat, deux ans plus tard la situation est toujours la même et mène à voir prospérer les trafics de drogue avec leurs funestes cortèges.Treize morts à Toulouse depuis 2011, dont des victimes qui avaient juste tort d’être au mauvais moment au mauvais endroit. Pourtant, des familles ont marché, des citoyens ont interpellé, mais les gouvernements successifs ont préféré regarder ailleurs plutôt que prendre leurs responsabilités. Au royaume des autruches, regarder ailleurs est la règle.

Devant une situation aussi grave, nous ne pouvons plus nous contenter d’une réflexion médiocre qui refuse d’envisager la question de la légalisation des drogues douces et de la gestion des drogues dures. La vérité c’est que le trafic de drogue tue nos quartiers lentement mais sûrement et les morts qui font la une des journaux ne sont que la partie immergée de l’Iceberg. Dans le contexte de précarisation sociale, le trafic endommage également les relations sociales et les liens de solidarités entre habitants. Non réglementé il laisse place à la loi du plus fort, aux menaces, à la violence, à l’engrenage, aux balles perdues et à la peur. C’est tout cela que vivent les habitant-e-s des quartiers pris entre le feu des trafiquants et de leurs clients parfois membres de l’aristocratie urbaine, et l’hypocrisie des gouvernants.

Cette hypocrisie qui ferme les yeux sur le fait que notre pays possède les taux de consommation les plus élevé d’Europe pour l’usage du cannabis chez les 15-34 ans, que des drogues comme la cocaïne et la MDMA ne sont plus réservées à l’élite et sont de plus en plus consommées dans toutes les couches sociales et d’âge de la population.

Cette hypocrisie qui refuse d’avouer que la politique "prohibitionniste, répressive et punitive" actuellement menée pour réguler la consommation de drogue a été un échec total.

Pire que l’hypocrisie, nous dénonçons les politiques qui instrumentalisent le trafic de drogue. Ici on laisse prospérer une zone de trafic pour que la police puisse répondre à la politique du chiffre absurde que l’on impose à ses services. Ailleurs on voit un Office HLM, une Mairie, laisser des dealers s’installer dans des cages d’escalier pour justifier une future démolition d’immeuble au nom de la rénovation urbaine.

La manière la plus sérieuse et lucide de sortir du trafic et de ses affres, c’est bien d’aller vers la légalisation des drogues douces. Cela aurait des avantages certains : contrôle des ventes et de la qualité des produits, rentrée fiscale que l'on pourrait mettre dans des campagnes de prévention dont on pourrait cibler plus facilement les publics à risque, sortir les plus jeunes du trafic, désengorger la justice et les prisons, réorienter les effectifs de police sur la criminalité à col blanc, diminuer les tensions et les violences.

En 2001 Kery James rappait déjà à l’adresse des dealers : "Quatre murs ou quatre planches, tu es prévenu, il n’y a pas un voyou qui fasse long feu, entre la mort et la prison la rue ne t´offres que deux issues". Nous pourrions ajouter que le constat amer d’aujourd’hui n’offre que deux issues à notre société : continuer dans l’échec des politiques actuelles et leurs prochains drames ou la mise en place d’un véritable débat public pour la légalisation des drogues douces et la gestion de la consommation de drogues dures.

Salah Amokrane a été le leader des Motivés au élections municipales de 2001 à Toulouse. En 2017, il a été candidat EELV aux élections législatives. Il est militant associatif à la tête de Tactikollectif.

Ahmed Chouki s'occupe de plusieurs associations de quartier et dirige également le club de futsal UJS Toulouse 31. Il avait mené une liste aux élections municipales de Toulouse en 2008.

Enseignant, François Piquemal est à la tête de Droit au logement (DAL) à Toulouse.

Enfin, Ali Tehar, engagé dans le quartier d'Empalot notamment avec l'association Karavan, était aussi candidat sur la liste écologiste d'Antoine Maurice aux élections municipales de 2014.

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