Le 21 septembre 2001, l'explosion de l'usine AZF traumatisait toute une ville. Quinze années ont passé, deux procès (bientôt le troisième) et au-delà du choc se pose la question de la mémoire, des souvenirs. Explications, reportages. Visionnez aussi ici le documentaire "AZF, 10h17 : chronique d'une blessure toulousaine".

"Vivre avec" : 15 années de souffrance pour certaines victimes

15 ans. A l'échelle d'une vie c'est déjà beaucoup. Au regard des souffrances, physiques ou psychiques que certains endurent au quotidien, c'est une éternité. Il y a évidemment les blessés physiques. Mais il y a aussi des blessures plus invisibles. La perte d'un proche. Des insomnies. Des acouphènes. Sursauter quand une porte claque ou au moindre pétard. 

Une équipe de France 3 Midi-Pyrénées (Marie Martin et Jean-Pierre Duntze) a rencontré certaines de ces victimes "anonymes" qui ont vécu ces 15 années. Liliane, toujours installée dans son appartement du quartier de la Faourette, face à l'ancien site de l'usine, qui rêve de la quitter pour tourner la page. Anne-Marie qui souffre de maux multiples, physiques et psychologiques, et dont la vie depuis ce 21 septembre 2001 n'est plus la même. 
AZF, témoignages 15 ans après

Témoignages de victimes

 

12 000 blessés ou traumatisés, 80 000 sinistrés

Le Service d'aide aux victimes (SAVIM) continue, 15 ans après, de suivre les dossiers liés à l'explosion. Combien sont-ils ? Pour les dossiers liés à une expertise qui établit un rapport entre un préjudice physique ou moral et l'explosion, on a dépassé les 10 000 cas et on se rapproche des 12 000. Quant aux sinistrés, le nombre de dossiers atteint cette fois les 80 000.

C'est dire si à Toulouse, il y a un avant et un après AZF

Les gravats de l'église de la Trinité après l'explosion © MaxPPP

 

Une ville traumatisée

Ceux qui arrivent aujourd'hui à Toulouse, où le site a été totalement repensé, accueillant notamment le Cancéropôle (il n'y a guère que le cratère et quelques éléments industriels sous scellés judiciaires qui rouillent), AZF, ça peut paraître de l'histoire ancienne.

Mais si on gratte un peu sous la couche du temps qui passe, on trouvera tous un ami, un voisin, un collègue de travail qui était là ce vendredi 21 septembre 2001. 

Il faut imaginer une grande partie de la 4ème ville de France sans dessus-dessous. Des toitures arrachées, des vitres brisées par milliers. Des centaines de tonnes de gravats.

Mais surtout : 31 morts. La pire catastrophe industrielle de l'histoire contemporaine en France. 

Le mémorial aux victimes d'AZF à Toulouse © MaxPPP

 

15 ans après, toujours pas d'épilogue judiciaire

La plaie ne se refermera jamais pour certaines victimes. Pour d'autres, elle s'estompe avec le temps. D'autres enfin attendent, 15 ans après, un épilogue judiciaire qui ne semble pas vouloir venir

Après deux procès à Toulouse, en première instance en 2009, puis en appel en 2012, un troisième va s'ouvrir devant la Cour d'appel de Paris en janvier 2017. La Cour d'appel de Toulouse avait condamné la société Grande Paroisse et le directeur de l'usine, Serge Biechlin, pour homicide involontaire : 225 000 euros d’amende pour la société, trois ans d’emprisonnement, dont un ferme, et 45 000 euros d’amende pour Biechlin. Total et son ex-PDG, maison-mère de Grande Paroisse, avaient été relaxés. 

Mais les condamnés ont déposé un pourvoi en cassation et la Cour de Cassation, en 2015, a cassé l'arrêt de Toulouse et renvoyé l'affaire vers la Cour d'appel de Paris, seule désormais habilitée, avec celle de Marseille, pour les dossiers industriels collectives. 

Une nouvelle douleur pour les parties civiles qui ne pourront suivre les débats pendant plusieurs mois.

Serge Biechlin, l'ancien directeur d'AZF, lors du premier procès en 2009 © AFP

 

Le documentaire "AZF, 10h17 : chronique d'une blessure toulousaine"

A l'occasion des 10 ans de l'explosion, en 2011, France 3 Midi-Pyrénées avait produit un documentaire de 52 minutes intitulé "10h17, AZF : chronique d'une blessure toulousaine", dont le texte était dit par le comédien Michael Lonsdale.

Le principe narratif consistait à demander aux témoins de l'époque de se souvenir de ce qu'il faisait à la minute qui précédait l'explosion, au moment du choc et juste après. Il s'agissait en fait de voir comment le travail de mémoire s'effectue. 

"Que faisais-je le 21 septembre 2001 à 10h17 ?" Chacun s'est souvent posé la question à Toulouse. Cette minute est bloquée dans les mémoires, comme sur les horloges de l'usine le jour J. 

5 ans après le tournage et la diffusion de ce film, nous avons souhaité vous le proposer une nouvelle fois. Les choses, depuis, ont peu changé. 
documentaire 10h17 AZF