Du 11 au 22 mars 2012, en pleine campagne présidentielle, les tueries perpétrées par Mohamed Merah à Toulouse et Montauban ont fait vivre une dizaine de jours d'horreur en France. 5 ans plus tard, nous avons choisi de raconter ces longues journées par la voix d'un de nos journalistes qui a suivi ces événements. Récit.

Comme si c'était hier...

On a beau être journaliste, on n'en est pas moins citoyen. Je suis journaliste et j'habite à Toulouse. Entre le 11 et le 19 mars 2012, j'ai couvert avec nombre de mes collègues les tragiques événements de ce que l'on a appelé "l'affaire Merah". 

Je n'en retire aucune fierté. Je n'ai fait que mon travail, informer, dans des conditions exceptionnelles, sur des événements tragiques au cours desquels des enfants et des hommes jeunes ont été sauvagement abattus par un autre jeune homme, Toulousain lui aussi. 

On a beau être journaliste, on est aussi père et simplement humain. Ces enfants tués auraient pû être ceux de mes amis. Ces militaires, mes voisins. J'ai vécu, par ma profession, ces 10 jours d'enfer au plus près. 

5 ans plus tard, c'est comme si c'était hier. Je vais vous raconter. 

Toulouse le 19 mars 2012 © AFP

 

Un meurtre à Toulouse, une enquête qui débute sans piste

C'est un dimanche en fin d'après-midi. Le 11 mars. Je ne travaille pas et ne suis pas présent à la rédaction. Un texto arrive :

Homme tué par balles, Cité de l'Espace.


Le contact qui m'informe est une source très sûre. Un policier toulousain en qui j'ai toute confiance. Rapide échange téléphonique et je transmets immédiatement à mon collègue de permanence à la rédaction en chef. Une journaliste reporter d'images est envoyée sur place.

  • Une balle dans la tête

A son arrivée, près du gymnase de la Cité de l'Hers, la nuit est tombée. Les policiers sont nombreux, le procureur de la République est sur place. Les quelques journalistes présents de France 3 et de La Dépêche du Midi sont tenus à l'écart. Un homme a été tué d'une balle dans la tête, près de sa moto. 

Premières images après la mort de Imad Ibn Ziaten
 


Dans les heures qui suivent, les enquêteurs explorent toutes les pistes. Presque toutes. L'acte terroriste n'est pas encore évident. C'est le passé de ce militaire victime des tirs qui est remué. Ses liaisons, toute sa vie, pour trouver des éléments qui pourraient expliquer ce meurtre. 

  • Un règlement de compte ?

Le maréchal des logis-chef Imad Ibn Ziaten, Français d'origine marocaine, membre du 1er régiment du train parachutiste a été abattu d'une seule balle dans la tête. 

Seuls les médias locaux et régionaux s'intéressent alors à cette affaire qui apparaît dès les premiers jours comme un crime de droit commun. On évoque la piste du règlement de compte.

  • Sur la petite annonce, il dit qu'il est militaire

L'exploration de son environnement sur les réseaux sociaux et de ses appels téléphoniques et emails permet cependant aux policiers de rapidement déterminer que c'est grâce à une petite annonce sur Le Bon Coin, dans laquelle il mettait en vente sa moto, qu'il a été contacté. Pour apporter du crédit à son annonce, il a indiqué qu'il était militaire. 

Des témoins ont vu un homme s'enfuir après le coup de feu. Sur un scooter de puissante cylindrée. 

Quelques jours plus tard, lorsque le tueur aura été identifié et neutralisé, les enquêteurs découvriront la séquence vidéo qu'il a enregistré et ce dialogue entre les deux hommes avant que la victime ne tombe : 

- Mets-toi à plat ventre. Allonge-toi !
- Tu ranges ton arme. Je ne me mettrai pas à plat ventre. Tu dégages !
- A plat ventre je te dis
- Tu vas tirer ? Ben vas-y, tire !



Montauban, jeudi 15 mars 2012 : trois hommes à terre

Ce jeudi 15 mars, 4 jours après la mort du militaire toulousain, l'actualité a déjà chassé cette info des gros titres : à Toulouse, se déroule la dernière journée du procès fleuve en appel de l'explosion d'AZF; on est aussi en pleine campagne de l'élection présidentielle et des législatives.

  • Un coup de fil de Nancy

Vers 14h15, un coup de fil. C'est un ami et collègue rédacteur en chef... à Nancy. Pas le temps de prendre des nouvelles.

Il se passe un truc grave à Montauban. J'ai un journaliste dans ma rédaction qui était en ligne avec un ami, pompier à Montauban. Il a subitement raccroché en lui parlant d'une fusillade en centre-ville. 

Immédiatement, deux équipes de journalistes de France 3 partent dans le Tarn-et-Garonne. Ce qu'ils vont découvrir sur place va jeter un linceul sur l'actualité en France. 

  • Deux morts, un autre militaire entre la vie et la mort

Deux militaires ont été abattus sur le trottoir en face de la caserne du 17ème régiment du génie parachutiste (17ème RGP). Ils étaient devant le distributeur automatique de billets de la Caisse d'Epargne. Un troisième homme est entre la vie et la mort. Des témoins ont vu un homme, casqué, s'avançer dans leur dos, tirer puis prendre la fuite. En scooter. Encore. 

© MaxPPP

 

Trois jeunes militaires sont donc à terre : Abel Chennouf, 26 ans, Mohamed Legouad, 24 ans, sont morts et Loïc Liber, âgé de 28 ans, est entre la vie et la mort, touché à la tête. 

Devant les micros et les caméras, Brigitte Barèges, maire de Montauban, décrit les images de caméras de surveillance qu'elle a pu visionner avec les enquêteurs. L'homme attendait les militaires. S'est approché calmement, avec détermination. A tiré dans la tête. Puis est reparti, toujours très calme. 

  • Encore un tueur à scooter

Des militaires. Un seul tireur. Un scooter. Des journalistes commencent à faire le rapprochement avec la mort de Imad Ibn Ziaten à Toulouse. Les enquêteurs, eux, ont aussi débuté le rapprochement des deux dossiers, notamment des analyses ballistiques. Mais officiellement, selon le parquet de Toulouse, il n'y a pas alors de lien entre les deux affaires.

Pourtant, le ministère de la Défense adresse des recommandations aux militaires des casernes de Midi-Pyrénées. Ne pas sortir en tenue dans la rue. Se méfier. L'ambiance dans la région commence seulement à se tendre.



Toulouse, lundi 19 mars 2012 : l'horreur

Depuis le jeudi, des dizaines d'enquêteurs exploitent tous les éléments en leur possession pour retrouver ce tueur de militaires qui sévit dans la région.

  • Une enquête brutalement interrompue par un nouveau drame

Les services de renseignement sont aussi réquisitionnés. On leur demande de trouver dans leurs fichiers ceux qui auraient pû avoir un contentieux avec l'armée. De reprendre tous les hommes fichés à Toulouse et dans la région.

A la rédaction de France 3, on s'apprête, ce lundi 19 mars, à reprendre le fil de l'enquête : qui est cet homme ? Pourquoi des victimes militaires ?

Mais quelques minutes après 8 heures, je reçois un nouveau message d'une source policière

Fusillade école juive à Toulouse. Plusieurs victimes. 

Dans le climat où nous vivons depuis plusieurs jours, tous les journalistes disponibles partent sur place. Peu de Toulousains connaissent l'école de confession juive Ozar Hatorah située rue Jules Dalou, dans l'est de la ville. 

  • En état de guerre

Sur place, c'est l'état de guerre. Les premiers policiers arrivés sur place, des fonctionnaires aguerris qui en ont pourtant vu d'autres, sont au bord de l'évanouissement. Gisent sur le sol, un enseignant de 30 ans, rabbin, Jonathan Sandler, ses deux fils de 3 ans, Gabriel, et 6 ans, Aryeh. Myriam Monsonégo, 8 ans, fille du directeur de l'école a également été tuée. Bryan Bijaoui, 15 ans, est grièvement blessé. 

  • Des images insoutenables

Ce que les enquêteurs découvrent sur les bandes des caméras de surveillance de l'école leur glace le sang. L'homme arrive en scooter. Il tire sur le père et ses deux enfants qui attendent une navette sur le trottoir, achève au sol l'un des petits, rentre dans la cour, attrape la jeune Myriam par les cheveux lui plaque sur la tempe son arme de poing, qui s'enraye, change d'arme et l'abât. 

Il quitte ensuite l'école, sans avoir retiré son casque, prend la fuite et disparaît dans la circulation. 

Les policiers effectuant des relevés le 19 mars devant l'école de juive © MaxPPP

 

Une ambiance de guerre civile

Après la mort des trois militaires, la France avait été touchée. Le massacre d'enfants devant leur école jette une chape de plomb sur le pays. La confession juive des victimes projette Toulouse dans l'actualité internationale. Désormais ce ne sont plus des dizaines de policiers, c'est l'ensemble des forces de l'ordre du pays qui sont à la poursuite du tueur. Une immense chasse à l'homme dont Toulouse est le théâtre.

  • La campagne présidentielle suspendue

Dès les premières heures après la tuerie de l'école juive, les principaux candidats à l'élection présidentielle, le chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, son challenger François Hollande mais aussi François Bayrou se rendent sur place. Piétinant la scène de crime, au grand dam des enquêteurs et de la police scientifique et technique. 

La campagne électorale est suspendue. Nicolas Sarkozy a donné l'ordre à son ministre de l'Intérieur Claude Guéant de ne pas quitter Toulouse avant l'arrestation du tueur. Dont on sait désormais qu'il s'agit du même homme. Les analyses ballistiques confirment que c'est la même arme qui a été utilisée les 11, 15 et 19 mars. 

Dans la ville l'ambiance n'est plus la même. Pour me déplacer dans Toulouse, j'utilise un scooter. De couleur noire. Sur mon passage, les automobilistes s'écartent. Les regards sont méfiants. Chacun semble s'attendre à vivre le pire. 

  • L'émotion à Jérusalem

A la rédaction de France 3, nous sommes en édition spéciale permanente. Ce lundi 19 mars au soir, nos reportages retracent cette journée horrible. Sur le plateau du 19/20, le maire de Toulouse Pierre Cohen et Nicole Yardéni sont invités. La présidente du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) de Toulouse et de Midi-Pyrénées découvre en direct les images que notre correspondant à Jérusalem vient de nous envoyer : les témoignages de Toulousains installés depuis peu en Israël. A la sortie du plateau, l'émotion est à son comble. 



Les obsèques des victimes juives à Jérusalem le 21 mars 2012 © MaxPPP

 

Mercredi 21 mars : le début d'un long siège

La journée du mardi 20 mars s'est déroulée à Toulouse au rythme de l'enquête, en tout cas de ce que les journalistes peuvent en savoir, et des cérémonies d'hommages aux victimes. Les dépouilles des victimes juives ont quitté Toulouse et sont transférées en Israël en vue de leur mise en terre. 

Les journalistes qui travaillent déjà depuis plusieurs jours sur les différentes séquences commencent à fatiguer. Depuis la veille, de très nombreux journalistes étrangers sont arrivés à Toulouse. Des policiers parisiens sont venus renforcer leurs collègues locaux. Le ministre de l'Intérieur et une partie de son cabinet sont installés à la préfecture. La traque continue. 

  • L'alerte donnée à 3 heures du matin

Mardi soir, après une longue journée de travail pour tous mes collègues, journalistes et encadrants, et de nouveau des éditions spéciales, je rentre chez moi. Le téléphone ne cesse de sonner et vibrer. Des journalistes de la rédaction sont d'astreinte toute la nuit, au cas où... Je m'endors. Le télephone à portée de main. 

  • Un message en pleine nuit

A 3h25, le portable vibre. Une simple vibration qui semble résonner encore, 5 ans plus tard. Le message d'une source policière : "Tueur neutralisé". Aussitôt corrigé par un deuxième message : "Tueur localisé. Riposte. Policiers blessés"

Je réveille les deux journalistes de France 3 qui avaient pris le relai de leurs collègues vers minuit. Et je leur donne l'adresse. 

17 rue du Sergent Vigné


Un rapide coup d'oeil sur un plan de Toulouse sur internet lève le doute : on est en pleine Côté Pavée. Un quartier huppé dans le sud-est de Toulouse. A quelques centaines de mètres, l'un des établissements scolaires privés les plus courus de la ville, une caserne de gendarmerie et tout autour des pavillons cossus.

La Côte Pavée est une des collines qui dominent la ville. Au coeur de ce quartier, rue du Sergent Vigné, la cité de la Belle Paule, un petit ensemble d'immeubles. C'est là que le "tueur au scooter" réside. Au milieu de propriétaires et locataires paisibles qui, à 3 heures du matin, étaient loin de se douter de ce qu'ils allaient vivre. 

Les habitants de l'immeuble sont réveillés en pleine nuit par les échanges de tirs. Calfeutrés, angoissés, dans le noir, avec des enfants, ils vont rester ainsi pendant plusieurs heures avant d'être évacués. Certains choisiront, un an plus tard, de raconter leur histoire dans un livre : "Etat de siège"


 

Une très longue journée

Il est loin le moment où seule une poignée de journalistes était sur place, dès le premier assaut lancé. La presse du monde entier est réunie désormais dans ce petit espace entre les avenues Jean Rieu et Raymond Naves et le boulevard Deltour. Des centaines de journalistes, tenus à l'écart, à plusieurs centaines de mètres du bâtiment où s'est retranché le forcené.

  • Un coup râté

Malgré la fermeté du ministre de l'Intérieur Claude Guéant et des procureurs de Paris et Toulouse qui viennent, de temps en temps s'exprimer devant les micros, le constat est vite fait : l'opération de la nuit qui consistait à surprendre le suspect dans son sommeil n'a pas fonctionné. C'est le forcéné qui désormais impose ce long siège aux policiers du Raid. 

Très vite, on apprend que des négociations sont en cours, que l'homme parle. Qu'il s'adresse notamment à un policier qui le connaît, qui l'a "suivi" lors de surveillances ou d'interrogatoires les années précédentes. Qu'il n'est pas un inconnu pour les services de renseignements !

  • Il a tout filmé et est sorti téléphoner à une journaliste

On apprend également que dans la nuit du mercredi 20 mars, l'homme est sorti de chez lui pour se rendre dans une cabine téléphonique de Toulouse. Là, vers 1 heure du matin, il a parlé pendant 11 minutes avec une journaliste de France 24 à Paris. Il était pourtant déjà surveillé mais la configuration des lieux de son immeuble lui a permis de sortir par l'arrière puis de revenir... sans que les policiers ne s'en aperçoivent !

Deux heures plus tard, c'est l'assaut donné par le Raid. Un peu plus tôt et les policiers trouvaient un appartement vide !

  • Des images envoyées à une chaîne de télé !

Rapidement, il révèle également qu'il a filmé chacun des meurtres grâce à une caméra GoPro fixée sur sa poitrine. Des images qu'il dit avoir envoyé à une chaîne de télévision. Quelques jours plus tard, Al Jazeera recevra bien le paquet et prendra la décision de ne pas diffuser ces images. 



Le quartier autour de la rue du Sergent Vigné en état de siège le 21 mars 2012 © MaxPPP

 

L'espoir d'une reddition

A la mi-journée, Nicolas Sarkozy est à Toulouse. Le Président de la République, visage grave, est attendu quelques heures plus tard à Montauban, pour la cérémonie nationale d'hommage aux militaires qui y ont été abattus 5 jours plus tôt.

  • Il devait annoncer l'arrestation devant la presse

Le service de presse de la préfecture et de l'Elysée annoncent une allocution du chef de l'Etat. Les journalistes français se rendent à la caserne Pérignon, distante de quelques centaines de mètres. Nicolas Sarkozy arrive et s'engouffre dans une salle de réunion. Là, avec le patron du Raid, le ministre de l'Intérieur et toutes les autorités, le Président se fait présenter la situation. Et elle n'est pas bonne. L'homme est armé. On ignore s'il a des explosifs. Il semble très entraîné. Psychologiquement, comme physiquement, il semble aussi tenir le coup. Il n'est pas prêt de se rendre.

  • Une fausse info

Pourtant, une chaîne info française et d'autres journalistes viennent d'annoncer que le suspect s'est rendu. L'information est fausse. Le micro installé pour Nicolas Sarkozy est rangé. Le Président part sans s'exprimer, en direction de Montauban où il rend hommage aux victimes :
L'hommage de Nicolas Sarkozy aux victimes à Montauban

 

Un nom, un visage : Merah

Mohamed Merah. Le nom et le visage du jeune homme surgissent sur toutes les télés de France à 20 heures ce mercredi. C'est France 2 qui révèle l'information avec à la clé une courte vidéo où l'on voit un jeune homme faire du rodéo au volant d'une BMW. Toute la journée le secret a été bien gardé. Une vidéo (achetée à des proches) qui met enfin un nom et un visage sur "le tueur au scooter". 

Première vidéo de Mohamed Merah sur France 2

 

Toulouse, nuit du 21 au 22 mars 2012

Le siège continue. La nuit est de nouveau tombée sur Toulouse et sur la rue du Sergent Vigné. Tout au long de la journée, aux centaines de journalistes présents sur la voie publique, se sont mêlés des curieux : des lycéens, des voisins. Petit répit dans l'après-midi et puis le soir nouvelle vague de Toulousains, avides de voir ces caméras braquées, ces directs incessants, ces camions-satellites qui transportent leur quartier sur les écrans de toute la planète.

  • A espace régulier, des détonations

Dans la soirée, c'est plus calme. Pourtant les négociations sont rompues entre la police et Merah. Régulièrement, en conséquence, on entend les détonations des grenades assourdissantes que les policiers jettent dans l'appartement du retranché. Il faut l'empêcher de dormir. Le fatiguer, au maximum.

Malgré ce vacarme régulier dans la nuit habituellement tranquille de la Côte Pavée, les journalistes doivent s'organiser : il faut manger, dormir un peu, recharger les portables, soulager ses besoins naturels... Des riverains ouvrent leurs portes, nous amènent du café et des petits gâteaux. Une boulangerie a étendu ses horaires d'ouverture et fourni des sandwiches par dizaines. 

Au petit matin, le siège continue. Dèjà plus de 24 heures. 



Jeudi 22 mars, l'assaut final

Ce jeudi 22 mars au matin, c'est un peu comme si la journée de la veille recommençait. Peu d'informations filtrent côté police. Les journalistes en sont donc réduit, à la télé comme à la radio ou sur les réseaux sociaux, à dire et redire un peu la même chose : l'attente, le calme avant la tempête, l'assaut final sans doute imminent.

  • Mort ou caché ?
Dans la matinée, sur une radio nationale, le ministre de l'Intérieur a indiqué que le terroriste pourrait être mort. Les contacts ont été rompus la veille à 22h45. Depuis, plus aucun bruit dans l'appartement. Pas de signe de vie. Info ou intox du ministre, qui se doute que Merah peut aussi se tenir informé par les médias ?

Vers 11 heures, mes contacts police s'agitent. Il y a du mouvement. Depuis un moment, les policiers du Raid progressent à l'intérieur de l'appartement. Une progression centimètre par centimètre. Merah s'est réfugié dans la salle de bain. Est-il endormi ou sur le qui-vive ? Tout le monde attend le moment fatidique. 

  • Une scène de guerre

A 11h26, les premiers coups de feu retentissent. D'où nous sommes, nous ne pouvons pas voir ce qui se passe. Mais le son en est encore plus retentissant ! Des coups de feu par dizaines. Merah ouvre le feu. Les policiers du Raid ripostent. Pendant de très longues minutes, ce sont des scènes de guerre qui se déroulent en plein Toulouse, la ville où nous travaillons, mais aussi celle où nous habitons. Cette longue fusillade est encore présente en mémoire, 5 ans après. 

Assaut final contre Merah (activer le son)

Après cette longue séquence de tirs, le silence est étourdissant. Un policier m'indique par SMS que Merah est mort et qu'il a été tué dans la rue.

Quelques minutes plus tard, devant les journalistes, le ministre de l'Intérieur confirme que l'homme s'est projeté aux devants des policiers en sautant par la fenêtre. C'est à ce moment-là qu'il a été frappé par les tireurs d'élite. Claude Guéant a alors cette expression étrange :

Il était mort avant de toucher le sol. 

Les hommes du Raid, après l'assaut, emmenés par Amary de Hauteclocque © MaxPPP

 

Epilogue

La mort de Merah met fin ce jeudi 22 mars 2012 à plus d'une trentaine d'heures de siège autour de son domicile mais surtout à 10 jours d'angoisse et de drames autour de Toulouse et Montauban.

Elle ne met pas fin en revanche aux questions qui se posent. Comment Merah a-t-il pu échapper aux services de renseignement ? Pouvait-on l'identifier et donc le neutraliser avant l'attentat de l'école juive ? S'est-il radicalisé en prison pour des séjours de droit commun ? Avait-il des complices ?

Toutes ces questions se sont ensuite posées pendant les années qu'a duré l'enquête judiciaire. Des révélations, notamment par la presse, ont émaillé ces 5 années qui nous séparent désormais de ces tragiques événements. 

  • Bientôt le procès

Les victimes attendent maintenant le procès, qui se tiendra à l'automne 2017 à Paris. Le procès de deux complices présumés, dont son frère Abdelkader. Mais un procès où seront aussi évoqués le processus de radicalisation et les ratés des services de renseignement. 

Depuis, il y a eu Charlie Hebdo, l'Hyper-Cacher, le 13 novembre, Nice... Merah a été le premier terroriste français à frapper sur son sol. C'était il y a 5 ans. Comme si c'était hier.

Les Toulousains se recueillent place du Capitole le vendredi 23 mars 2012 © MaxPPP