Procès AZF : “Tout était déjà écrit”

Les décombres de l'usine AZF, au lendemain de l'explosion. / © MaxPPP
Les décombres de l'usine AZF, au lendemain de l'explosion. / © MaxPPP

Dans le cadre du 3ème procès AZF, les réquisitions se poursuivent, jeudi 18 mai. Pour le Parquet, l'explosion de l'usine était écrite, bien avant le dépôt d'une benne suspecte, dans le hangar 221. 

Par Marie Martin

Le 21 septembre 2001, à 10h17, l'usine AZF explose, faisant 31 morts et 2 500 blessés. L'épicentre de cette catastrophe : le hangar 221, un lieu de stockage de nitrates déclassés.

L'hypothèse de l'accusation est le mélange accidentel de deux produits incompatibles fabriqués dans l'usine : le DCCNa, un dérivé chloré et ce fameux nitrate d'ammonium.
Ce scénario est-il plausible ?  Dans quel état était ce hangar de stockage ? Les conditions de stockage ont-elles pu participer au mélange ayant conduit à l'explosion ?

L'avocat général Jean-Christophe Crocq, qui requiert ce jeudi 18 mai dans le 3ème procès AZF, n'en doute absolument pas. Pour lui, l'état du hangar était dégradé. Il n'était donc plus perméable à la pollution. D'autant que les engins qui y circulaient pour déposer les produits n'étaient pas en conformité avec la réglementation. 

"On verse dans le 221 tout ce qui est incertain !", souligne l'avocat général. Les déchets de production, ceux qui sont autorisés à y être stockés mais aussi les autres. La preuve, c'est que l'entreprise chargée de "vider" régulièrement le 221 enlève différents produits destinés au recyclage. 

Autre infraction : AZF était autorisée à stocker 500 tonnes de produits dans le hangar 221. Les experts judiciaires évaluent le stock à 563 tonnes, en septembre 2001, à laquelles il faut ajouter la croûte formée entre le tas et le sol ainsi que les nitrates infiltrés dans la dalle abîmée. Le seuil autorisé était donc dépassé, a priori, bien que la surveillance du stock ait fait défaut et qu'il est donc difficile d'avancer des certitudes. 

"Mais pas d'amnésie totale", martèle l'avocat général, "du sol au plafond, rien n'était conforme !". Quand, le 21 septembre 2001, Gilles Faure dépose sa benne de produits dans le sas du hangar 221, tout était déjà écrit. L'état de dégradation du hangar, c'est comme un car en surcharge, en excès de vitesse sur une route glissante et qui ne peut éviter un obstacle".

Pourquoi un mélange accidentel est-il tout à fait plausible ?, interroge Jean-Christophe Crocq. Les grands sacs (dits GRVS) contenant les produits de l'usine n'étaient pas toujours correctement vidés, donc des restes de produits tombaient au sol. Ils étaient alors balayés mais où partaient-ils ensuite ? 

Pour l'avocat général, la présence de DCCNa sur le tas de nitrates d'ammonium, dans le sas du hangar 221, le 21 septembre 2001, est tout sauf de la fiction. 

Quant à la démonstration de l'explosivité du mélange DCCNa/Nitrates, démonstration faite par les experts judiciaires, et tant et tant décriée par ceux de la défense, l'avocat général exhorte la cour à ne pas douter. "Didier Bergues (l'expert en question) est un détonicien sérieux. Il n'est pas dans la décontraction, comme ses contradicteurs qui sur-jouent d'ailleurs cette décontraction, il ne cherche pas la lumière mais sa démonstration est tout à fait crédible. Nous avons un scénario crédible". 



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