Toulouse : un Ernani iconoclaste au Capitole

Le ténor Sud Coréen Alfred Kim incarne Ernani au théâtre du Capitole à Toulouse. / © PASCAL PAVANI / AFP
Le ténor Sud Coréen Alfred Kim incarne Ernani au théâtre du Capitole à Toulouse. / © PASCAL PAVANI / AFP

Charles-Quint en Rangers, l'armée espagnole en tenue commando... Douze ans après une première incursion à l'opéra, déjà au Capitole de Toulouse, la metteure en scène de théâtre Brigitte Jaques-Wajeman applique sa modernité iconoclaste à Ernani, de Verdi.

Par LB avec AFP

C'est une "fiction", "contemporaine et transhistorique" que le public est invité à découvrir jusqu'au 21 mars sur la scène du Capitole à Toulouse. Silva, grand d'Espagne, a des lunettes de soleil, les montagnards révoltés d'Ernani portent casquettes et chemises à carreaux et le roi Don Carlo, vêtu de noir du bonnet jusqu'aux Rangers, semble s'être enrôlé au GIGN. Comme à son habitude, Brigitte Jaques-Wajeman se joue des époques, au risque de choquer les puristes qui se rappelleront que l'oeuvre est censée se dérouler en 1519. 

Une mise en scène très contemporaine

"Oui, la mise en scène est contemporaine, très contemporaine", est obligée de reconnaître cette grande spécialiste du répertoire théâtral classique, qu'elle s'empresse toujours de moderniser. "Ce n'est pas caricatural", assure cependant l'ancienne directrice du Centre dramatique national d'Aubervilliers. "Dès la première image, on découvre Ernani dans son camp avec sa troupe de rebelles. On a pensé aux FARC (Forces armées
révolutionnaires de Colombie, ndlr), à Che Guevara..." Mais "le contemporain, ce n'est pas avoir un jean's troué sur scène", se défend l'ex-élève d'Antoine Vitez. "C'est être à la fois contemporain et transhistorique".
Ainsi, les costumes modernes permettent de "plonger le public dans son époque" tout en maintenant "une certaine distanciation": "il voit une fiction", explique Brigitte Jaques-Wajeman.

Laisser la place aux voix

Le modernisme de la metteure en scène, très férue de Corneille, avait notamment été remarqué dans son adaptation de Polyeucte, qui continue d'être présentée. Son premier opéra, elle l'avait monté en 2005, au Capitole déjà, avec Don Giovanni de Mozart, qui avait connu un franc succès.
"J'ai découvert qu'on ne pouvait pas diriger les chanteurs comme les acteurs. Ils ont fait un travail énorme en amont, sur la voix bien sûr mais parfois aussi sur le jeu. Il faut donc en tenir compte", se souvient-elle. "Avec Corneille, je travaille de manière ultra contemporaine. A l'opéra, c'est plus difficile, la plupart des chanteurs n'ont pas la souplesse et l'audace".
"Mais en ce qui concerne les décors et la lumière, là, je signe", avec l'aide, respectivement, d'Emmanuel Peduzzi et Jean Kalman. Les atmosphères particulières à la Jaques-Wajeman baignent donc cet Ernani : un arbre effeuillé se détachant douloureusement d'un ciel orangé, l'ombre géante et
dramatique du roi éclairé en contre-plongée ou encore cet immense voile blanc, tel le pan d'une robe de mariée, dans lequel vient mourir Ernani dans les bras d'Elvira.
Modestie oblige, la metteur en scène a cependant tenu à laisser la place aux "formidables voix", notamment la magistrale basse de l'Italien Michele Pertusi (Silva). "J'adorerais continuer à mettre en scène l'opéra plus régulièrement, et monter d'autres Mozart", lance Brigitte Jaques-Wajeman comme un appel du pied. "Cosi fan tutte, je saurais: j'ai beaucoup travaillé sur Marivaux".

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