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Régionales 2015 : le FN a-t-il fait le plein de ses voix en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées ?

Affiche Louis Aliot devant un bureau de vote / © France 3 LR
Affiche Louis Aliot devant un bureau de vote / © France 3 LR

C'est une question délicate, à laquelle un politologue refuse généralement d’aborder entre deux tours de scrutin. Mais il circule tellement de théories contradictoires à ce sujet, qu’il est sans doute bon de présenter les données en jeu. L'analyse d'Emmanuel Négrier.

Par FD avec Emmanuel Négrier


Commençons par envisager différents scénarios, à partir des suffrages exprimés, lors du premier tour, en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées.

Premièrement, le total des voix obtenues par Louis Aliot (653.573) dépasse déjà le score de Marine Le Pen dans la région en 2012 (644.965), alors qu’il y avait eu cette fois une participation bien plus élevée. Le plein serait donc quasiment fait.
Le réservoir d’extrême-droite se réduirait, selon cet argument, aux 14.172 voix obtenues par Jean-Claude Martinez, ancienne figure du FN, et considéré d’extrême-droite.
Dans ces conditions, le retard de Louis Aliot par rapport à l’addition des voix des listes conduites par Carole Delga et Gérard Onesta (71.1924) est de plus de 44.000 voix, soit environ 2% des suffrages exprimés à participation égale (52,2%, mais celle-ci devrait évoluer, comme on le verra plus loin).

Pour que cette avance à gauche tienne ou se renforce, il faut répondre OUI aux questions suivantes :
  • tous les électeurs de Carole Delga et de Gérard Onesta au premier tour se rangeront-ils aux côtés de la liste fusionnée des deux au second tour ?
  • peut-on considérer comme acquis à la gauche, toutes les voix obtenues par les listes Christophe Cavard, Gilles Fabre, Sandra Torremocha (89.211 au total) ? Dans ce cas, le différentiel s’élève à près de 135.000 voix.
On sait, sans pourtant pouvoir le chiffrer précisément, que ces reports n’auront pas lieu de façon aussi automatique.

À l’inverse, il faut répondre NON aux questions suivantes :
  • les voix qui ont convergé vers la liste Reynié (386.987) au premier tour se dirigeront-elles vers Louis Aliot au second, volant ainsi au secours de la victoire du parti le plus dynamique ? Qu’ils restent accrochés à la droite «républicaine» ou qu’ils désertent les urnes, cela maintiendrait le FN loin de la gauche. (environ 6% d’avance).
  • les voix obtenues par les listes Lempereur et Hirimiris iront-elles vers un vote Aliot de second tour ?
On sait, ici encore, que l’idée d’une frontière étanche entre droite et extrême-droite résiste difficilement à l’examen des précédents scrutins dans la région (cf. plus loin).

L'attitude des électeurs de Philippe Saurel et de la liste "Citoyens du Midi"

Enfin, il faut considérer le comportement des électeurs de la liste des Citoyens du Midi, emmenés par Philippe Saurel (102.728), selon qu’ils seront essentiellement acquis à la gauche, ou partagés entre gauche et droite, assurant la victoire de la première ; ou bien en partie orientés vers le FN.
Il y a ici aussi une zone d’incertitude assez importante, notamment liée à l’absence de réelle consigne de vote, celle-ci eût-elle été suivie d’ailleurs.
L’ampleur des déperditions à gauche est donc le premier enjeu. La consistance de la frontière entre droite et extrême-droite est le deuxième. L’orientation des votes «Citoyens du Midi» est le troisième.

En projection simple, trois scénarios se dégagent :


- Le FN a fait le plein de ses voix, la droite engrange quelques soutiens de petites listes sans perdre ses électeurs, la gauche fait le plein des voix des deux listes fusionnées et ajoute toutes les voix obtenues par les petites listes, y compris les Citoyens du Midi. L’avance de la gauche se situe aux environs de 238.000 voix (environ 11%).

- Le FN a fait le plein de ses voix, mais il manque à la gauche un tiers des suffrages obtenus par les petites formations, et la moitié des voix de la liste Saurel, dont aucune ne vient cependant nourrir le FN. L’avance de la gauche reste confortable, avec plus de 150.000 voix d’écart.

- La gauche est dans la même situation de rassemblement incomplet des voix de gauche de premier tour, mais le FN n’a pas fait le plein de ses voix. Celui-ci engrange une partie des voix obtenues par Dominique Reynié, par un réflexe de «vote utile» pour la liste de droite en tête au second tour. La volonté de battre la gauche l’emporte, à droite, sur le péril FN. Il engrange une partie des suffrages obtenus par la liste Lempereur (80.380 voix), Yvan Hirimiris (14.601), et des Citoyens du Midi (102.728).
Tout dépend alors de la mesure à travers laquelle ces reports se produisent. Si, par exemple, on les estimait à 10% des votes Saurel (10.000 environ), 10% des votes Reynié (environ 40.000), 40% des votes Lempereur (32.000) et 50% des votes Hirimiris (7.000), on atteindrait 90.000 électeurs de plus, sans examiner la dynamique électorale du second tour.

Or, il est fort probable qu’il y aura une dynamique électorale de second tour, qui viendra troubler ces calculs à plat.
On sait en effet qu’il y a des électeurs de second tour uniquement, et d’autres qui ne votent qu’au premier tour. Ce chassé-croisé peut parfois atteindre 10% de renouvellement, surtout si, globalement, le taux de participation croît au second tour.
Lors des élections régionales de 2010, comme lors de celles de 2004, la participation avait augmenté de 3% environ.

Toute la question est dès lors de savoir quelles seront l’ampleur du sursaut participatif, s’il a lieu, et d'autre part son orientation :
  • mobilisation de la gauche face à la menace du FN ?
  • mobilisation en faveur de la liste arrivée en tête ?
  • un peu des deux ?
En 2002, à l’occasion de l’élection présidentielle, le bond de participation avait été de +7%. Et le Languedoc-Roussillon avait été l’une des seules régions où le score de Jean-Marie Le Pen avait encore dépassé au second tour, de plus de 12.000 voix, le total des voix obtenues au premier par lui et par Bruno Mégret.
En 2010, la croissance de participation entre deux tours avait été de 3%. La droite avait refait un peu de son retard après un premier tour cataclysmique. Et le FN, il est vrai parti de très bas (12,5%), avait vu son nombre de voix croître de 40%. Ces deux exemples montrent que l’atteinte, par le FN, du plein de ses voix dès le premier tour est démentie par les faits.

Du reste, cette thèse a été successivement proposée quand le FN avait atteint 11% (Européennes 1984) ; 18% (Régionales 1998) ; 22% (Présidentielle 2002) ; 26% (Départementales 2015) ; 32% (Régionales 2015 premier tour) ; ce qui la fragilise.

Une dernière thèse tablant sur l’atteinte du plein des voix dès le premier tour s’appuie sur la configuration de second tour : une triangulaire.

Elle alimente la stratégie de maintien de Dominique Reynié et dit ceci : lorsque le FN se trouve dans une situation de triangulaire avec un représentant de la droite et un de la gauche, il ne progresserait pas entre les deux tours, contrairement aux duels sans la droite, où il engrangerait par contre de plus en plus de soutiens de la part d’un électorat de droite trouvant en lui «son» candidat de second tour.

Les élections départementales de l’Hérault offrent, en mars 2015, une comparaison intéressante.
22 compétitions de second tour ont vu des candidats FN faire face à trois configurations : seul face à la gauche (15 cas), seul face à la droite (4 cas), en triangulaire face aux deux (3 cas).
Dans les confrontations FN-Droite, la progression des candidats FN est en moyenne de 6%, mais avec des situations qui vont de 3% de plus à 10% de plus. Au total, ces duels apportent par canton 1.000 voix de plus au FN qu’au premier tour. Dans les confrontations FN-Gauche, la moyenne de progression est de 9%, et 1.400 voix de plus par canton.
Les triangulaires, en revanche, font baisser légèrement le FN en pourcentage, même si cela lui procure un peu plus de voix : 300 par canton.

En somme, la progression en voix est de 25% d’un tour à l’autre, mais inégale selon la nature de la compétition. L’électorat de gauche se reporte mieux sur celui de droite contre le FN, tandis que celui de droite voit plus aisément le candidat FN comme le sien contre la gauche. La présence de la droite au second tour maintien son électorat hors de portée du FN. Nous sommes, le 13 décembre prochain, dans cette configuration.

Pourquoi faut-il être prudent quant à la reconduction de ces équilibres ?

Pour trois raisons. Il ne s’agit d’abord pas de la même compétition, où les notables n’ont pas les mêmes prises et ressources de proximité. Les ralliements concernent ensuite de plus nombreuses candidatures à la base (deux fois plus) avec un risque accru de déperdition. Enfin, la triangulaire du 13 décembre est beaucoup moins équilibrée que celles de mars, où chaque compétiteur avait de réelles chances de l’emporter.
Ici, chacun sent que la liste Reynié est plombée par son score de premier tour, rendant possible un délitement partiel pour des électeurs ayant du mal à «voter perdant». Pour le dire autrement, ce second tour se situe quelque part entre une «vraie» triangulaire et un duel gauche/FN, dont on voit ce qu’il implique pour les électeurs.

Voici quelques raisons qui incitent à répondre plutôt par la négative sur la question du plein des voix FN dès le premier tour, et à insister sur les trois enjeux majeurs de ce second tour : la qualité de la coalition de gauche ; la consistance du maintien de la droite et l’intensité et l’orientation du sursaut de participation.

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