L'île singulière était en fête ce lundi pour la 275e Saint-Louis : elle célébrait la victoire d'un Sétois, Simon Caselli, au très attendu tournoi des poids-lourds. Dans les rues, l'atmosphère traditionnelle et triviale à la fois planait. Il n'y a pas de doute, le 21 août, nous étions bien dans la Venise du Languedoc. 

La fête à la sétoise

Dès midi, les rues se bondent de supporters locaux. Rares sont les touristes - qu'on reconnaît tout de même facilement avec leur carte d'orientation et appareil photo. La macaronade commence à occuper les terrasses. Olivier nous donne sa recette.


C'est la spécialité sétoise, à base de concentré de tomate, et de plusieurs viandes marinées dans le vin rouge, souvent accompagnée du "petit jaune", le Ricard qui coule à flots. Les fans de joutes se mettent à table avant le lancement des hostilités, aux alentours de 14h30. La musique - et l'alcool - occupent l'espace.

Les Sétois qui ont leurs bateaux à l'année dans le cadre royal peuvent suivre les joutes de très très près. / © Cathy Dogon
Les Sétois qui ont leurs bateaux à l'année dans le cadre royal peuvent suivre les joutes de très très près. / © Cathy Dogon

Côté Cadre Royal, le ring de la Saint-Louis, c'est le calme plat. Quelques aficionados se pressent dans les tribunes pour s'assurer d'avoir les meilleures places. Au soleil. Car pour l'ombre, il fallait s'y prendre dès janvier. Certains opportunistes ont quand même espéré pendant plus de deux heures une place dans la tribune VIP.

Sète : les joutes et leurs fans
Les joutes de Sète, un rendez-vous annuel que certains ne manqueraient pour rien au monde !  - France 3 Occitanie - Reportage : Anthony Halpern / Christophe Monteil

Le soleil au zénith, chacun cherche une place : sur l'eau, entassés sur le bord de la rive, ou dans les tribunes pour les chanceux. Mais il faut attendre 18h pour que les rues du centre-ville se vident complètement.

Les spectateurs des joutes de Sète obligés de regarder entre les gradins qui n'ont plus une place de libre / © Cathy Dogon
Les spectateurs des joutes de Sète obligés de regarder entre les gradins qui n'ont plus une place de libre / © Cathy Dogon

Les jouteurs retenus pour la revanche se mettent alors en place dans les barques. Les vrais affrontements commencent. La tension est à son comble et la foule vibre au rythme des chutes et des blessures. 



A l'écoute des pronostics, les favoris étaient Aprile de la Lance Sportive Palavasienne, un des vainqueurs ex aequo de l'édition 2016, et Arnau de la Lance Amicale Sétoise. Mais une surprise viendra piquer d'émerveillement les locaux.


Parmi Mexico et Les Marchés de Provence, El Silencio a été chanté, en hommage à Louis Nicollin - décédé en juin dernier - sous les yeux de son fils Olivier. Une pensée a aussi été adressée aux victimes barcelonaises avec une minute de silence.

Un bon gars de chez nous vainqueur de l'édition

© MaxPPP
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Sète a pris sa revanche après une édition sans Sétois en 2016. Simon Caselli officie au sein de la Lance Amicale Sètoise (LAS). Le petit bébé de 80kg a soulevé des poids plus forts que lui, jusqu'à remporter les 275e joutes.


Ce n'était pas sa première victoire dans la discipline. En 2015, Simon Caselli remportait le challenge Molinier-SIL face à David Aprile de la Lance Sportive palavasienne.

Pour la Saint-Louis, il s'agissait bien d'une première.


Sa victoire a ému particulièrement le président du jury, lui aussi de la LAS, et portant le même nom que le vainqueur, Christian Caselli. N'y aurait-il pas un air de famille ? 

Simon Caselli au côté de Christian Caselli, président du jury des joutes de Sète 2017, tous deux membres de la Lance Amicale Sètoise. / © MaxPPP
Simon Caselli au côté de Christian Caselli, président du jury des joutes de Sète 2017, tous deux membres de la Lance Amicale Sètoise. / © MaxPPP


C'est en fait son père, vainqueur en poids moyen et du Grand Prix en 1989.
 

Frontignan et Sète : la guerre des joutes 


L'édition 2017 marque la revanche de Sète face aux sociétés de joutes des autres villes. En 2016, aucun Sétois n'avait inscrit son nom à domicile. Le palavasien David Aprile et le frontignanais Sylvio Cuciniello l'avaient emporté ex aequo en tombant volontairement dans les bras l'un de l'autre.

Cette année, le local Simon Caselli rend fier la cité portuaire. Il l'a emporté en demi-finale face à Morgan Espinosa, un Frontignanais. Entre les deux villes, la concurrence fait rage. Il attendait un rival pour la finale, mais il n'est jamais arrivé.
 


Lors de la demi-finale, les deux jouteurs Aprile et Le Couteur sont tombés en même temps. Ils ont donc été éliminés tous les deux, propulsant le Sétois sur la première marche du podium.
 


Simon Caselli n'a pas pris peur face aux Ventres Bleus, célèbres adversaires des supporters Sétois. Ces Frontignanais constituent l'autre groupe de fervents supporters à mettre l'ambiance dans les tribunes. Leur nom vient d'une vieille légende : atteints d'une maladie, les Frontignanais avaient, paraît-il, le ventre bleu. Et c'est devenu une fierté pour les locaux ! Ils le scandent dans les rues, dans les gradins et arborent des tenues, style maillots de foot, pour se distinguer.
 

 

© Cathy Dogon / FR 3 LR
© Cathy Dogon / FR 3 LR

 

Sète sans modération pour faire la fête

Derrière la tradition, subsistent des festivités qui dérapent parfois. Il n'était pas rare, pour cette Saint-Louis 2017 d'assister à un vol ou à un début de bagarre. Les joutes, c'est aussi le moment de joie pour les Sétois qui animent le centre-ville toute l'après-midi, avec le DJ comme chef d'orchestre. 

Quelques jours après les attentats de Barcelone, les forces de police déambulent dans les rues de Sète et des plots anti-voitures béliers ont été disposés pour la fête de la Saint-Louis
 / © Cathy Dogon
Quelques jours après les attentats de Barcelone, les forces de police déambulent dans les rues de Sète et des plots anti-voitures béliers ont été disposés pour la fête de la Saint-Louis / © Cathy Dogon

La police était particulièrement présente cette année. Des plots anti-voiture bélier ornaient aussi les ruelles.