Rescapé de l'attentat de Charlie Hebdo, le dessinateur Riss suit le procès Merah

Riss / © AFP
Riss / © AFP

Journaliste et dessinateur, il dit ne faire que son métier en suivant le procès Merah. Mais, sous protection permanente, le directeur de la publication de Charlie Hebdo, blessé dans l’attaque du journal en 2015, est aussi une sorte de témoin silencieux du terrorisme.

Par Fabrice Valery

Installé au coeur de la Cour d’assises, au bas du pupitre de l’avocate générale, Riss gratte ses carnets de croquis à l’affût des attitudes des accusés, témoins et avocats. Un privilège qu’ont les dessinateurs d’audience quand les autres journalistes sont repoussés sur les bancs face à la Cour.

“Nous les dessinateurs, explique-t-il en habitué des prétoires, on est au coeur des champs de forces, on sent cette électricité qui circule entre les bancs”.

Laurent Sourisseau, alias Riss, n’est pas n’importe quel dessinateur de presse. Il est le directeur de la publication de l’hebdo satirique Charlie Hebdo et a été grièvement blessé lors de l’attentat contre le journal en janvier 2015. Il a perdu ses amis et collègues et continue de travailler à faire vivre Charlie.

Il y a un après et un avant Toulouse et Montauban


Victime lui-même du terrorisme, il assiste au procès d’un autre terrorisme, celui des complices présumés de Mohamed Merah. “Ce n’est pas exactement pareil, nous explique-t-il. D’ailleurs ce n’est jamais pareil. Mais Merah c’est le début de tout ces attaques. Il a un avant et un après Toulouse et Montauban”.

Au-début Riss ne devait passer que quelques jours au procès Merah. “Mais j’ai été intéressé par ce qui se dit. On s’approche, par tous ces détails, au plus près de ce qui se passe dans la tête de ces mecs”.

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Abdelkader Merah ? “Il est malin, assez intelligent, rien ne semble l’impressionner sauf son Dieu”.

De ces séances devant la Cour d’assises spéciale, Riss a tiré deux pages publiées dans le Charlie Hebdo de ce mercredi 11 octobre. Il continuera de chroniquer le procès chaque semaine jusqu’au début novembre avec au moins une page hebdomadaire de dessins.

L’homme est discret, presque timide, pourtant avec son escorte policière permanente, il ne passe pas (involontairement inaperçu). “La vie quotidienne ? On est jamais seul, quoi qu’on fasse. Mais il faut se dire que les policiers font leur boulot pour que je puisse faire le mien”.

Ce n’est pas un jeu de menacer les gens de mort


Il reçoit régulièrement des menaces de mort et chaque fois dépose plainte. “Par principe on dépose plainte, explique-t-il, même si ça provient de petits rigolos. Mais ces rigolos doivent savoir que ce n’est pas drôle, ce n’est pas un jeu de menacer les gens de mort”.

Au procès Merah, la victime du terrorisme qu’il est aussi voit peut-être ce que serait un éventuel procès Charlie Hebdo, en l’absence des principaux auteurs. “Je ne sais pas s’il y aura un procès un jour mais c’est un peu comme Merah. Les auteurs sont morts. On juge Merah sans Merah. C’est un peu bizarre”.

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